Qui commence ainsi, "Il était une fois le pays des crottes de nez"... qui raconte le bonheur dévasté des familles crotte de nez chassées du paradis par des doigts destructeurs...

Et ce conte pour enfant qui sonne comme une métaphore de la presse, nous sommes là pour traquer la saleté et racler la boue, le muckracking des américains, est publié dans Ebdo, un journal inventé pour être le compagnon de ses lecteurs, y compris les plus jeunes et s'inspirer de leur vie plutôt que du bruit... Il lui a fallu un mois à l'ebdo, pour remuer à son tour la boue et le bruit et les doutes... Ebdo qui affiche à sa Une Nicolas Hulot en ombre chinoise et qui publie les accusations d'une femme contre le ministre, pour une relation sexuelle "contrainte" datant de 1997... 

Et ce scoop sans preuve devient dans nos journaux une inquiétude, sur le métier de journaliste... 

Libération emploie le mot de "malaise"... 

L'Opinion s'alarme de l'emballement et titre sur le #balancetonpol, balance ton politique, référence au "balance ton porc" des féministes... 

Le Figaro exhume le martyre de Roger Salengro, ministre socialiste en 1936 poussé au suicide par une campagne de presse...

Ce matin, l'empathie va au politique accusé, et si peu à son accusatrice...

Le Parisien balance le nom de la jeune femme, ce que je ne ferai pas, ça la regarde, mais publie aussi le dessin le plus drôle , où l'on voit Gérald Darmanin, ministre du budget brandir une pancarte, MeToo, devant un Hulot gêné... Moi aussi, slogan des femmes agressées mais qui dit autre chose... 

Car Darmanin lui aussi a été accusé de viol par une femme, c'était dans le Monde il y a quelques jours. Et ces affaires laisseront des traces dit le Parisien. On rappelle dans l'Opinion qu'au Royaume-Uni, les scandales sexuels appartiennent à la banalité politique, et que le ministre de la défense Michael Fallon a démissionné en octobre pour une main posée sur le genou d'une journaliste en 2002... Nous sommes français...

Et si vous cherchez, dans ce pays, un vrai scandale autour d'un ministre, allez regarder Agnès Buzyn, ministre de la santé, qui a dit à la télévision que le vin était un alcool comme un autre... Midi Libre, journal du Midi victicole, ne laisse pas passer. Nous sommes vraiment français!

Des hommes et des femmes qui gèlent sous nos yeux

Et ceux-là ont de vrais problèmes, ces sans-abris qui subissent le froid à Paris et que le Parisien raconte, Francky que son ami palpe sur une bouche d'aération  "ça va il est chaud, il est vivant, un matin je vais le retrouver raide", Gaby qui se sent immortel, un ancien militaire, et croit que la boisson le prémunira du froid.  Paris Match raconte également l'alcool chez le peuple de la rue, cette "8.6 greffée au bras, la bière des clochards, forte et pas chère, elle assomme, réchauffe, détruit"... Le reportage sur les sans-abris de la métropole s'appelle survivre à Paris... Et on a  ici une boue qu'il est utile de touiller... 

La presse est curieuse, dans ses choix de Une.

Match ne met pas ses SDF à la Une mais la fille cachée que Claude françois conçut avant sa mort avec une adolescente belge...  

Marianne fait sa Une sur Jean-Michel Blanquer, populaire ministre de l'éducation... Mais publie surtout un portrait savoureux de Stéphane Bern, l'homme du patrimoine et l'ami des Macron avec un mot qui me fera le week end: "Bern navigue entre ruine et Ruinart"... ce champagne aurait mérité la Une! 

Marianne démystifie aussi le grand slogan de la start-up nation. Dans la vraie vie, les start-ups sont des papillons épéhémères: "En 2017, Take Away, le doggy bag à la française, a mis la clé sous la gamelle ; Blitzr, le Google de la musique, sous la platine. Le Lyonnais Cityzen Sciences qui avait envoyé dans l'espace, sur les épaules de l'astro­naute Thomas Pesquet, son polo numérique truffé de capteurs, n'a pas survécu"... Seuls les sites spécialisés parlent de ces échecs, Marianne aussi, c'est utile...

Inversement, les Echos dans leur magazine nous donnent le palmarès des "champions de la croissance", les entreprises qui nous portent et nous transportent tel chauffeur privé, 333% de croissance en un an, ou plus modeste Unicoque, leader français de la production de noisettes. On peut aussi gouter l'économie, à choisir...

Et un patineur heureux pour finir à la une de Libération

Dans un photo montage jouissif où la tête de Kim Jong Un, dictateur de corée du nord est posé sur le corps en équilibre d'un patineur artistique... Libération raconte comment le nord-coréen est la véritable vedette des jeux d'hivers qui commencent au sud, puisqu'il a déserré l'étau trumpien en jouant la trêve olympique... Le Figaro décrit aussi dans un bon dossier cet enjeu politique, et fait le portrait de la soeur de Kim Jong Un... 

et Le Monde raconte la longue histoire de la politique aux jeux que leur inventeur Couvertin voyait en preuve de la civilisation...  "Exportons des rameurs, des coureurs, des escrimeurs : voilà le libre-échange de l'avenir". 

Il est un autre prophète, enfin, à lire cette fin de semaine. Il est mort en 1984, Michel Foucault, philosophe du sexe  et de la liberté, on a parlé et on reparlera de lui à propos d'un livre posthume. Mais il est dans l'Obs pour un autre texte... Une interview que Foucault avait donné à l'hebdomadaire, jamais publiée, en 1979, sur la révolution islamique en Iran, qu'il regardait avec fascination. Foucault voyait dans l'irruption des mollahs le retour de la spiritualité et la fin du kemalisme, cette laicité occidentale appliquée au monde musulman. Foucault aimait les révolutions tout en sachant qu'elles se terminent mal et saluait  la naissance de l'islamisme comme un bouleversement. La religion contestait le monde. On est à la fois fasciné par sa prescience, et dévasté par son indulgence, sachant, aujourd'hui, ce qui a suivi... Il faudrait pouvoir disputer avec les morts, on y arrive presque, quand on lit...

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