C’est l’histoire d’un homme qu’on avait oublié. Même la police qui, pourtant, était à sa recherche depuis des années. Il s’appelle Jean Guy, il a 80 ans, et c’est Laurent d’Ancona qui dresse son portrait dans les pages de "La Provence".

Jean Guy est apparu pour la première fois sur la scène judiciaire en 1985 : arrêté, avec d’autres, pour trafic d’héroïne. En 2002, il obtient une libération conditionnelle, la justice estimant que les risques de récidive sont extrêmement faibles. Raté. Moins de trois ans après, notre parrain replonge, cette fois dans un tentaculaire trafic de cocaïne. A son domicile de Nîmes, où il vit avec son épouse, on découvre 300 diamants. Il affirme qu’il les a achetés en Afrique trente ans plus tôt. Et les 4 000 euros versés mensuellement sur son compte ? Il assure que ce sont "des parts dans un casino au Bénin". Prend-il vraiment les enquêteurs pour des idiots ?

Je vous mens en partie, dit-il, mais je ne peux pas faire autrement…

L’honnêteté des truands, puis la déprime en prison : le sexagénaire se met à tenir des propos incohérents. Peu avant son procès, il est interné à l’hôpital psychiatrique, où subitement, Jean Guy retrouve ses esprits, et il se fait la belle en escaladant en pyjama le mur de l’établissement. En son absence, il est alors condamné à 15 ans de prison. La rumeur veut qu’il soit retourné en Afrique et en France, on l’oublie.

On l’oublie jusqu’à la semaine dernière – jeudi dernier à Nîmes

Il venait de passer près de quatre mois à l’hôpital. Quatre mois sous son vrai nom, et chaque jour, cet ancien ténor du trafic de drogue attendait que les policiers viennent le chercher. Et puis, à sa sortie de l’hôpital, il est allé se rendre. Imaginez la scène à l’accueil du commissariat. "Bonjour, je suis Jean Guy, en fuite depuis 2006." Les yeux s’écarquillent : le monsieur en fauteuil roulant est une légende du banditisme et fut même l’un des fugitifs les plus recherchés du pays. S’il a décidé de se rendre, c’est parce qu’à 80 ans, il est malade et fatigué. L’un de ses avocats estime qu’il est juste revenu en France pour mourir. Jean Guy a été écroué à la prison des Baumettes. Fin d’une cavale de douze ans. Tout le monde l’avait donc oublié

Un Bleu chez les Rouges

Thierry Henry, lui aussi, tout le monde ou presque l’avait oublié ! Mais ce matin, c’est bien sur lui que se focalise la presse. Henry, qui reste le meilleur buteur des Bleus. Henry, l’un des plus grands footballeurs de l’équipe de France. Henry, qui se retrouve aujourd’hui à entraîner les Belges qu’affronteront les Français demain soir en demi-finale du Mondial. Il est adjoint au sélectionneur de la Belgique. "Thierry Henri, un Bleu chez les Diables rouges", commente Monaco Matin, tandis que L’Équipe le présente faisant face à Didier Deschamps. Vingt ans après avoir conquis ensemble la Coupe du monde, les deux hommes se seront donc adversaires. "Nous nous sommes tant aimés", titre à sa une le journal – Nous nous sommes tant aimés, film d’Ettore Scola – et le quotidien précise que beaucoup estiment qu’il s’agit là d’une situation "bizarre". Cela dit, ce qui est surtout "bizarre", c’est que la France n’ait pas su retenir "Titi". Pourquoi n’est-il pas là, assis du bon côté, avec l’équipe tricolore ? La réponse est simple, explique Vincent Garcia : on ne le lui a pas demandé, et il n’a pas fait acte de candidature.

Je n’ai appelé personne. Mais quand tu essayes de devenir coach, tu attends une offre. J’ai trouvé que celle de la Belgique était alléchante et bien proposée.

N’empêche, pour lui, il y a de quoi être déboussolé. Témoignage d’Alain Boghossian : "A mon avis, lors des hymnes, il va se poser des questions, et se rappeler ce qu’il a fait avec l’équipe de France." En l’occurrence, Thierry Henry a fait beaucoup de bien aux Bleus. "Qu’il ne change rien, surtout", conclut mon confrère de L'Équipe.

Lui, en revanche, certains pensent qu’il serait temps qu’il change. On le retrouve à la une de Libération. Il s’agit d’Emmanuel Macron, qui a convoqué ce lundi le Congrès à Versailles. "Macron, l’Etat de disgrâce", titre le journal de gauche. Et Le Figaro, journal de droite, confirme : "En difficulté, le chef de l'Etat veut trouver un second souffle" – le titre est quasi similaire dans Les Échos

Un chef de l’Etat de plus en plus critiqué pour sa pratique "monarchique" du pouvoir, et qui ne cesse de plonger dans les enquêtes d'opinion. De surcroît, son gouvernement a multiplié les couacs ces dernières semaines. Pas moins de six couacs en six semaines, peut-on lire dans Libération. Le 22 mai : l’humiliation de Jean-Louis Borloo – quand Emmanuel Macron enterre son plan pour les banlieues. 11 juin : le silence assourdissant à propos de L’Aquarius – pas un mot du gouvernement alors que le navire humanitaire flotte au large d’une Italie qui lui ferme ses ports. Le lendemain : "L’indécent ‘pognon de dingue’ de l’Elysée." Vidéo polémique ; le chef de l’Etat qui peste contre l’inefficacité des minima sociaux. Le 26 juin : un revirement sur les fonds de pension. Le 2 juillet : un nouveau revirement sur le rapport du Comité action publique 2022. Il était attendu, mais ses conclusions sont jugées embarrassantes, on en reparlera plus tard. Et c’est la même chose pour plan pauvreté. Il attendra finalement la rentrée de septembre. Le 4 juillet, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, explique en toute franchise que le plan est prêt, mais que l’exécutif pourrait en retarder l’annonce si nos footballeurs se qualifiaient pour la demi-finale du Mondial. "Autrement dit : les pauvres seront fixés seulement si l’Uruguay sort la France", commente le journal. Or, on le sait, la France a battu l’Uruguay.  

Dès lors, que faut-il espérer de l’intervention d’Emmanuel Macron aujourd’hui ? 

Pessimistes même. "Le président pourrait bien se perdre dans des digressions intellectuelles à mille lieues des préoccupations des Français", avance L'Opinion. "Sur le fond, il n'y a pas grand-chose à attendre de cet exercice de communication présidentielle", renchérit Pascal Coquis dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace.

Emmanuel Macron vient rendre compte de son action, ce qui ne signifie pas débattre ni même expliquer. Et encore moins se justifier, ce qui n'a pas l'air d'être le genre de la maison...

Dans Sud Ouest, Yves Harté craint même que cela ne se résume, je cite, à "un exercice d'autorité aveugle et de vaniteuse autosatisfaction". Sur le sujet, lire également l’interview d’Alain Minc dans Libération. Soutien du macronisme, l’économiste justifie "la main de fer" du président, fermeté nécessaire, dit-il, aux réformes… Mais, dans le même temps, il s’inquiète du manque d’équité sociale, qui, pense-t-il, peut conduire "à un spasme" aux formes imprévisibles… Un "spasme", c’est le mot qu’il emploie. Mais le journal a choisi de titrer son article avec une autre citation : "L’inégalité est trop forte, nous risquons une insurrection"… Et c’est donc Alain Minc qui parle. Ce n’est pas un édito de L'Humanité.

L'Humanité qui, cela dit, s’en prend également à la politique du chef de l’Etat. "Sur les crèches, Macron veut faire les poches des familles" : c'est le titre à la une. Des révélations du journal. Le gouvernement s'apprêterait à augmenter de 2 % le reste à charge d'une journée à la crèche pour les parents, et de réduire, en outre, la participation de l'Etat dans le financement des 30 000 nouvelles places promises. Ce sont les collectivités locales qui devront donc payer. Près de 3 millions d’euros supplémentaires pour la ville de Montreuil, 12 millions d’euros pour la ville de Marseille.

Nous voilà en Provence. Autre révélation : cette fois, il s'agit de consommation, et c'est à lire dans Le Parisien : "L'incroyable fraude au rosé." Selon la répression des fraudes, des milliers d'hectolitres de vin espagnol ont été vendus chez nous sous étiquette française. Pour le quotidien, c'est l'arnaque du siècle. 10 millions de bouteilles espagnoles maquillées en vin français auraient été écoulées, à la fois en grandes surfaces mais aussi dans les restaurants. Dessin de Rançon : deux hommes observent une bouteille : "Regarde ! Tu as toute la lumière de la Costa del Sol dans ce rosé de Provence !"

C'est drôle et triste à la fois. 

De son côté, La Croix revient sur la décision du Conseil constitutionnel. La fraternité est bien un principe de la Constitution, a-t-il estimé vendredi. Une première dans l'histoire de la République, et le journal estime que c'est "une décision qui fait chaud au cœur". Mais d’autres informations nous font chaud au cœur également. Des infos sur la vie culturelle des régions. Dans L'Ardennais, on lit ainsi que les musées de Charleville-Mézières font un tabac. Dans L'Éclair, on lit que le festival de Jazz à Oloron a battu son record de fréquentation. Et puis, dans Le Progrès, le début d’une série d’été : "Sur la route des grande dames." Pour le premier épisode, un portrait de Jacqueline Delubac, qui était "l’art et l’élégance", précise le papier.

Jacqueline Delubac fût la troisième épouse de Sacha Guitry, et surtout une actrice lumineuse et une collectionneuse d’art moderne avisée. A sa mort, elle a légué trois sculptures de Rodin et 35 toiles de maîtres au musée des Beaux-Arts de Lyon, sa ville natale…"J’ai 50 ans, Jacqueline 25 : il est donc normal qu’en ce jour, elle devienne ma moitié", lançait Sacha Guitry le jour de leur mariage. On remercie Le Progrès de nous rappeler qui elle était. On l’avait oubliée.

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