Bonjour... C'est incroyable : on se croirait déjà à la rentrée... Pas seulement à cause du climat... Regardez les Unes de vos journaux... du social en plein été, comme un bourre-pif en pleine paix : les 35 heures... Qu'on s'interroge, comme La Croix : "Où en est-on ?"... qu'on veuille expliquer : "Ce qui attend les cadres", dans Les Echos, France-Soir... qu'on mette les pieds dans le plat, comme Le Parisien-Aujourd'hui en France : "Les cadres devront travailler plus"... ou comme L'Est Républicain : "Les 35 heures à la trappe"... ou La Voix du Nord : "L'assaut final contre les 35 heures"... ou qu'on s'en indigne : "Sale coup à l'Assemblée", s'écrie L'Humanité, "l'UMP explose les 35 heures"... L'illustration de tout cela nous est donnée par Philippe Delestre et son dessin de L'Est Républicain, où le coureur des heures sup s'échappe irrésistiblement du peloton des RTT... Maurice Ulrich, dans L'Humanité, prend une image de film policier : "De nuit, dit-il, quand une partie de la France est déjà en vacances, une majorité de députés flingueurs ont braqué sans vergogne les cadres, les VRP et les salariés du pays pour faire main basse sur leurs jours fériés"... Patrick Fluckiger a fait ses comptes, dans L'Alsace : "Le calcul est vite fait, dit-il : s'il prenait la totalité de ses cinq semaines de vacances légales, un cadre astreint au quota de 235 jours de travail par an ne pourrait y arriver qu'en travaillant du lundi matin au vendredi soir pendant la totalité des 47 semaines restantes... Pour ce cadre, plus question de RTT... Au contraire, il lui faudrait travailler le 8 mai, le 14 juillet, le jour de Noël et le jour de l'An si ces fêtes tombaient en semaine... Avec cette loi, dit encore Fluckiger, 'RTT' gagne un 'T' et devient 'RTTT': 'Restez Tout le Temps au Travail'"... Patrick Fluckiger déclare d'ailleurs l'égalité entre Martine Aubry, qui était passée en force pour imposer les 35 heures, et l'UMP, qui vient de passer en force pour les rendre impossibles à appliquer... 1 partout... Dominique Quinio relève le chiffon rouge des 35 heures, dans La Croix... "Il n'y a guère de sujet plus emblématique des clivages gauche-droite que celui du temps de travail... Trop d'idéologie s'est infiltrée dans le débat", regrette Dominique Quinio... Idéologie, peut-être... Mais l'atmosphère n'y était pas... Michel Noblecourt se demande d'ailleurs, dans Le Midi Libre, si ce n'est pas "un effet Ingrid Betancourt"... Il remarque que "c'est dans une totale indifférence que les députés ont débattu du projet de loi qui démantèle les 35 heures... La gauche a fait preuve d'une faible combativité"... Eh oui, dit Jacques Camus dans La République du Centre, "les 35 heures sont mortes, ou presque... Et la bataille des 35 heures n'a pas eu lieu... ou si peu... En tout cas, on est loin de la résistance héroïque promise par la gauche... C'est à se demander si l'opposition elle-même croyait encore en cette réforme, présentée en son temps comme emblématique... Les leaders du PS en tout cas, poursuit Jacques Camus, ne se seront pas bousculés pour monter au front et sauver le soldat Aubry avec ses RTT"... Dans Le Dauphiné Libéré, Hélène Pilichowski explique : "Accaparés par le duel Ayrault-Montebourg, les députés socialistes se sont éclipsés, abandonnant les 35 heures au sort qui leur était réservé... en oubliant que leurs électeurs pourraient aussi les abandonner pour cause de petite semaine à l'Assemblée"... Ce qui désole Jean-Christophe Giesbert, dans La Dépêche du Midi... "De toutes les grandes démocraties, la France est la seule où une réforme de cette importance est votée en catimini, alors qu'elle imposait une concertation avec les centrales syndicales... La régression sociale se loge ici : moins dans le texte lui-même que dans la façon pitoyable dont il a été adopté"... Est-ce "l'effet Ingrid Betancourt" qui anesthésie un peu les autres sujets ?... Libération ne fait pas sa Une sur les 35 heures, mais part au combat pour Marina Petrella... Cette ancienne responsable des Brigades Rouges sera extradée vers l'Italie, son pays... Nicolas Sarkozy demande, dans le même temps, à Silvio Berlusconi de solliciter une grâce présidentielle pour Petrella, très malade... Elle avait été condamnée en Italie, en 1992, à la prison à perpétuité pour complicité dans le meurtre d'un commissaire de police... Mais en Une, Libération s'interroge sur une "justice à géométrie variable", puisque Nicolas Sarkozy est également disposé à accueillir en France des guérilleros colombiens des FARC... "Difficile de trouver contradiction plus éclatante", s'écrie Laurent Joffrin... "La France se dit prête à accueillir des terroristes aujourd'hui en activité, coutumiers de l'enlèvement, de la torture dans leur combat contre un gouvernement légal... Et au même moment, la France en extrade d'autres, qui ont cessé toute activité depuis plus de vingt ans, et qui avaient refait leur vie dans notre pays, dans le respect des lois"... Laurent Joffrin se désole de "la fin de la doctrine Mitterrand qui, en 85, avait décidé d'accueillir les réfugiés (on pourrait dire "terroristes") italiens des années de plomb, à la condition qu'ils se confinent dans une stricte retraite sur le territoire français"... Oui mais, nous dit Bernard Revel dans L'Indépendant du Midi, "le souci légaliste de Nicolas Sarkozy varie en fonction de l'utilité ou de la puissance des personnes concernées... Les guérilleros colombiens seront peut-être utiles à la libération d'otages... Le Président syrien Bachar el-Assad, invité à Paris, est tout-puissant au Proche-Orient... Le malheur de Marina Petrella est de n'être ni utile ni puissante"... Ingrid Betancourt dont le sourire radieux fait la Une de Paris-Match et une grande partie de son contenu... L'hebdomadaire lui consacre 40 pages, dont deux heures d'entretien dans l'avion qui la ramenait de Colombie, et où elle dit qu'elle souhaitait une intervention de l'armée pour la libérer... Un courage salué par André Glucksmann, dans une très belle tribune du Figaro... Le philosophe appelle Ingrid Betancourt "l'icône iconoclaste", à cause de cette vérité gênante et insistante que l'otage des FARC avait tournée, retournée et méditée durant son calvaire de six années, et qui seule donne son sens absolu au mot "libération", dit Glucksmann : plutôt la possibilité d'une issue sanglante qu'une vie de chien... Elle félicite l'armée colombienne et le Président Uribe pour avoir osé décider d'une action militaire, alors que sa famille ne le voulait pas... "Mieux vaut, dit-elle, une seconde de liberté mortelle qu'une éternité de servitude"... Et Glucksmann va plus loin : "Qui se remémore les Juifs à Auschwitz priant pour que le camp soit bombardé ?... Qui ose encore faire mention du voeu des Zeks du goulag soviétique, espérant avec Soljenitsyne que l'Occident viendrait les libérer manu militari de Staline, fût-ce au prix d'une attaque atomique et d'une mort certaine ?... C'est une dure vérité, reconnaît Glucksmann, mais, dit-il, le courage d'Ingrid Betancourt, physique, moral, intellectuel, nous rappelle l'enjeu suprême d'une civilisation : le refus de la servitude"... Alors évidemment, la capitulation de la France et de l'Europe face à la Chine est relevée par beaucoup d'éditorialistes... Hier, nous révèle Le Figaro, l'ambassadeur de Chine à Paris a averti que son pays prendrait des mesures de rétorsion immédiates si le Dalaï Lama était reçu par les autorités françaises... Et ce matin, on apprend que Nicolas Sarkozy ira à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques à Pékin le mois prochain... "Oubliée, la répression au Tibet ?", interroge Jean-Claude Kiefer dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace... "Oubliées, les atteintes aux droits de l'homme en Chine ?... Depuis longtemps, les Chinois se doutent que l'arme des droits de l'homme régulièrement brandie n'est qu'un tigre de papier... On ne se fâche pas avec la Chine, dit Jean-Claude Kiefer, la manufacture du monde, le marché de tous les débouchés, le créancier des Etats-Unis... En un mot ou en mille : l'Europe a capitulé, au nom de la realpolitik"... Une politique étrangère française fustigée, à la Une de L'Express... qui, sous la photo de Bernard Kouchner et de Nicolas Sarkozy, pose la question : "Sont-ils vraiment à la hauteur ?"... Et Christophe Barbier, dans son éditorial, estime que "Nicolas Sarkozy apprend, depuis 14 mois, le métier géopolitique... L'échec du Traité de Lisbonne, la fausse rupture en Afrique, la mascarade libyenne, le chaud-froid syrien, l'Union pour la Méditerranée claudicante, la vaisselle cassée en Chine... la plupart des dossiers, écrit Barbier, montrent à quel point être béotien en ces matières coûte cher"... On termine avec deux autres Unes... Celle de Télérama, avec Nicolas Demorand (oui, oui, celui de chez nous) en couverture avec Jean-François Kahn... un entretien avec une question : "Y a-t-il un avenir pour le journalisme ?"... autrement dit, "à quoi ressemblera un journal dans dix ans ?"... Je vous laisse le plaisir de lire leur réponse... Et puis, à la Une de VSD, "l'histoire secrète des Présidents en vacances"... avec une photo de Nicolas Sarkozy, qui rame tout seul dans son canoë... Ca rassure : nous sommes bien en été...

Denis ASTAGNEAU

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