(Nicolas Demorand : "Et dans la presse, nos vies reconstituées")... A la Une de Ouest-France, ce matin : une main dans un gant de latex tient une drôle de coupelle. A l'intérieur, des petites choses violettes : ce sont des cellules-souche embryonnaires. A partir de ces cellules, on vient de fabriquer de la peau. C'est une prouesse scientifique, une première mondiale, selon Ouest-France, réalisée dans le laboratoire du Pr Peschanski, à Evry, et financée pour moitié par le Téléthon. De la peau humaine. De l'épiderme, donc. Pour Ouest-France, Philippe Lemoine est allé y voir de plus près. Et dans le labo, il a trouvé une jeune fille assise sur une hotte stérile. Elle ouvre de petites boîtes en plastique, elle y injecte un liquide rose : ce sont des nutriments pour les cellules. Si elles sont nourries et conservées dans leur milieu, les cellules-souche sont immortelles. Sous l'oeil du microscope, ajoute Philippe Lemoine, on les voit vivre en colonies, au fond de leur couvercle en plastique. Pour leur permettre de créer de l'épiderme, les scientifiques d'Evry les ont mises en contact avec une protéine spéciale. Au bout de 40 jours, on avait les cellules à l'origine de la peau... Restait à les conserver dans un milieu proche du ventre de la mère (température, humidité) : on avait un épiderme complet. Il a atterri sur le dos d'une pauvre souris préalablement écorchée. Et bingo : la greffe a pris... Les essais cliniques sont prévus en 2011. L'espoir est de créer des banques de peau, pour les grands brûlés ou ceux qui souffrent de maladies dermatologiques. "Avec les cellules-souche, l'imagination est au pouvoir", dit le Pr Peschanski. Il va sans doute falloir adapter le cadre légal aux espoirs et aux dangers que soulève cette imagination au pouvoir. Aujourd'hui, la loi interdit la recherche sur l'embryon, sauf dérogation justifiant des avancées thérapeutiques majeures. (ND : "Notre peau est reconstituée en laboratoire... Et sous nos pieds, la terre est de plus en plus artificielle")... Oui, nous parlions hier du vignoble du Beaujolais, grignoté par l'urbanisation dans la région lyonnaise. Le bétonnage du pays va au-delà... Pour la première fois depuis très longtemps, en 2008 la forêt a cessé de gagner du terrain en France. C'est un tournant majeur dans l'occupation du territoire. Il est relevé dans Le Monde aujourd'hui. De plus en plus, les terres agricoles sont converties en d'autres usages. On parle "d'artificialisation des sols". Car c'est en fait la ville qui gagne du terrain, au détriment des forêts, des champs et des bords de mer. "Catastrophe" : le terme a été employé par Nicolas Sarkozy lui-même. Les équilibres écologiques sont perturbés. L'indépendance alimentaire de la France aussi, à force de construire des maisons sur les champs. Comment expliquer cela ? L'argent, mon bon monsieur... Aujourd'hui, une terre agricole ne vaut presque rien. Si on peut construire une maison dessus, elle prend tout de suite de la valeur. Le Monde donne la parole à un paysan de Saint-Philbert-de-Bouaine, en Vendée, pas loin de Nantes... "Un mètre carré de terre agricole, c'est 20 centimes d'euro. Un mètre carré viabilisé, c'est 80 € : 400 fois plus"... Seule une volonté politique de maîtriser la surconsommation d'espace pourra enrayer le phénomène, écrivent Hervé Kempf et Clément Lacombe dans Le Monde. La loi de modernisation agricole doit être discutée après les Régionales. Nos vies en laboratoire... Nos vies artificielles... Nos vies virtuelles également, sur les écrans... Rue89 relève la dernière confusion en date : une pub bien réelle dans un jeu vidéo... C'est un internaute qui a signalé la curiosité à Rue89. Il jouait tranquillement à un jeu de course automobile sur sa console et, au détour d'un virage en épingle, il a aperçu les affiches de la campagne de recrutement de l'Armée de Terre. Chez les soldats, au service de com', on confirme : ce visuel, que l'on voit également à la télévision, est incrusté dans une petite dizaine de jeux vidéos. Il s'agit de recruter des jeunes, et c'est aussi sur ce terrain-là qu'on les attrape. Slogan choisi par l'Armée de Terre : "Devenezvousmeme.com"... (ND : "François Fillon a dressé hier le bilan du débat sur l'identité nationale")... Devenez vous-même : les Français sont-ils bien dans leur peau ? Dans Ouest-France, Michel Urvoy donne une raison de l'échec, au moins relatif, de ce débat... "Réfléchir au 'bien vivre ensemble' revenait à énumérer les conditions qui manquent pour y parvenir ; à zoomer sur le désespoir des banlieues ou des campagnes, sur les inégalités subies ; à avouer qu'au pays des droits de l'homme, tout le monde n'a pas les mêmes droits... Tout est là, dans l'écart entre ce lourd constat et, faute de moyens, la légèreté des annonces". Les annonces, on vous en parle depuis hier sur France Inter : - un drapeau bleu-blanc-rouge dans toutes les écoles ; - la Marseillaise chantée au moins une fois par an dans les classes ; - le carnet du jeune citoyen, où les élèves noteront leurs actions civiques et réflexions ; - et une accession à la nationalité plus solennelle, mais aussi plus rapide pour les parcours d'exception. "Tout ça pour ça !", s'exclame Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Hervé Chabaud n'est qu'en partie d'accord dans L'Union de Reims : "Oui, ce sont des initiatives simples, mais franchement républicaines". Reste le cadre dans lequel elles ont été annoncées... Et là, Laurent Joffrin s'en donne à coeur-joie dans Libération : "On avait prévu un colloque à grand spectacle, avec lyrisme présidentiel : on s'est rabattu sur un conseil interministériel plutôt miteux. L'opération 'identité nationale' se termine par une retraite la queue basse, au son d'une trompette fêlée. Quel fiasco !". Alors "stop ou encore ?", demande Bruno Théveny dans Le Journal de la Haute Marne. "Ce sera au Président de la République de répondre, mais après les Régionales". En tout cas, ce matin, l'un de ses fidèles prend des coups. "Eric Besson : trois mois de solitude", titre Libé. "Il s'est brûlé les ailes à ce débat", ajoute Le Monde. Le Figaro raconte que, lors du séminaire gouvernemental hier après-midi, il a essuyé les critiques de plusieurs collègues ministres. L'échange avec le villepiniste Bruno Le Maire a été cinglant, selon Le Figaro. (ND : "Sale temps pour les fonctionnaires !")... Les marchés financiers, ce monde reconstitué sur informatique, maintiennent les pays endettés de l'Europe sous pression. Comment faire des économies ? Cible numéro 1, selon La Tribune ce matin : les fonctionnaires, en effet... Récap des mesures prises chez nos voisins, dans le quotidien : - gel des salaires et contribution pour les retraites en Irlande ; - remplacement d'un partant sur dix seulement en Espagne ; - un sur cinq en Italie ; - la France de Nicolas Sarkozy est petite joueuse à côté de ses partenaires. Et pourtant, toujours selon La Tribune, 57% des Français jugeraient "mauvaise" la politique menée à l'égard de la fonction publique (un départ sur deux non remplacé, alignement sur les retraites du privé, et annonce assez floue sur la possibilité de les licencier). Sale temps pour les fonctionnaires en Europe : vont-ils se rebeller ? Ils étaient 50.000 dans la rue vendredi à Lisbonne. Demain, au tour des Grecs. En Espagne, les syndicats affûtent leurs banderoles. Et même dans la très placide Allemagne, une grève d'avertissement a été lancée jeudi dernier dans plusieurs Länders. Et en France, où les 5 millions de fonctionnaires (Etat, collectivités et hôpital) ont une vraie force de frappe, que se passe-t-il ? Eh bien, pour l'instant, dixit La Tribune, "les syndicats mobilisent peu". En tout cas, l'Etat essaie d'amadouer ses plus hauts fonctionnaires. Les Echos nous apprennent que les agents de catégorie A vont être mieux payés. Philosophie de cette réforme : l'approche individualisée et au mérite. (ND : "Et pour finir : la dictature du buzz")... Eh oui : nos vies reconstituées... Même le débat public devient virtuel et atrophié, avec ses polémiques qui se développent à partir de trois fois rien : une déclaration douteuse, une image détournée sur le Net... "La dictature du buzz" : c'est le dossier de la revue Technikart, ce mois-ci. Témoignage de Romain Pigenel, qui est conseiller politique de Julien Dray... "Aujourd'hui, dit-il, que ce soit les mecs sérieux ou les porte-flingue, tout le monde sait que, pour faire passer un message politique, il faut le mettre en place sous la forme d'un buzz. On ne finit par ne plus penser qu'à ça : qu'est-ce qui va faire le buzz aujourd'hui ? En fait, on est clairement dans un phénomène d'addiction à la connerie". Que les politiques se rassurent : le buzz du jour concerne BHL et le philosophe bidon qu'il cite dans son dernier essai pour critiquer Emmanuel Kant... Le penseur Jean-Baptiste Botul n'a jamais existé : c'est un personnage inventé de toutes pièces par un journaliste du Canard Enchaîné. C'est le NouvelObs.com qui a relevé la boulette. Beau joueur, BHL reconnaît son erreur sur son site. Voilà donc notre nouveau philosophe atteint de "botulisme", et son dernier livre gonflé au Botox. Décidément, la presse balance entre authentique et authentoc aujourd'hui... Bonne journée...

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