(Eric Delvaux : "Et la presse commente largement, ce matin, la tribune de Nicolas Sarkozy sur l'identité nationale")... Tribune publiée dans Le Monde, encore en kiosque. Il est peut-être utile d'y revenir un peu en détail avant de voir les commentaires. Le point de départ, c'est le référendum sur les minarets en Suisse. Pour le Président, c'est une question qu'on ne peut pas régler par "oui" ou "non". C'est un problème qui doit pouvoir être résolu au cas par cas. Mais il se dit "stupéfait" par la réaction dans certains milieux médiatiques et politiques en France. Il y voit une méfiance viscérale pour tout ce qui vient du peuple. "Au lieu de vilipender les Suisses, mieux vaut s'interroger sur ce que leur réponse révèle". Et voilà son interprétation... "Les peuples d'Europe sont accueillants, mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie soit dénaturé. L'identité nationale, c'est l'antidote au communautarisme". "L'ouverture aux autres est un enrichissement. Mais la clé de cet enrichissement mutuel, c'est une assimilation réussie. Respecter ceux qui arrivent, c'est leur permettre de prier dans des lieux de culte décents. Respecter ceux qui accueillent, c'est respecter leurs valeurs. Dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage condamnerait à l'échec un islam de France. Quelle que soit sa foi, chacun doit se garder de toute ostentation". (ED : "Voilà pour les faits... Maintenant, les commentaires")... "Sarkozy rappelle aux musulmans de France leurs droits et leurs devoirs" : voilà la Une du Figaro, ce matin... Pour Paul-Henri du Limbert, qui signe l'édito, "tendre la main aux musulmans, leur offrir des lieux de culte, mais rappeler ce que sont les racines du pays : c'est tenir les deux bouts de la chaîne". Et le journaliste du Figaro est heureux que Nicolas Sarkozy embrasse ce débat sur l'identité nationale : "La meilleure façon d'exacerber les passions, c'est d'affirmer que le sujet n'existe pas". "Il y a du bon dans le texte écrit par Nicolas Sarkozy", confirme Laurent Joffrin dans Libération. "Mais il y a une arrière-pensée qui transparaît dans une étrange expression : 'ceux qui arrivent'. Les musulmans font partie de la société française depuis longtemps". Puisque le Président de la République s'adresse aux musulmans, Libé leur donne la parole... L'islamologue Rachid Benzine d'abord, sur le même thème que Joffrin... "Il y a des musulmans ici depuis plus d'un siècle, avant même que Monsieur Sarkozy père n'arrive en France". Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman... Il rappelle que la civilisation chrétienne a laissé une trace très profonde en France. "Oui, les musulmans doivent en tenir compte". Kamel Kabtane, le recteur de la Mosquée de Lyon... "Cela me gêne, en tant que responsable musulman, qu'on me demande d'être discret. Ce n'est pas comme ça que l'on règle les choses". Dans la presse régionale, la plupart des éditos relèvent ce lien qui est fait par le Président entre identité et religion... "Raisonnement pervers", pour Jean-Claude Souléry dans La Dépêche du Midi. "Le Président ignore la fraternité, le progrès social, la notion de service public. En rester à la religion n'a rien à voir avec l'identité d'une nation toujours laïque". Pour Jean-Emmanuel Ducoin, dans L'Humanité, à l'approche des élections, "l'objectif est d'éloigner les Français de l'essentiel : la casse sociale et la limitation des droits". "Faut pas confondre la burqa et le rideau de l'isoloir", ajoute Didier Pobel dans Le Dauphiné. Si Hervé Chabaud, de L'Union de Reims, regrette que beaucoup de commentateurs cèdent à l'anti-sarkozysme habituel, Daniel Ruiz, pour La Montagne, relativise : "Ce débat ne sera rien d'autre qu'un avatar franchouillard entre les progrès de l'Europe et la conférence mondiale sur le climat". Enfin, une précision utile pour clore ce dossier : Luc Rosenzweig, sur le site Causeur.fr... "Contrairement à l'idée reçue, l'islam n'est pas la deuxième religion de France... La deuxième religion de France, c'est celle des sans-religion". Et il cite des chiffres publiés dans La Croix : - catholiques : 51% ; - sans religion : 31 ; - musulmans : 4. (ED : "Et décidément, il est beaucoup question de religion dans la presse, ce matin")... En Suisse et en France, les minarets font la polémique... En Espagne, ce sont les crucifix dans les salles de classe. Vous vous souvenez peut-être que la Cour européenne des droits de l'homme a condamné l'Italie à les retirer. Le débat se prolonge. En Espagne, les députés du petit parti de gauche des indépendantistes catalans souhaitent la même chose. Pour l'instant, le Premier ministre Zapatero s'y oppose. Même les parents d'élèves laïcs jugent l'initiative un peu ridicule. Soyons réalistes : il reste peu de crucifix. Et dans les écoles récentes, les parents ne les réclament pas. Mais c'est à un autre pays catholique que La Croix consacre sa Une : l'Irlande... Après un rapport dénonçant le silence de certains évêques face aux prêtres pédophiles, les fidèles se révoltent. Ils n'en veulent pas au curé de leur paroisse locale, mais à la hiérarchie de l'Eglise. En Irlande, presque une personne sur deux va encore à la messe toutes les semaines. Une telle prise de position est donc une révolution brutale, comme l'écrit Michel Kubler dans l'édito de La Croix. Il y a sans doute des dirigeants européens qui prient discrètement pour demander au Très Haut de les sortir de la mouise... "L'alarme monte en Europe face au surendettement de la Grèce", titrent Les Echos ce matin. L'agence de notation Fitch, qui juge de la capacité des Etats à rembourser leurs dettes, a dégradé la note de la Grèce. La Commission européenne demande à Athènes d'agir. C'est toujours la crise. Et la Grande-Bretagne en sait quelque chose... La Tribune consacre une page à nos voisins, où la situation économique est encore très précaire. C'est le dernier pays du G20 encore en récession. Le déficit atteint des niveaux abyssaux. La semaine dernière encore, une acierie employant 1700 personnes a fermé ses portes. Mais ce qui sauvera toujours les Anglais, c'est leur humour... Vous savez, Eric, quel est leur jeu préféré à l'approche de Noël ? Eh bien, c'est le Monopoly, symbole d'un capitalisme sans pitié. Dans les grands magasins à l'enseigne John Lewis, les ventes ont plus que doublé par rapport à l'an dernier. Les Britanniques veulent oublier la crise, le temps des fêtes, et s'offrir quelques douceurs. Les ventes de chocolats et de pantoufles cartonnent. Mais tout indique que c'est une exception et que, dans quelques semaines, avec leurs pantoufles, nos voisins british porteront une ceinture bien serrée autour de la taille. Ceinture bien serrée : les Français aussi connaissent. Selon La Dépêche du Midi, 63% estiment n'être pas assez payés. C'est "le blues des salariés". (ED : "Quoi d'autre, dans la presse régionale ?") Un appel, dans La Provence... On manque de donneurs de sang dans les régions Corse et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Entre la grippe saisonnière et la grippe A, beaucoup de donneurs sont bloqués chez eux. Pour éviter tout problème sanitaire, il faut des stocks de produits sanguins pour 17 jours. Aujourd'hui, on est à 12. L'appel est d'autant plus pressant que pendant les fêtes beaucoup de gens sont absents. A la Une de Nice-Matin : après les policiers ripoux, les postiers ripoux... Plus d'un millier de colis auraient été détournés depuis l'an dernier. Un vaste coup de filet a été mené hier. Six agents de La Poste ont notamment été arrêtés. Et puis, dans la presse satirique... Dans Siné Hebdo, une lettre de Jean-Marc Rouillan... "Je suis emprisonné pour quelques mots dans une interview". Rouillan, malade, dénonce le sort que la justice lui réserve. Pour mémoire, il a été condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité dans les années 90 pour les assassinats du PDG de Renault Georges Besse et de l'ingénieur de l'Armement René Audran. Rouillan était en semi-liberté en octobre 2008, régime qui lui a été supprimé après une interview à L'Express où il enfreignait l'obligation de ne pas évoquer les faits pour lesquels il avait été condamné. (ED : "Et pour finir, un mot sur le mensuel Books")... Excellent mensuel, un peu sur le principe de Courrier International : on regarde ce qui se passe ailleurs. Mais Books se cantonne à un domaine bien précis : les livres et les critiques littéraires publiés à l'étranger. A l'approche de Noël, un hors-série sur les bestsellers du monde entier publiés ce mois-ci. C'est intéressant de voir ce qui passionne les lecteurs. Comme en France, tout ce qui a trait au débat autour des religions cartonne. Deux millions d'exemplaires vendus sur la planète, par exemple, pour le livre de Richard Dawkins : "Pour en finir avec Dieu". En Grande-Bretagne, la star des enfants, ce n'est pas seulement la maman d'Harry Potter, mais aussi Jacqueline Wilson. C'est l'idole des 8-13 ans. Et elle ne leur raconte pas des histoires de magiciens mais, au contraire, très ancrées dans la réalité sociale. En Allemagne, un éloge de la sexualité trash, écrit par une femme, a attiré un million et demi de lecteurs. En Amérique Latine, le polar est un refuge pour rêver encore de justice dans un pays miné par la corruption. Enfin, en Egypte, un récit, qui donne la parole aux chauffeurs de taxi, fait un tabac. Dans les taxis, on en apprend beaucoup sur la société égyptienne et son Etat, là aussi accusé de corruption. Mais en l'absence de l'humour. Exemple : cette histoire, racontée par un chauffeur de taxi rencontré par l'auteur Khaled al-Khamissi... Un pauvre trouve la lampe d'Aladdin dans le désert. Le génie surgit. L'homme lui demande un million de livres. Aladdin revient avec la moitié. Pourquoi donc ? Le gouvernement est associé avec la lampe fifty-fifty. Ca s'appelle "Taxi". En France, c'est publié chez Actes Sud. Le prix est fixe : pas de surprise avec le compteur... Bonne journée...

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