Comme si de rien n'était... Vous la verrez, la photo, sur plusieurs quotidiens... Chirac, Villepin, Sarkozy, ensemble et tout sourire, pour la célébration du 8 Mai 45... Comme si de rien n'était, parce que ces trois personnes, qui incarnent l'Etat au plus haut niveau, ont joué leur rôle, en ce jour anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie... "Comme si l'Etat n'était pas un chaudron qui explose de toutes parts", écrit Michel Noblecourt dans "Le Midi Libre"... "Comme si ce lundi férié ne précédait pas une semaine qui s'annonce pourtant celle de tous les dangers, avec de nouvelles auditions par les juges, riches en rebondissements potentiels", poursuit notre confrère. Effectivement : Chevènement, Fabius, Sarkozy, Madelin, Strauss-Kahn, ils sont en photo sur la Une de "Libération", parce que tous les cinq, cités par le corbeau, préparent leur riposte... D'où ce titre de "Libé" : "Ce qu'ils vont dire aux juges", à l'image de Jean-Pierre Chevènement, interviewé par ce journal... Comme les autres, l'ancien ministre de l'Intérieur s'est constitué partie civile, pour tenter d'y comprendre quelque chose... Pour tenter de savoir, par exemple, "d'où Monsieur Gergorin, adjoint de l'ancien dirigeant d'EADS, tenait-il les listings ?". Du reste, cet aspect de l'affaire, qui lui sert de toile de fond, autrement dit la lutte pour diriger le groupe EADS... Jean-Pierre Chevènement s'étonne qu'on ne s'y intéresse pas davantage... Ce que "Libé" traduit par "les dégâts d'une guerre d'égo" entre Philippe Camus, l'ancien président du géant de l'aéronautique et de la défense, et son successeur, Noël Forgeard. Enfin, comme si de rien n'était... Hier donc, le Président, son Premier ministre et le ministre de l'Intérieur souriaient, et ils SE souriaient... "Un 'embrassons-nous Folleville' qui ne trompe personne... Avec un gouvernement à bout de souffle, qui n'en finit pas d'agoniser, dans une atmosphère viciée par l'affaire", proteste Pierre Taribo dans "L'Est Républicain"... Ce que son confrère Philippe Reinhard, dans "L'Eclair des Pyrénées", traduit de cette façon... "La situation politique française ?... Elle oscille entre le burlesque et le consternant". Vous le voyez, ce matin encore, la presse s'indigne sur l'état du pays... Et sur le visage qu'offre le sommet de l'Etat... C'est peut-être ce qui fait dire au "Figaro" que Dominique de Villepin ne parvient pas à stopper la campagne de rumeurs... Au point, écrit Bruno Jeudy, qu'une partie des médias a déjà titré sur son départ... "On a bien compris que les sarkozystes et une partie de la presse veulent le scalp de Villepin. Mais c'est un guerrier", prévient l'un de ses proches, dont "Le Figaro" rapporte les propos. Le scalp de Villepin, peut-être, mais la tête de Nicolas Sarkozy n'est pas épargnée non plus... Avec par exemple l'édito de "Libération". Sur le thème "A chacun son fardeau", voilà comment Gérard Dupuy analyse la situation du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur. Villepin donc : "Il se retrouve dans la pire position pour un homme politique : non pas parler pour ne rien dire, ce qui est banal, mais parler pour ne pas être entendu... quoi qu'il dise". Sarkozy maintenant : "Lui, dans les circonstances présentes, il n'a même plus besoin de parler pour se faire entendre. La manière dont il a utilisé à son profit l'affaire Clearstream est un chef d'oeuvre de réussite, mais présente toutefois un inconvénient : il risque d'être enseveli sous l'effondrement provoqué par sa brillante sape". Quant au "Parisien", il s'intéresse aux écoutes téléphoniques, qualifiées de "troublantes", dont les juges disposent dans l'affaire Clearstream... Les magistrats seraient ainsi en possession d'enregistrements de conversations entre plusieurs personnes citées dans le dossier... Notamment des propos de l'épouse de l'un d'entre eux, concernant Nicolas Sarkozy. C'est aussi "Le Parisien" qui donne des explications sur un autre dégât que pourrait provoquer l'affaire... Un acte de censure politico-littéraire. "Le Parisien" affirme en effet que, lorsque Dominique de Villepin était ministre de l'Intérieur, il a tenté de censurer le livre écrit par Dominique Ambiel, l'un des plus fidèles collaborateurs de Jean-Pierre Raffarin. Car, en plein coeur de l'été 2004, le même Dominique Ambiel dénonçait noir sur blanc des risques de coups tordus et leur cortège de manipulations politiques liées à "l'affaire des frégates de Taïwan", devenue depuis "l'affaire Clearstream". Voilà comment, affirme "Le Parisien", les lecteurs de "Fort Matignon", le livre d'Ambiel, sorti en mars 2005... Voilà comment les lecteurs auront été privés d'une version initiale pour le moins intéressante. Enfin, aujourd'hui, dans "Libération", un lecteur rappelle dans son courrier que la traduction littérale de "Clearstream", c'est "courant clair"... Ca ne s'invente pas... D'autres traduisent plutôt par "ruisseau" plutôt que "courant"... Disons, pour mettre tout le monde d'accord, qu'il y a aussi un côté "caniveau"... Le côté "cabinet noir", si vous préférez... Cabinet dont le chroniqueur du "Monde", Laurent Greilsamer, tente de nous fournir les clés... Je dis "tente" parce que, par définition, on a du mal à trouver l'entrée... Avoir une clé mais ne pas trouver la porte, ça ne sert pas à grand'chose, mais tel est le fonctionnement d'un cabinet noir... Quant à son corollaire, l'affaire d'Etat, elle est à la politique ce que le fait-divers est à la société, écrit Greilsamer : un révélateur, un trou de serrure par lequel il est soudain permis de découvrir ce qui est, par définition, caché. Ainsi, l'affaire d'Etat vit et prospère au coeur du pouvoir, pour abattre l'un des siens, mais le seul fait de pouvoir la qualifier signifie son échec. Moralité : un bon coup tordu est un coup tordu invisible. Ainsi, conclut Greilsamer, les inventeurs de l'affaire Clearstream ont-ils puisé dans l'arsenal basique de toute affaire, autrement dit l'argent, la rivalité, l'ambition et, en arrière-plan, une banque... C'est un conte pour adulte. Voilà. Cela dit, philosophe, Bernard Revel, dans "L'Indépendant du Midi", nous dit qu'après tout, les mensonges attribués à Villepin n'ont blessé que quelques orgueils... Ce n'est pas comme ceux de George Bush et Tony Blair, qui ont provoqué la guerre que l'on sait en Irak... Mais eux, ils sont toujours à leur poste, note notre confrère. Voilà qui nous amène à cette lettre écrite par le Président iranien à l'adresse de George Bush, l'appelant au dialogue, et lui disant en substance : "Et pourquoi ne pas régler ensemble les tensions dans le monde ?"... Surréaliste, tout de même... Comme si de rien n'était, là aussi... Mais assez finaud, somme toute. C'est vrai : par ses imprécations antérieures appelant à rayer Israël de la carte ou niant la réalité de l'Holocauste, Ahmadi-nejad a fait en sorte qu'il soit très difficile à George Bush de répondre à son appel au dialogue. Or, analyse Pierre Rousselin dans "Le Figaro", en dépit de ses propos inacceptables, l'Amérique doit parler à l'Iran, pour au moins deux bonnes raisons : - d'abord pour éviter que ce pays ne se dote de la bombe atomique, et s'en serve pour détruire Israël, précisément... - et puis parce que l'option militaire, si elle demeure un dernier recours contre un Iran nucléarisé, serait encore plus hasardeuse que le précédent irakien. D'où cette question de "Libération", en forme de titre : "Du coup de bluff au coup de force, comment désamorcer le danger ?"... Avec ces trois autres questions : 1) L'Iran veut-il vraiment la bombe ? 2) Le dialogue direct avec les Etats-Unis est-il envisageable ? 3) Une intervention militaire américaine est-elle possible ? En tout cas, les grandes puissances peinent à s'accorder sur un scénario... Ce que déplore le journal "Le Monde" : "L'ONU divisée par l'Iran"... Comme une leçon à tirer de cette lettre du Président iranien, qui fait grand bruit. Alors, "que peut faire Bush ?", s'interroge Jean-Marcel Bouguereau, dans "La République des Pyrénées"... "Une offre diplomatique au régime des mollahs, ou bien un engrenage fatal ? Eh bien, puisque selon Bush lui-même, toutes les options sont sur la table, la table des négociations en est une", rappelle notre confrère, qui met ainsi sur la table cette autre leçon de cette lettre persane... La Journée de l'Europe, dite "la Fête de l'Europe", c'est donc aujourd'hui... Toute la question est de savoir si cette journée pour dames patronesses constitue un exorcisme, un cataplasme, un moyen de se donner bonne conscience... "C'est sans doute parce qu'elle ressent un vague sentiment de culpabilité après son "non" au référendum que la France se veut aujourd'hui à la pointe des animations", répond Jacques Camus, dans "La République du Centre". La Journée de l'Europe, très présente dans la presse ce matin, mais sans illusions, comme dans le journal "Le Monde", où l'on y voit une façon de masquer la paralysie de l'Europe... Et où l'on raconte comment Paris agace ses partenaires européens en envoyant constamment des memorandum à Bruxelles... Une véritable manie, depuis que les Français ont dit "non" à la Constitution... Un activisme qui ne sert pas à grand'chose, et qui ne compense pas la perte d'influence de la France, témoigne un eurocrate? spécialiste des questions agricoles. Et c'est François Bayrou, héritier d'une famille politique très impliquée dans la construction de l'Europe, qui se lamente de l'état de la France... En fait, le président de l'UDF parle de l'affaire Clearstream, qui occulte le débat sur le projet européen. Quant à "L'Humanité", voilà un journal qui joue la contre-programmation sur le sujet européen, avec une Une sur le Forum social d'Athènes, où les Français étaient à l'honneur, auréolés de leur victoire sur la Constitution européenne et sur le CPE... "Double victoire !", clame "L'Humanité". Et on va terminer avec ce journal, qui publie une passionnante interview de Pascal Boniface, l'un des géopoliticiens les plus écoutés en France... Directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques... A un mois de la Coupe du Monde de football, il décortique le monde du football. Un sport mondialisé : le parfait exemple de ce que peut produire la mondialisation, en bien comme en mal. Et puis c'est, à lui tout seul, une carte de l'état du monde, mais une carte très spécifique. Regardez les Etats-Unis : son hyperpuissance n'existe pas... Son équipe sera au rendez-vous allemand, mais comme un acteur parmi d'autres... Contrairement au monde, le football est multi-polaire... Les espoirs de victoire ne dépendent pas du PIB ou du nombre de soldats d'un pays... En cela, il est très démocratique. Maintenant, comment expliquer que des poids-lourds comme la Chine ou l'Inde soient absents de la Coupe du Monde ?... Eh bien, parce que ces pays-là ont voulu se démarquer de la puissance coloniale anglaise en développant des sports dits "nationaux", comme le basket, le base-ball ou le football américain. Et puis en football, contrairement à la vraie vie, c'est l'Europe qui concentre les richesses, parce que c'est encore là qu'il y a les meilleurs joueurs. Voilà : des considérations comme celle-là... Ces comparaisons entre le monde du foot et le monde tout court, il y en a deux pages entières dans "L'Humanité", avec ce Pascal Boniface qui est un vrai fan de foot... Un intellectuel qui aime les tribunes... Mais pas comme ces "people" qui ont commencé à s'y intéresser lorsque l'équipe de France a commencé à gagner... Ni comme ces intellectuels qui méprisent le côté populaire du foot... D'où la conclusion de Pascal Boniface : "Entre les beaufs et les effets de mode, il existe un espace". Bonne journée. A demain.+

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