Le Pen, la famille décomposée - Marine, à qui père gagne - pari risqué – les chaises baladeuses de la finance – 3 millions pour l’ex PDG de Vivarte – Jean d’O mérite-t-il la Pléiade ?

Dans la presse ce matin : Odieux ni maître

Notre père qui es odieux...

La formule est signé Etienne de Montety ce matin dans Le Figaro . Elle s'applique assez bien à « La famille décomposée » comme l’appelle 20 minutes , qui s'étale dans tous les journaux ce matin.

Le Monde , par exemple : « Guerre ouverte entre Marine le Pen et son père ». Rappel des faits : « le vieux lion a le puputsh dans les veines, il ne peut s'empêcher de dégoupiller dès que ça le démange » écrit Jean-Louis Hervois dans La Charente Libre . Alors dans l'hebdomadaire Rivarol , il y est allé incontinent sur Pétain qu'il n'a jamais considéré comme un traitre, la République qui commence à la gonfler, l'Europe boréale et le monde blanc qu'il faut défendre des immigrés, immigrés parmi lesquels Manuel Valls, français depuis moins de 30 ans, quel est son attachement réel à la France.

« La vieillesse emmerde le Front national », titre encore Libération . « Tout se passe comme si le fondateur du FN cherchait à démolir la stratégie de dédiabolisation de sa fille », constate Patrick Plancheault dans les journaux du groupe France Antilles. Mais la fille ne laisse pas faire, elle s'oppose désormais à la candidature du vieux comme on l'appelle parfois en Provence aux régionales et son cas sera examiné lors d'un bureau politique le 17 novembre. Jusqu'à l'exclusion ? On peine à y croire mais toutes les options sont sur la table répond le numéro 2 du FN Florian Philippot.

Premier réflexe de la presse : la gourmandise

Gourmandise à s’engouffrer dans les failles du FN. On le voit à travers les titres. L'Opinion : « Marine le Pen comment j'ai tué mon père ». Et ce constat d'Yves Thréard dans Le Figaro : "Le Front national peut offrir le même spectacle que les autres partis : celui de la division"

Constat ensuite d'une différence essentiel entre le père et la fille. Bruno Dive dans Sud Ouest : « Elle désire le pouvoir, lui ne cherchait qu'à perturber le système. Il a toujours considéré qu'un FN respectable n'intéressait personne, elle veut sortir le parti de la diabolisation ». Et « le plus probable estime l'historien spécialiste de l'extrême droite Nicolas Lebourg dans Libération, c'est que sincèrement, elle ne soit ni antisémite ni fascinée par Pétain, qu’elle soit sincèrement opposée à la ligne portée par son père. »

D'où deuxième réflexe de la presse. « A qui père gagne », comme le titre Libération . Car en réagissant promptement et sans ambiguïté aux déclarations de son père, Marine le Pen s'achète un peu plus une respectabilité. "Avec Marine le Pen seule aux manettes, débarrassée du paternel, des électeurs qui jusqu'à présent n'osaient pas franchir le pas pourraient se laisse convaincre" estime Baprise Laureau dans Paris Normandie .

Embarras de Laurent Joffrin dans Libération . Le Front national devient-il un parti comme les autres ? Non répond Joffrin, il continue de « fonder sa politique sur l'éternel préjugé xénophobe (...) Mais c'est le moment de garder les idées claires. »

Parachever la dédiabolisation du FN, c'est en tout cas le « pari risqué » de sa présidente, analyse Cécile Cornudet dans Les Echos . Quels risques ? La ligne incarnée par le père pèse encore lourd dans l'électorat FN sur Sud. Risque de rupture avec le vote pied noir, un de ses points d'ancrage. Risque de candidature dissidente aux régionales. Risque financier aussi, ajoute Marine Turchi sur Mediapart . Le fondateur du FN, via son micro parti Cotelec a une main sur l'argent du mouvement.

Et puis dans un FN déjà divisé sur sa ligne économique entre tenants d'un ancrage très à droite et tenant d'un ni-ni, si meurtre du père il devait y avoir, ce ne sera pas du gâteau : il y aura forcément des soubresauts, euphémise un proche de Marine Le Pen dans Libé .

Ni Dieu ni maitre, surement pas la finance. A l'autre bout de la politique, L'Humanité raconte la dernière facétie d'Edgar Morin et quelques camarades. Vous connaissiez la politique de la chaise vide, voici celle de la chaise baladeuse. Photo du sociologue assis sur une chaise, dans les rues de Paris, hier, entouré d'une pléiade d'intellectuels. Cette chaise, métal chromé, sky brun a une histoire. Un militant d'une association altermondialiste basque en a piqué huit, dont celle-ci, dans l'agence HSBC de Bayonne au mois de février, sous le nez des banquiers et sous les applaudissements des badauds. C'était l'époque du scandale Swissleaks, la maxi évasion fiscale via la filiale suisse de la banque. Depuis la police est aux trousses des chaises et du militant qui dit en résumé : « rendez-nous le fric, on rendra les chaises ». Chaises qui se promènent un peu partout en France depuis. Jusqu'à accueillir l'auguste séant d'Edgar Morin.

Les contempteurs de la finance trouveront de nouveaux arguments à la lecture du Parisien-Aujourd’hui en France , en apprenant que l'ex PDG du groupe de textile Vivarte, qui vient d'annoncer 1600 suppressions de postes, notamment dans la marque la Halle, s'est fait virer en octobre dernier mais avec un chèque de plus de 3 millions d'Euros. Bonus pour restructuration, indemnité de sortie et solde de tout compte.

Quoi d'autre dans la presse ?

La plainte d'association de droits de l'homme contre la DGSE. Plainte pour surveillance illégale. Alors que les conditions légales de travail des agents de renseignement sont en débat depuis les attentats de janvier, cette plainte a été déposée en décembre. C’est à lire dans Libération .

Mauvaise nouvelle pour les geeks de la gratte au Bac. Les calculatrices programmables seront interdites à partir de la session 2018. Décision du ministère de l'Education relevée et presque regrettée par Rue89.

Jean-Paul Belmondo 82 ans aujourd'hui et cet appel du pied du Magnifique dans Le Parisien : « Si on me propose un film, je répondrai présent. J'aimerais bien rejouer encore. »

Et puis le jeu de mot du jour, dans L'Obs : photo de groupe des écolos prêts à entrer au gouvernement. Vous connaissiez le serment du jeu de paume sous la révolution, voici, c'est moins glorieux, « Le serment du jus de pomme ».

Allez pour finir, cette polémique très française, dans L'Obs encore : Jean d'Ormesson mérite-t-il la Pléiade ? A la fin de la semaine prochaine, l'auteur d'Histoire du Juif errant fera son entrée dans la plus prestigieuse collection littéraire, dans l'ordre de parution, entre Mark Twain et Casanova. Ca a pris une minute 30, Antoine Gallimard lui a demandé de passer le voir. Il a dit merci, stupéfait. « L'Académie ce n'est pas formidable sur le plan littéraire, dit le comte des lettres françaises, la Pléiade c'est autre chose, c'est mon Nobel à moi. »

Doit-on parler de grincheux ou de lucides ? En tout cas, quelques voix s'élèvent pour dire en gros que Jean d'O en Pléaide, c'est un peu abusé. L'Obs leur donne la parole : un journaliste de Causeur , Romaric Sangars, qui publie un livre intitulé : « Suffirait-il s'aller gifler Jean d'Ormesson pour arranger un peu la gueule de la littérature française ? » « Ce qu'il produit n'est qu'un incessant bavardage dénué de style pour se donner des airs entouré de 3 vieilles filles du centre droit. » Le traducteur et romancier Claro : « il suffira de durer et radoter pour être relié cuir. »

Tout cela n'a pas l'air de froisser la cravate en tricot de l'académicien.

Dans Le Point de cette semaine, il est plus Jean d'O que jamais, pieds nus dans ses mocassins et lâchant comme si de rien n'était : « Enfin une Pléiade qui va se vendre ». Il a diné la semaine dernière avec Sarkozy, reçu la grand-croix de la Légion d'honneur des mains de Hollande et réuni à table Mélenchon et Hélène Carrère d'Encausse. Survivant d'un cancer il est sorti de l'hôpital reconnaissant pour le système de soins à la française : un peu communiste, la solidarité, un peu chrétien, la charité. Ni odieux, ni maître, juste le plaisir de Dieu.

A cet homme de 89 ans, on demande encore s'il préfère les brunes ou les blondes. Et il répond : « Je ne bois pas de bière ».

A demain

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