C'est donc lui, Fabrice Burgaud... le juge d'instruction par qui, dit-on, l'une des plus grandes catastrophes judiciaires de ces dernières années est arrivée. Lui, dont l'arrogance et les certitudes ont été maintes fois dénoncées. Lui, le jeune homme psychorigide. Lui, le bourreau d'Outrau. Lui, le responsable de ces vies démolies, de ces familles détruites, de l'honneur bafoué de treize personnes finalement innocentées. Alors, est-ce la présence des caméras de la télévision qui l'a transformé ? s'interroge Yves Thréard dans "Le Figaro". Hier, il est apparu le visage pâle, les traits fatigués, les mains tremblantes, le ton mal assuré...Le juge s'est expliqué, laborieusement, comme un homme normalement constitué qui se sait traqué par les médias... Poursuivi par un esprit de vindicte populaire... Et qui se demande pourquoi on lui veut tant de mal. Voilà un édito qui vous donnera une idée du ton employé par la presse ce matin, qui n'accable pas le magistrat... Non, c'est plutôt le système judiciaire qui est condamné. Alors, si un visage occupe toutes les Unes aujourd'hui... Celui de Fabrice Burgaud... Un mot s'affiche en gros... "Seul". Oui... "Seul", comme l'inscrit "Le Parisien" sur sa première page ... "Un juge seul, une justice égarée", reprend "L'Humanité"...Idée de la même façon largement répandue dans la presse régionale... Comme dans "La Montagne", qui dénonce la charge écrasante qui a submergé Fabrice Burgaud... Comme dans "La Liberté de L'Est", qui voit en lui un bouc émissaire... Alors que d'autres journaux l'acquittent, si je puis dire... "Les citoyens que nous sommes ont-ils le droit de faire endosser par un seul homme une responsabilité si lourde ?", se demande par exemple "La Voix du Nord". Pour sa défense, dans la presse nationale, Fabrice Burgaud peut compter aussi sur "La Croix", qui lui trouve même une qualité majeure... Mille fois, en effet, écrit ce journal, il a été amené à réfléchir sur le fonctionnement du système, à en repérer les failles... Mais il n'a pas cherché à fuir sa responsabilité propre. C'est son honneur, conclut "La Croix". Ton différent en revanche dans "Libération", qui titre : "Un juge à la peine"... Il est apparu comme un étudiant attardé, écrit Patrick Sabatier, brouillon, dépassé par l'ampleur et l'horreur de l'affaire qu'il instruisait... On aurait aimé l'entendre reconnaître que le doute doit toujours tempérer l'intime conviction... De toute façon, conclut Patrick Sabatier, la solitude du juge d'instruction est un véritable danger public. J'en termine avec le regard de la presse belge, toujours très sensible aux dossiers de pédophilie depuis l'affaire Dutroux... et ses errements judiciaires... Une presse qui se montre beaucoup moins clémente que son homologue française... Ainsi, "Le Soir" prend acte de la compassion affichée par le juge, mais déplore qu'il n'ait pas formulé d'excuses... Le magistrat n'admet toujours pas s'être trompé, souligne le quotidien... Le magistrat qu'on a vu hier ressemblait à un petit garçon pris les mains dans le pot de confiture. "La Libre Belgique", elle aussi, juge le juge, qui, selon ce journal, a tenté maladroitement de plaider sa cause... Au final, cette audition laisse le goût amer d'une instruction confiée à un homme trop jeune et qui, de son propre aveu, n'avait pas encore appris la culture du doute... Il est des magistrats qui ne l'apprennent jamais. Une information qui va vous intéresser, Henri Emmanuelli... Pendant que la gauche cherche le plus petit programme commun, comme le titre "Libé", Lionel Jospin se balade... Son livre en bandoulière... Il fait une tournée littéraire... Et hier, il était à Toulouse. Il se trouve qu'il a donné une interview au grand journal de la région : "La Dépêche du Midi"... Interview dans laquelle il aborde la Présidentielle, certes sans dévoiler ses batteries... Mais il confirme qu'il faudra compter avec lui à l'automne prochain, lors de la désignation du candidat socialiste... Et fixe même les grands enjeux de l'échéance, comme il ne l'avait jamais fait jusqu'à présent... Comme s'il y était, constate "La Dépêche". Jean-Christophe Giesbert, bonjour... Vous dirigez la rédaction de "La Dépêche du Midi"... L'interview de Jospin se termine par cette phrase, en vue de la Présidentielle : "Si je peux aider, j'aiderai"... Comment vous la traduisez ?... Et que veut nous dire Jean-Pierre Bédéi, qui a réalisé l'interview ?... Que veut-il nous dire, dans son chapô, lorsqu'il écrit que "Lionel Jospin fixe les enjeux de la Présidentielle comme s'il y était" ?... Oui, avec cette histoire édifiante, que nous raconte "Le Figaro"... Ou comment les imams danois ont manipulé la colère qui a débouché sur les violences que l'on sait. En résumé, une délégation de la communauté musulmane du Danemark, envoyée en décembre au Proche-Orient, est accusée d'avoir répandu de fausses informations lors de sa tournée. Affirmant représenter une grande part des 200.000 musulmans danois, les imams boute-feu ont emporté un dossier comprenant les 12 caricatures effectivement publiées dans le journal "Jyllands-Posten", mais aussi 3 autres images qui, elles, n'ont jamais été publiées, et qui, pour le coup, eurent été effectivement de mauvais goût. Et pour cause : l'une représentait Mahomet en pédophile, une deuxième montrait un chien sautant derrière un musulman en train de prier, et une troisième représentait Mahomet en porc. Et cette dernière image n'était qu'un grossier montage... En fait, il s'agissait d'une photo d'un mécanicien français barbu... Un certain Jacques Marrot... Affublé d'un groin factice et de fausses oreilles de porc... Photo prise lors du dernier Championnat de France du cri de cochon... Oui, ça existe... Compétition qui se déroule chaque année dans une commune de Hautes-Pyrénées. Et puis le détail qui tue : dans sa précipitation à dénoncer le subterfuge des imams, le quotidien "Jyllands-Posten" a écrit que c'était Jacques Barrot, le Commissaire européen aux Transports, qui avait remporté le concours. Jacques Marrot... Jacques Barrot... C'est bien le seul aspect de l'affaire qui fait sourire... Parce que je vous rappelle quand même que cette affaire des caricatures a déjà fait plusieurs morts, lors de manifestations qui ont mal tourné... En Afghanistan en particulier. Hier, je vous parlais des dessins de "Charlie Hebdo"... Mais l'un des plus subtils, c'est celui que le journal "Le Soir" a publié il y a quelques jours... On y voit un tableau, qui emprunte à l'espièglerie rafraîchissante du peintre Magritte... Illustre citoyen belge... Un tableau donc, avec de fins lisérés noirs sur fond blanc, et ce titre, inscrit en gros caractères : "Ceci n'est pas Mahomet"... Dessin qui évoque évidemment le célèbre tableau de l'éternel enfant qu'était Magritte : "Ceci n'est pas une pipe". L'intolérance religieuse d'un côté... Et voici la religion au pouvoir... Enfin, pas loin... Ca se passe en Europe, au sein de l'Union européenne : en Pologne... "Laboratoire de l'ordre moral", titre "Le Courrier International", qui nous livre les analyses de quelques grands titres de la presse polonaise, comme "Politika", pour qui l'objectif des frères Kaczinski, qui dirigent la Pologne, est clair : il s'agit bel et bien de mettre en place un Etat tout-puissant au service des valeurs chrétiennes les plus conservatrices. D'ailleurs, au coeur du pouvoir, l'Opus Dei s'est taillé une place de choix, constate le "Newsweek Polska" de Varsovie... On trouve, dans la nouvelle équipe dirigeante, de nombreux membres de l'Opus... Institution catholique ultra-conservatrice et, qui plus est, la plus influente de notre époque... Enfin, il y a une partie de la presse qui soutient et qui, peut-on dire même, participe au pouvoir... Un empire médiatique dirigé par un prêtre : Tadeusz Ridzik, qui a joué un rôle essentiel dans la victoire de la droite morale... Un véritable faiseur de rois, qui possède une radio, une télé, et le quotidien "Naz Dzinik", qui relaie les discours du père directeur à coups de grandes idées de l'extrême-droite, antisémite, homophobe, ultra-nationaliste et ultra-religieux... Avec ce bel exemple : à propos du tsunami qui a touché l'Asie du Sud-Est, le journal "Naz Dzinik" ne pose qu'une question... La suivante... "Le fait que cela se soit produit le jour de la Sainte-Famille n'est-il pas parlant ?"... Et ce n'est pas tout : le nouveau gouvernement réserve à la presse du père Ridzik l'exclusivité de toutes les annonces officielles en Pologne et de tous les grands événements. Voilà un empire de presse qui ne risque pas de subir de problèmes financiers, ni même de lecteurs puisque, manifestement, ses idées sont en phase avec une bonne partie des décideurs polonais... Pour preuve, cette information, rapportée par le "Rech Pospolita" : le ministère de l'Education est favorable à la prise en compte des notes du catéchisme pour l'obtention du bac en Pologne... Ou encore cet écho de la "Gazetta Wiborcza" : un bal de carnaval, organisé dans une école publique de Varsovie, a failli être annulé... L'enseignante du catéchisme a fait valoir auprès de la direction que l'on ne doit pas s'amuser le vendredi, jour de pénitence. Dieu est amour, dit-on... Si on parlait d'amour ?... C'est bientôt la Saint-Valentin... Une fête du commerce, qui marche bien... Une fête qui vous met bien la tête sous l'eau également, si vous n'êtes pas amoureux... Une sorte de calamité calendaire, qui a quand même le mérite d'inspirer la presse, avec des angles sympas... Comme cet éloge du baiser, que publie "L'Express"... Depuis l'origine des temps, et partout sur la Terre, on pratique le baiser, soit comme code social, soit comme un prélude, dans la plupart des cas, à la panoplie complète des ébats amoureux... Mais attention : le baiser n'est pas sans risques... Enfin, disons sans inconvénients... On apprend ainsi qu'à cause de la précipitation du rythme cardiaque qui se déclenche, un baiser abrège la vie de 3 minutes. En revanche, il est bon pour la ligne. Oui, sachant qu'un baiser profond engage tous les muscles faciaux... 29 exactement... Et brûle plus de 6 calories à la minute... Ca vaut la prise de risques. Voilà bien la seule façon de maigrir avec plaisir. Bonne journée... A demain !

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