(Nicolas Demorand : "A la Une, ce matin : 'Nous sommes tous Vendéens'")... "Tous Vendéens et Charentais... Tous frères et soeurs de sinistrés"... Ces mots, on les trouve dans l'édito de Ouest-France, ce matin. Dans la presse aujourd'hui, c'est un grand élan de compassion envers les victimes de la tempête Xynthia... La double peine des sinistrés, victimes de l'eau puis chassés de chez eux... C'est la Une de Ouest-France, de La Charente Libre et de Sud-Ouest, bien sûr... mais aussi de 20 Minutes, du Parisien-Aujourd'hui, de La Croix, de France-Soir, de La Dépêche du Midi ("Tempête de larmes") ou encore des Dernières Nouvelles d'Alsace, pourtant très loin de la côte atlantique à Strasbourg. Une image dans Ouest-France : le préfet de Vendée, Jean-Jacques Brot, costume-cravate et petite serviette noire... Il est à genoux et discute avec des habitants de L'Aiguillon, installés au premier rang du gymnase hier. Comment trouver les mots ? Qu'elle était pénible, cette opération-vérité du préfet... Reportage de Gaspard Norrito... 600 personnes dans le gymnase, et des petits bugs qui n'ont pas allégé le climat... Au début, les cartes des zones noires étaient projetées mais invisibles, le son était inaudible. Puis, dans la distribution des documents, on s'est trompé de commune. Quand enfin le verdict a été clair, ce fut le mélange de colère, de larmes et de consternation, que vous avez pu entendre dans les journaux de France Inter ce matin. Ouest-France publie un reportage-photos... personnes assises par terre, la mine grave, à La Faute-sur-Mer : pas assez de place dans le Pavillon des Dunes pour accueillir tout le monde... lunettes de soleil : la lumière est belle déjà, en Vendée, au mois d'avril... personnes qui se serrent dans les bras ou qui essaient de déchiffrer le document qu'on vient de leur remettre... Quand les bulldozers passeront, "ils seront la conscience noire de l'Etat dans l'action", écrit Olivier Picard dans L'Alsace. "Car pourquoi a-t-il fallu un drame pour qu'on se résigne à faire le choix impératif de la sécurité ? Cette affaire met en cause toutes les strates administratives : locales, départementales et nationales. Il ne s'est trouvé personne pour barrer la route à des projets immobiliers qui défiaient la puissance de destruction de la mer". Double peine... "triple peine" même, écrit Bernard Le Solleu dans Ouest-France... Car, en plus, l'avenir est angoissant. On vous a parlé ce matin de ceux qui contestent les zones noires, du financement encore en pointillés de la triplette destruction-relogement-réaménagement. Quadruple peine, pourrait-on dire... Car, au-delà du coup de massue pour les sinistrés, ce que redoutent les communes de La Faute, de L'Aiguillon et de Charron, c'est de mourir à petit feu. "Jours de peine sur le littoral", titre La Croix. "Nous allons perdre des classes à l'école et des commerces", dit une habitante de Charron. Dans la ville, rues de la Laisse et du 14-Juillet, des épaves de voitures, toujours là, témoignent de cette mort à petit feu. Dans Le Monde, l'épicier de L'Aiguillon-sur-Mer, Laurent Ricou, voit la saison touristique (si importante en Vendée) arriver avec angoisse. Il réalise 80% de son chiffre d'affaires entre avril et octobre. D'habitude, en avril, le camping commence à se remplir. Le préfet vient de le fermer. (ND : "8h35... Suite de la revue de presse... Ne me dites pas que vous allez encore parler de rumeur")... Vous voulez une magnifique info pipo qui a fait le tour du monde ? Allez sur Slate.fr ce matin. Les règles du Scrabble vont changer : on va avoir droit aux noms propres... C'est faux, et pourtant même la très sérieuse BBC en a parlé. Alors, comment est-ce possible ? Eh bien c'est une combinaison de communication trompeuse et d'incompétence des médias. L'entreprise Mattel, qui détient les droits du Scrabble en dehors de l'Amérique du Nord, va sortir une déclinaison du jeu cet été, dans laquelle on aura le droit aux noms propres. Mais l'original demeure, et ses règles ne changent pas. Simplement, pour assurer le buzz, ou le ramdam, Mattel a laissé planer le flou, et les journalistes n'ont rien vérifié. Mais non : noms propres interdits. Dommage : "Sarkozy", accroché à la case lettres, compte triple (un K, un Z, un Y et un Scrabble par dessus le marché, c'est 150 points minimum). Le couple Sarkozy et la rumeur : il en est encore beaucoup question ce matin. Et ce n'est pas que people : ça permet d'en apprendre plus sur le fonctionnement de l'Etat, de l'Elysée aujourd'hui, et ses rapports avec les journalistes. Oui, contrairement à ce qu'a dit Carla Sarkozy mercredi, il y a bien eu une enquête. Sur Internet, Marianne la traite de "menteuse". Dans Libération, Laurent Joffrin parle de "sa langue de miel", nouvelle forme de la langue de bois. Un ponte des anciens RG explique à Libé que cette enquête est normale... "Quand une affaire comme celle-ci est reprise dans les journaux étrangers, nous sommes obligés d'y jeter un oeil. Cela fait partie de nos missions. Mais il n'y a pas eu d'écoutes téléphoniques. Et dès que la justice a été saisie, cette enquête de sécurité intérieure a été stoppée", jure cet officier du renseignement. Et puis c'est l'occasion de mieux connaître un homme-clé à l'Elysée : le conseiller en com' Pierre Charon, l'homme qui avait tenu des propos outragés sur la rumeur. Portrait dans Libération et sur Rue89... C'est lui-même un spécialiste de ce procédé. LeNouvelObs.com rappelait cette semaine comment Jacques Chirac l'avait sèchement rappelé à l'ordre lorsqu'il était maire de Paris. Charon s'occupait alors de la com' du maire... - "Monsieur Charon, j'aimerais que vous me rendiez un service"... - "Mais bien sûr, Monsieur le Maire"... - "J'aimerais que vous cessiez de dire partout que ma fille Claude couche avec tout Paris"... Détail de l'histoire : c'est Pierre Charon lui-même qui l'a racontée. Bon, en tout cas, le Président veut tourner la page. Mardi, relève Le Figaro, lors d'un déjeuner avec des parlementaires de la majorité à l'Elysée, il a promis qu'il allait faire attention à son style. Dossier prioritaire : les retraites... occasion, peut-être, de demander aux plus riches de mettre la main au portefeuille. "Sarkozy lève le tabou des prélèvements", titrent Les Echos ce matin. L'Elysée évoque un prélèvement spécifique qui pèserait sur une catégorie de la population (bel euphémisme) pour financer les retraites. (ND : "Quoi d'autre dans la presse ?") Le retour de Nanard aux affaires... information du Point.fr. Débarrassé de ses ennuis judiciaires, Bernard Tapie lancera mi-mai un site Internet de vente de biens et services dégriffés. Il voulait l'appeler Nanard.com. Son fils a dit non. Le testing qui prouve que les musulmans sont discriminés sur le marché du travail, en France... C'est à lire sur Mediapart.fr. Un groupe de chercheurs, dirigé par un Américain, a envoyé des CV factices à des employeurs potentiels. Deux se ressemblaient de très près, à une nuance : une catholique et une musulmane. 21% de réponses positives pour la première, 8% pour la seconde. Je vous invite à lire Mediapart.fr pour les détails de cette enquête, difficile à résumer en quelques lignes. Et puis un numéro formidable et passionnant de Courrier International, cette semaine... "Un monde chinois"... Comment Pékin s'impose sur tous les continents... L'Asie du Sud-Est, c'est une évidence. L'Afrique, on le savait. Mais Courrier reprend par exemple un article de The Economist. Ca se passe en Amérique Latine, autrement dit "l'arrière-cour des Etats-Unis". Si tout se passe comme prévu, en 2012, les premières livraisons de cuivre venu des Andes péruviennes partiront pour la Chine. Chinalco, le géant des métaux chinois, a investi plus de 2 milliards de dollars dans cette mine. La Chine encore, en Serbie... Contrairement à l'Europe et au FMI, elle offre ses crédits sans exiger que l'Etat fasse des économies en retour. Et puis l'Afghanistan... Pendant que les Etats-Unis abîment leur image à coups d'opérations militaires, sans tirer un coup de feu, Pékin investit dans le cuivre, là encore. La Chine dans la presse, c'est un peu comme le FC Barcelone : on parle beaucoup de l'attaque. Mais la défense est très efficace aussi. Un article de Newsweek, repris par Courrier, montre comment Pékin négocie pied à pied pour que les institutions internationales et les normes de demain sur Internet tiennent compte de son intérêt... autrement dit, la Chine ne se contente plus de vendre de la marchandise, elle veut aussi construire la maison. Evidemment, ce numéro consacré à l'offensive chinoise a un peu un effet loupe déformante. Il accumule les informations qui ne vont que dans un sens. Quand on le lit, on a presque envie de se retourner pour voir si un Chinois ne regarde pas par-dessus votre épaule. Mais c'est à mettre en regard avec le texte du sinologue Jean-Luc Domenach, cette semaine, dans Ouest-France. Il parlait de "l'orgueil dangereux de la Chine". Prochaine étape de l'offensive, selon Courrier : la culture. Pékin, qui connaît la profondeur de sa civilisation, veut rivaliser avec les Etats-Unis. Dans un article tiré d'un journal de Canton, on trouve une illustration de cet orgueil chinois. Citation : "Les Etats-Unis ? Quelle grande personnalité culturelle peuvent-ils mettre en avant ? Pas Mickey quand même !"... Bon week-end...

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