(Nicolas Demorand : « Et dans la presse, ce matin : leurs vies éclatantes »)... C'est le titre d'un très joli roman paru il y a quelques années. Je vous le propose comme fil rouge dans la lecture des journaux, ce matin... Robert Boulin était promis à un grand avenir. Ministre du Travail sous Valéry Giscard d'Estaing, il figurait à l'époque parmi les Premier-ministrables. Un homme important. Le 30 octobre 1979, on l'a retrouvé noyé dans 50 cm d'eau vaseuse. Il y serait entré lui-même. Pourtant, ses chaussures étaient propres. Il avait un hématome derrière la tête et une trace de corde autour d'un poignet. Depuis plus de 30 ans, la thèse officielle, c'est le suicide. La fille de Robert Boulin, Fabienne, n'y croit pas, et se bat pour empêcher que l'enquête ne termine dans la vase elle aussi. C'est un combat de titan, peut-être un scandale majeur. Il est étrangement passé sous silence ce matin. Etrangement, car un nouveau mystère vient alimenter ce dossier. Seuls Rue89, L'Alsace et La Charente Libre, via leurs éditos, s'arrêtent un peu longuement sur ce qui a été annoncé hier : 1) le Parquet de Paris refuse de rouvrir l'enquête ; 2) des pièces qui auraient permis peut-être de la relancer ont disparu du Palais de Justice. "On est effaré, écrit Jacques Guyon dans La Charente Libre. Comment ces lettres, placées dans un coffre-fort, ont-elles pu s'évaporer ? Car il s'agissait de huit lettres censées avoir été envoyées par Robert Boulin à la veille de sa mort. Il y 'annonçait' (entre guillemets) son suicide. La famille voulait faire parler l'ADN et montrer, comme elle le croit, que la salive qui a servi à coller les enveloppes n'est pas celle de l'ancien ministre". Et ce n'est pas la première fois que des scellés disparaissent dans cette affaire : un flacon de sang et un prélèvement de viscères s'étaient déjà étrangement évanouis de l'Institut médico-légal de Paris. Sur Rue89, l'avocat de Fabienne Boulin parle "d'un jour noir pour la justice". Patrick Fluckiger ajoute un élément dans L'Alsace : Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, avait déclaré le dossier clos le 31 mai dernier, avant même que le Parquet de Paris se prononce donc. L'éditorialiste de L'Alsace y voit une forme de pression sur la justice : "Que sait-elle donc, écrit Patrick Fluckiger, pour affirmer ainsi qu'il n'y a plus rien à chercher ?". Presque rien dans la presse, donc, sur cette ténébreuse affaire. Il est vrai que la rubrique "Justice" est très occupée par le procès Kerviel. Leurs vies éclatantes : éclat des cristaux liquides des ordinateurs sur lesquels s'affichent les cours de Bourse. La vie de Jérôme Kerviel a volé en morceaux ce jour de janvier 2008, où l'on a appris les 5 milliards de pertes de la Société Générale. Parmi les multiples comptes rendus de la première audience hier, on retiendra cet extrait du papier de Stéphane Durand-Souffland dans Le Figaro : "Qui est M. Kerviel ? Il se dégage de lui l'impression curieuse qu'il est à la fois tendu par l'enjeu et suffisamment sûr de lui pour répondre à une interrogation du président par un insolent 'Pourquoi ?' qui lui vaut un rappel à l'ordre". (ND : « Direction l'Iran, à présent »)... Eclats de vie dans le magazine Géo, ce mois-ci... Dimanche, on célèbrera le premier anniversaire de la révolte du peuple vert. Cet anniversaire risque de passer au second plan dans la presse, derrière le Mondial de foot. Alors, avant la tornade football, prenons le temps de regarder le reportage-photos de Paolo Woods et Serge Michel... Car on ne connaît pas bien le peuple iranien. Le soulèvement de l'an dernier n'est pas une tentative de rejoindre l'Occident. Les forces progressistes dans le pays ne sont pas forcément athées. Dans Géo, on rencontre d'abord cette dame de 71 ans... L'an dernier, elle mettait le feu aux poubelles. "L'odeur des poubelles qui brûlent, dit son fils, c'est le parfum de la liberté". Les personnages présentés dans ce reportage ont plusieurs faces... Ce marchand de tapis, par exemple : costard rayé, un rien vulgaire. Derrière, son épouse est voilée de vert de pied en cap. Il déteste les Etats-Unis, mais l'essentiel de son chiffre d'affaires, c'est dans une boutique de Dallas, Texas. Encore un tapis, vendu dans le bazar de Téhéran... C'est soi-disant le repaire des conservateurs. Mais, devant l'objectif, un marchand hilare brandit un magnifique tapis représentant une femme nue. On voit aussi une dentiste, qui parle de la douceur des relations humaines en Iran… Ces deux frères, qui se retrouvent pour la première fois depuis un an : le premier a rejoint les manifestants, le second est un Bassidji, qui passait ses nuits l'an dernier à frapper les rebelles au gourdin. Ce jeune homme au look de flambeur, blouson de cuir et lunettes noires... Il pose entre deux jolies nanas. Mais lors de la cérémonie de l'Achoura, il se fouette le dos et défile à la mémoire de l'imam Hussein. Ou enfin ce commentateur de matches de water-polo... Lors des matches de femmes, il doit se cacher derrière un rideau et se faire commenter l'action par une assistante. A la radio, il est volontiers critique envers le régime. Mais son autre job, c'est ingénieur nucléaire, avec ce que cela suppose d'obéissance. "Quelle que soit l'issue du bras-de-fer entre le régime et l'opposition, conclut Serge Michel, l'Iran restera ce pays presque insulaire, ce continent en soi, qui cherche son propre chemin, en dehors des autoroutes que l'Occident voudrait lui tracer". (ND : « Après l'Iran, la Grèce »)... L'Europe va-t-elle éclater sous le poids des dettes et de la rigueur ? Avec l'ouverture des paris en ligne, la rigueur, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en France, est le grand titre de l'actualité ce matin. C'est la Une du Monde, ou encore du Figaro, qui insiste sur les fonctionnaires. Et puis il y a cette histoire, à la Une du Figaro Economie... Ca se passe dans les couloirs d'un hôpital psychiatrique d'Athènes. Depuis plusieurs semaines, les médecins voient le nombre de patients augmenter de manière exponentielle. Les entrées ont doublé en moins de quatre mois : plus de 44 cas d'urgence par jour. Et un nouveau symptôme : la peur du FMI, le Fonds monétaire international. Les patients ont besoin d'antidépresseurs ou de quelqu'un à qui confier leurs craintes de l'avenir. La peur du FMI... Si elle devait arriver en France, un certain DSK pourrait se mettre au Prozac lui aussi. Eclats de vies... C'est le principe de Facebook. Mais quelques lambeaux abîment la belle image sympa et moderne du réseau social. "Facebook n'est plus mon ami" : c'est la Une de Libération ce matin. Libé rappelle tous les motifs de fâcherie, en particulier le non-respect de la vie privée. C'est "le grand ras-le-clic". Mais la polémique du jour, sur Internet, est à lire sur LesInrocks.com et Slate.fr. Tout commence par une pub... (extrait sonore) C'est donc un spot pour les quinze ans du magazine homo Têtu. Sur cette musique, on voit défiler tout un tas de personnages. Au tout début, à peine une seconde, apparaît un petit garçon. Le spot a été censuré par l'Autorité de régulation de la pub, pour qui l'image d'un enfant dans ce cadre n'est pas acceptable : ce n'est pas en adéquation avec le lectorat de Têtu. A la direction du magazine, on voit dans cette censure un vieux fond d'homophobie. Comme si un homo qui côtoie un enfant était forcément suspect... Dans la série "Polémiques sur Internet", dans Libération vous trouverez confirmation que Bernard Montiel, l'animateur de "Vidéo Gag", n'est pas mort. Hier, la rumeur de son décès a enflammé le réseau social Twitter. (ND : « Leurs vies éclatantes... suite et fin »)... C'est l'histoire d'une femme dont seuls les cinéphiles se souviennent : Laura Antonelli. C'était la compagne de Jean-Paul Belmondo... une grande vedette, en particulier en Italie où elle a tourné pour Visconti et Comencini notamment. Sa gloire, elle la devait notamment à l'affiche du film "Malizia" : on la voyait perchée sur un escabeau, dans une robe d'été trop courte qui laissait voir un porte-jarretelles. Elle était un fantasme d'autant plus éclatant qu'elle semblait accessible. Aujourd'hui, raconte Philippe Ridet dans Le Monde, Laura Antonelli vit dans un immeuble moche, au 90 Via Napoli dans une ville près de Rome. Les volets du premier étage sont clos. Elle passe ses journées retirée du monde, dans la misère, à écouter des sermons sur Radio Maria. L'un de ses amis a alerté les médias et les pouvoirs publics. Le ministre de la Culture italien vient de lui attribuer une indemnité mensuelle. Laura Antonelli a laissé son avocat commenter la nouvelle : "Je voudrais seulement qu'on m'oublie"… Bonne journée…

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