Si vous n'aimez pas le foot, partez sur une île déserte !... C'est le conseil de Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... "L'Est Républicain" qui titre : "La planète va tourner rond"... A ceux donc qui n'aiment pas le foot, Pierre Taribo implore : "Laissez-nous plonger sans lassitude dans cette actualité qui, pendant un mois, va tout envahir !"... Une phrase illustrée par Philippe Delestre, toujours dans "L'Est Républicain", qui représente une Marianne absorbée dans la contemplation de son écran plat... Elle est en tenue de foot, crampons aux pieds, assise sur un ballon, avec une pancarte "Chut !" épinglée dans le dos... "Le Mondial vole la vedette à ceux qui ont éliminé Zarqaoui, le prince maudit d'Al-Qaïda en Irak", constate Hervé Chabaud, de "L'Union de Reims"... "Un mois de fête du ballon sur tous les continents, un mois pour rêver foot... Ce sont des vacances avant l'heure ! s'exclame l'éditorialiste... Cela vaut mieux que les horreurs quotidiennes d'une guerre civile mettant Bagdad à feu et à sang, et que la mort d'un chef terroriste ne stoppera pas"... Nous y reviendrons tout à l'heure... "C'est une maladie récurrente, constate Philippe Waucampt, du "Républicain Lorrain", de ces épidémies revenant tous les 4 ans... A partir d'aujourd'hui, un milliard et demi de Terriens vont se mettre un mois en apnée, et se laisser aller à des comportements ne relevant pas vraiment de la rationalité la plus pure... Ainsi, les Thaïlandais vont-ils dépenser un bon milliard de dollars en paris divers, les salariés anglais encourir une forte baisse de productivité, et les autres, tous les autres, risquer individuellement une surcharge pondérale de l'ordre de 5 kilos s'ils enfournent pizzas, chips et bières en regardant, affalés sur leur canapé, l'intégralité des matches de cette 18ème Coupe du Monde"... Tiens, juste une parenthèse, avec ce sondage IPSOS dans "Enfant Magazine"... 95% des pères interrogés sont d'accord pour que leur fils joue au foot... Mais surtout, 62% de ces pères pensent que si leur femme les trouvait en train de regarder un match de foot avec leur fils, elle les laisserait tous les deux, mais ne resterait pas avec eux... Ils ne sont que 22% à penser qu'elle s'installerait à leur côté et regarderait le match avec eux... Seuls 15% des hommes pensent que leur compagne se montrerait agacée ou hostile... D'ailleurs footballeur professionnel, c'est une carrière dont 17% des pères rêvent pour leur fils... un métier qui vient en troisième position après médecin dans une organisation humanitaire... 27% des pères le souhaitent pour leur fils... Astronaute : 22%... Et donc footballeur, troisième... Présentateur du journal télévisé de 20 heures, c'est complètement ringard... Selon ce sondage IPSOS, il ne recueille que 3% des suffrages... Poivre ne fait pas recette auprès des pères... Allez, revenons aux chiffres du ballon rond... Jacques Camus nous parle de 35 milliards de téléspectateurs... En audience cumulée pendant un mois... Ce sera 5 milliards de plus qu'en 1998... D'ailleurs, nous dit l'éditorialiste de "La République du Centre", "ce Mondial de tous les records sera le plus rentable de l'Histoire pour la FIFA, avec un minimum de 110 millions d'euros de bénéfices... Adidas espère vendre 15 millions de ballons... Conclusion de Jacques Camus : le Mondial est d'abord une affaire de fric, pas toujours propre"... "Eh oui, reprend Philippe Waucampt dans "Le Républicain Lorrain", le foot, avec ses règles simples, s'est imposé comme le sport emblématique de la mondialisation... avec ses avantages... et tous ses inconvénients... Il a longtemps été exploité à des fins nationalistes, qui restent sous-jacentes... Mais à une époque où la guerre ouverte cède le pas à une compétition économique acharnée, le foot constitue la plus belle métaphore d'un monde où l'on ne fait la pause que pour laisser déferler les milliards en produits dérivés, paris et droits de retransmission"... Foot et argent, Franz Beckenbauer en est le symbole... Le président du Comité d'organisation est présenté comme un homme-sandwich par ses détracteurs, avec un gros appétit... Son portrait est dans "La Tribune"... Le "Kaiser", comme on l'appelait sur le terrain, a été champion du monde, comme joueur en 74, comme entraîneur en 90, et maintenant c'est l'organisateur du Mondial... Mais depuis 40 ans, il est omniprésent sur les écrans de télévision, pour vendre les marques allemandes... Selon "La Tribune", ses rentrées annuelles se chiffrent à 4 à 5 millions d'euros... Mais il vient de subir un camouflet... Le président de la FIFA, Sepp Blatter, qui n'aime pas qu'on lui fasse de l'ombre, a mis son veto au discours d'inauguration que Beckenbauer voulait prononcer ce soir à Munich, dans son stade, avant le match Allemagne-Costa Rica... Car, comme le précise Pascal Aubert, toujours dans "La Tribune", "rien ou presque n'échappe à la vigilance de la multinationale du foot, qui siège à Zurich... Depuis quelques années, son président a patiemment concentré dans les mains de la FIFA, en l'occurrence les siennes, tous les leviers du pouvoir financier de la planète football... Au point, dit-il, qu'on n'est pas loin du jour où l'on parlera davantage d'argent que de sport, dans l'enceinte de la FIFA... Il est vrai, reconnaît Pascal Aubert, que le culte du ballon rond vaut largement celui du veau d'or de jadis"... Un exemple, cité par "La Croix", sur les aides pour l'accès des Algériens aux matches en direct... Car en Algérie, la tension était montée d'un cran après l'annonce, samedi dernier, que les Algériens seraient privés de la Coupe du Monde en direct, et n'auraient droit qu'à des résumés en différé... Pour calmer l'opinion, le Président Bouteflika lui-même a décidé de subventionner les cartes permettant aux Algériens de regarder cette Coupe du Monde... 600.000 cartes vont être vendues 2.000 dinars, soit environ 22 euros, par le gouvernement, au lieu de 10.000 dinars dans les boutiques... "La Croix" qui déplore également que cette mondialisation du foot ait lissé les styles de jeu... "Dans le temps, nous dit le journal, la Coupe du Monde était une invitation permanente au dépaysement... On admirait la virtuosité brésilienne, la rigueur allemande, la détermination anglaise, la défense italienne, le beau jeu à la française, l'innovation néerlandaise... Et puis la multiplication des retransmissions à la télévision, les voyages des entraîneurs, les migrations des joueurs, ont peu à peu réduit les distances... Chacun a gommé certains traits de caractère, au nom de la compétitivité"... Alors "La Croix" s'interroge : "Va-t-on quand même pouvoir reconnaître les 32 équipes du Mondial à leur style, et non à la couleur des maillots, ou au visage des stars ?"... "Oui, nous rassure Alain Giresse, l'ancien coéquipier de Platini chez les Bleus... On distingue toujours un Brésilien d'un Français, ou un Espagnol d'un Allemand, à leur manière de caresser la balle et de se déplacer sur un terrain"... "Eh oui !, dit Didier Pillet, dans son éditorial de "Ouest-France", que les artistes en short nous émeuvent et nous gavent de jeu !... Nous avons faim de trajectoires gagnantes, d'arabesques aériennes, de dribbles futés, d'exploits personnels, de tactiques collectives inventives... Que le football se montre sous son jour festif et créatif, ce pourquoi on l'aime tant !"... "L'Equipe" aussi, sous la plume de Claude Droussent, réclame "le bonheur de contempler, au plus haut niveau, l'expression de l'amour du jeu... Et comme toute activité partagée par la planète toute entière, le football ne reviendra jamais en arrière, prévient Droussent... Mais celui qui s'est avancé ces derniers mois, récompensant de nouveau richesse technique, créativité et richesse, illustré notamment par le sacre de Barcelone, plus belle équipe de club de son époque, ce football nous a ouvert l'appétit... Ronaldinho est l'étendard de ce courant porteur, dit encore "L'Equipe", où s'engouffre aussi Thierry Henry, comme pour nourrir la fébrilité de notre fibre cocardière"... "L'Equipe" pourtant, qui, en hommage au pays organisateur, porte en bandeau non pas les couleurs françaises, mais les couleurs allemandes : le noir, le rouge et le jaune".... Alors personne ne dit "Allez les Bleus !", mais tous les journaux le pensent... "On est avec vous", titre quand même "France Soir"... Et même "Libération" parle d'un "dernier coup de Rhin"... R-H-I-N... comme le fleuve qui nous sépare de l'Allemagne... Dans "Le Figaro", je vous conseille encore cet article sur les tribus des Bleus... Il y a la tribu Zidane, qui a peu d'affinités avec le clan Thierry Henry... et le groupe des Lyonnais... Plus deux solitaires : Trezeguet et Dhorasoo... Bon, enfin, il paraît que Domenech a planifié la victoire à Berlin... "Sera-t-il plus grand mort que vivant ?"... C'est la question que pose Jacques Guyon dans "La Charente Libre", après l'élimination d'al-Zarqaoui... "Les Etats-Unis, écrit-il, ont remporté une grande victoire, mais ils sont loin d'avoir gagné la guerre contre le terrorisme"... Certes, comme le précise Bernard Revel dans 'L'Indépendant du Midi', "il tuait au nom d'Allah, n'hésitant pas à décapiter lui-même, devant une caméra, un otage occidental... Les Américains le considéraient comme leur ennemi numéro 1, et d'une certaine manière, par son appartenance au réseau Al-Qaïda, Zarqaoui justifiait leur intervention en Irak"... "Mais, reprend Jacques Guyon, si Zarqaoui ajoutait au chaos général, il était loin d'en être l'un des éléments majeurs... On peut même penser que son élimination va susciter des vocations... Sa mort est, si on peut dire, pain béni pour l'idéologie jihadiste"... Antoine de Gaudemar, dans "Libération", pense même que "l'élimination de Zarqaoui coïncide avec une perte de son influence parmi la résistance sunnite, comme s'il était devenu gênant dans les négociations en cours, entre les diverses parties irakiennes, sur l'avenir du pays"... Et après cela, que Sarkozy reste au gouvernement jusqu'en janvier prochain, comme il l'a annoncé... que Sarkolène et Ségozy, comme l'écrit Jean-François Montémont dans "Le Courrier Picard", que Sarkolène et Ségozy soient aujourd'hui coéquipiers du char de la répression... que l'hebdomadaire "Valeurs Actuelles" se demande si Ségolène est de droite... alors que dans "Le Nouvel Economiste", Michèle Cotta s'interroge pour savoir si Ségolène est populiste ou gaulliste... A partir d'aujourd'hui, comme le conclut Jean-François Montémont, il faut dire que "tout le monde s'en foot". Bonne journée !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.