(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : bonne chance, mon pote !

(Bruno Duvic) Ca fait quand même beaucoup...

Le Monde , page 12 : "La Grèce s'enfonce dans la crise politique"

L'Humanité page 3 : "La gauche radicale grecque a la main"

Le Figaro éco : "Grèce : chaos politique, risque de faillite en juin"

Italie, Le Figaro , page 7 : "Les partis italiens en déroute aux élections locales", page 2, "L'Italie de Mario Monti, ça passe ou ça casse"

Espagne, Le Monde : "Fronde contre l'austérité des régions espagnoles"

Libération : "L'Etat espagnol au secours des banques". Dégringolade du 4ème établissement du pays. Le gouvernement s'est résolu à l'aider. Il ouvre la porte à un renflouement d'environ 10 milliards d'Euros.

L'Humanité , à la Une, "Europe, l'austérité battue en brèche"

Les Echos , page 4 : "Berlin inflexible sur le pacte budgétaire", "François Hollande est très isolé en Europe".

Voilà une petite partie du paysage en ce neuf mai, journée de l'Europe, drôle de bouillon de culture.

L'Europe sur le fil, c'est peut-être l'Italie qui illustre le mieux cette situation

Il y avait donc des élections municipales partielles dimanche et lundi dans la botte.

8 millions d'électeurs concernés, 33% d'abstention, effondrement du parti de Silvio Berlusconi et de son allié la ligue du Nord, empêtrée dans les scandales, le centre-gauche s'en sort bien. Et le nouveau venu, c'est un mouvement populiste. Il s'appelle "5 étoiles", animé par un humoriste, Beppe Grillo. Il est encore loin de conquérir le pouvoir, mais il obtient plus de 20% des suffrages par exemple à Parme, là où le parti de Berlusconi obtient moins de 5%

"C'est une diarrhée politique, on est passé à la liquéfaction se réjouit Beppe Grillo, repris par Libération . Le virus se diffuse." Grillo est en contact avec des millions d'internautes. Et il organise depuis des années les "Vaffanculo days". On y stigmatise la classe politique corrompue, on y vilipende les financiers, on y préconise la sortie de l'Europe sans payer les dettes on s'y insurge contre le droit du sol pour les étrangers.

Bouillon de culture, dans un pays où, 20 ans après l'opération mains propres, les affaires politiques se multiplient à nouveau sur fond de crise économique.

L'Italie aujourd'hui n'est dirigée ni par des politiques ni par des humoristes, mais par un technocrate, Mario Monti.

On en vient à cet article du Figaro : "L'Italie de Monti, ça passe ou ça casse".

Plus de 6 mois qu'il est au pouvoir et verse du sang et du sel dans le minestrone des Italiens. Retraite plus tardive, guerre à la fraude fiscale, hausse de la TVA, etc. Et les Italiens acceptaient : popularité au delà des 50%. La crise impose des sacrifices...

Mais cette alchimie est en train de dissoudre. Si elle reste élevée, la cote du docteur Monti a tout de même chuté de 20%. Les Italiens regimbent et, à l'approche des élections générales de 2013, les partis politiques, qui n'ont rien de substantiel à proposer, commencent à relayer leur colère.

Monti essaye de passer à la deuxième étape de son programme : trouver les moyens de relancer la croissance. Pas gagné.

Dans ce contexte, cote de confiance des partis politiques : 4%.

Cote de confiance accordée au parlement : 9%

Alors Monti, ca passe ou ca casse et qui pour prendre son relais l'année prochaine ? Il faut bien que les technocrates laissent la main aux élus du peuple à un moment... Christine Fauvet-Mycia, qui signe cet article du Figaro termine sur une citation d'un grand démocrate, Mussolini : "Gouverner l'Italie, ce n'est pas difficile, c'est inutile"

Dans deux semaines se tiendra un sommet européen à Bruxelles

Heureusement, François Hollande est arrivé ! Le sauveur de l'Europe, c'est quasiment comme cela que le présentait la presse la semaine dernière. Avec lui au pouvoir en France tout le monde allait se convertir à la croissance, même madame Merkel !

Ce matin, c'est un peu plus nuancé.

A lire les différents articles, on devine le compromis qui s'ébauche avec Berlin. Pas touche au pacte budgétaire mais ou à un texte complémentaire sur la croissance.

Dans Le Figaro , les proches de la chancelière posent des jalons en acier trempé : "l'Allemagne n'est pas là pour financer les promesses électorales des socialistes."

Le Monde dessine tout de même un scénario de compromis. Madame Merkel attend le résultat des législatives en France en juin pour commencer vraiment à discuter. Car elle a bien conscience que l'appel du nouveau président français a sortir de la seule orthodoxie budgétaire a reçu un écho favorable en Europe. Mais comment relancer la croissance ? Dans Les Echos , le centriste et grand connaisseur de l'Europe Jean Louis Bourlanges affirme que François Hollande est seul parmi les dirigeants sur une ligne keynésienne, autrement dit de relance par la dépense publique.

Rendez-vous donc en juin, pour l'instant la presse célèbre toujours le 8 mai

Ah ! Cette photo des deux adversaires côte à côté devant la flamme du soldat inconnu, c'est peu dire que la presse a adoré. C'était "La Concorde sous l'Arc de triomphe", titre Sud Ouest . "Deux présidents, une République", ajoute Le Progrès de Lyon. Mais cette belle image en ce jour anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie renvoie encore au projet européen.

"En rendant ensemble hommage à ceux qui sont tombés pour la paix, écrit Michel Urvoy dans Ouest France , Nicolas Sarkozy et François Hollande adressent à l'Europe un message politique. Impossible le sauvetage de la Grèce ? (...) Inexorable la montée des extrêmes ? (...) Impuissants les partis de gouvernement ? (...) Autant de menaces qui font redouter l'éclatement de tout ce que l'on a construit depuis 1945 (...) le 8 mai nous rappelle que l'intérêt supérieur est une construction permanente. Et que la politique, c'est le contraire de la guerre, la force devenue civilisation."

Dans La Croix , l'ancien directeur de cabinet de Jean Monnet retrace l'histoire de l'Europe, "ce champ de ruines devenu en 60 ans zone de paix et de prospérité (...) cette haine tarie entre frères héréditaires". Mais il ajoute : "Si l'Europe signifie austérité, les peuples seront contre elles."

Dans Les Echos , Nicolas Barré pointe aussi la responsabilité individuelle de chacun, au pouvoir ou non. Parlant de cette Grèce qui est au tapis, il rappelle la phrase de l'historien Marc Bloch à propos de la France défaite en 1940 : "Cette faiblesse collective n'a peut être été souvent que la somme de beaucoup de faiblesses individuelles."

A la Une du Monde , le dessin de Plantu : un François Hollande un peu penaud s'éloigne de l'Arc de Triomphe et de Nicolas Sarkozy qui tient le drapeau français. Il se dirige vers Angela Merkel qui tient le drapeau européen. Sarkozy lui tape sur l'épaule : "bonne chance, mon pote !"

A demain

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