(Nicolas Demorand : "Et voilà que vous citez Victor Hugo")... "Il neigeait. On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois, l'Aigle baissait la tête (...) On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau. Hier la grande armée, et maintenant troupeau". 20/20 à Totor Hugo : ces quelques vers extraits de "L'Expiation" sont un parfait résumé de la presse, ce matin. Il neige et l'Empereur Sarkozy baisse la tête... La neige, on y reviendra. Les Régionales d'abord... "Sauve-qui-peu la droite", s'écrie Libération, ce matin, à la Une. "A cinq jours du scrutin, l'UMP ne cache plus son inquiétude face à la débâcle électorale qui s'annonce". Dans Libé, reportage auprès des militants UMP (rebaptisée "Union pour une Machine à Perdre" par le site Slate.fr)... Des militants socialistes, la rose en berne, on a pris l'habitude d'en voir. Des UMP, c'est plus nouveau. Mais, par exemple, sur le marché de la Croix-Rousse à Lyon, "ça râle beaucoup", reconnaît Fabienne Lévy, candidate de la majorité dans la région Rhône-Alpes. "Les gens ont eu l'impression, en 2007, que Nicolas Sarkozy remettait réellement la politique au coeur de l'action. Trois ans plus tard, il y a forcément du désengagement : c'est normal, c'est un cycle". Pourquoi le scrutin se présente si mal ? Alain Auffray et Antoine Guiral retiennent trois éléments dans Libération : - les divisions, qui ont agité la campagne à droite, notamment en Ile-de-France ; - la politique d'ouverture du chef de l'Etat, pas toujours comprise ou acceptée ; - enfin l'union, dès le premier tour, avec de petites formations de droite comme celle de Philippe de Villiers : pas forcément efficace. Alors comment éviter que Martine Aubry réalise le grand chelem dont elle rêve : 22 régions sur 22 ? "Fillon monte en première ligne", trompette Le Figaro. Le Premier ministre jette sa popularité dans la bataille. Vendredi, il en sera à son 12ème meeting... Il est ce soir l'invité du "20 Heures" de France 2. "Fillon se sera rarement autant exposé", constate Bruno Jeudy. Alors, face à ce que Le Monde appelle "un échec annoncé", Nicolas Sarkozy n'envisage pas de changer de Premier ministre. Il peut compter sur l'abstention, sans doute très forte, pour relativiser la portée du scrutin. Quel que soit le résultat, le Premier ministre ne changerait pas, donc. Mais Le Monde relève que ses relations avec Nicolas Sarkozy sont délicates. L'écart de popularité entre les deux devient embarrassant. La Une du Point, jeudi dernier, sur "le Président Fillon", a agacé à l'Elysée. (ND : "Et dans ces élections, un mouvement jouera au moins les arbitres, et peut-être plus : c'est Europe Ecologie")... "L'écologie à la conquête du pouvoir" : c'est le dossier, ce mois-ci, du mensuel du développement durable Terra Eco. Dans le champ politique, constate le journal, l'écologie pousse comme du chiendent. On parle d'écosocialisme chez Olivier Besancenot, de décroissance, et même d'écologie populaire à l'UMP. Et c'est la question qui tue, posée par Terra Eco : l'écologie peut-elle être de droite ? Selon la caricature qu'en brosse le mensuel, l'écolo de droite roule en Prius, il est favorable à la taxe carbone et pense que le nucléaire prévient l'effet de serre. Rien à voir avec un bobo hirsute gobeur de tofu, comme l'écrit Simon Barthélémy. Ecolo et de droite : c'est possible. Terra Eco vous fait débattre avec Luc Ferry, Daniel Cohn-Bendit. Et Ferry analyse cette conversion relative de la droite à la verdeur. "Tout le monde voit que la croissance infinie est impossible au niveau mondial. Et le coup de génie de l'écologie, c'est d'avoir été le premier mouvement politique à mettre l'accent sur les générations futures. Or, c'est en phase avec la tendance lourde des sociétés modernes, qui consiste à sacraliser l'enfance". Pour Luc Ferry, l'écologie va irriguer l'ensemble de la vie politique, à droite comme à gauche. Mais elle ne sera jamais vraiment un parti de gouvernement, car elle ne peut pas aborder toutes les questions politiques. Il n'y a pas d'écologie de l'éducation, de la réforme de la justice ou de la guerre en Afghanistan. Votre réponse, sur ce point, à Luc Ferry est assez laconique dans les colonnes de Terra Eco. Alors que répondez-vous à cet argument ? (...) (ND : "Et dans la presse, ce matin, un autre sujet qui intéresse Daniel Cohn-Bendit : l'Europe")... On n'a pas fini d'analyser les conséquences économiques, politiques et même démographiques de la crise qui a éclaté il y a un an et demi... Conséquences démographiques... C'est un reportage du Monde en Irlande. L'Irlande, c'était autrefois un pays dont on partait : un pays d'émigration... direction les Etats-Unis notamment : les Kennedy en savent quelque chose. Et puis, avec l'impressionnante croissance économique des années 90 et 2000, les Irlandais commençaient à faire souche. L'île devenait même un pays d'immigration : des Polonais et des Baltes, en particulier, venaient y chercher travail et fortune. Eh bien, c'est fini. Marie-Pierre Subtil a rencontré, pour Le Monde, des familles qui s'apprêtent de nouveau à quitter leur pays, direction l'Australie cette fois-ci. La grande différence avec l'époque des Kennedy, c'est que cette fois-ci seuls les plus favorisés peuvent partir. "L'Europe avance en crabe"... C'est le titre de l'édito de Dominique Seux, ce matin dans Les Echos, à propos d'un autre sujet : la crise grecque a comme relancé la machine européenne. Dernière initiative en date : l'idée d'un Fonds monétaire européen, un mécanisme d'entraide entre pays de la zone euro. Alors Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, rigole doucement... "L'Union européenne peut dire merci aux gnomes de la City et de Wall Street. En spéculant sur une faillite de la Grèce, ils ont obligé les 27 à admettre que leur intégration était bancale et inachevée, menaçant de s'effondrer au moindre coup de grisou. Bref, si les marchés n'avaient pas durement sanctionné la Grèce, l'intégration européenne serait restée en panne". Alors, cela dit, avec cette histoire de la dette en Grèce, les marchés ont réalisé un joli coup, et même un hold-up selon le site Internet de Marianne. Un Etat en faillite, c'est un Etat à qui les investisseurs refusent de prêter. Eh bien, pour la Grèce, c'est tout le contraire : sa dette s'est vendue comme des petits pains. Elle avait besoin de 5 milliards d'euros : si elle avait répondu à toutes les offres, elle aurait pu en emprunter quatre fois plus. Comment expliquer le phénomène ? Eh bien le taux d'intérêt était très intéressant : 6,5%. C'est le prix du risque que la Grèce ne rembourse pas... un risque auquel ne croit pas Marianne, puisque l'Europe ne la laissera pas faire faillite. (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Il neigeait... Quatrième vague de froid depuis le mois de décembre. "L'hiver en remet une couche", titre La Dépêche du Midi. Alors, un peu partout, vous trouverez des photos spectaculaires et magnifiques. On retiendra la très belle image du photographe Raymond Roig à la Une du Parisien-Aujourd'hui : Collioure sous la neige, la mer qui hésite entre le blanc, le bleu et le vert, les rochers noirs, la jetée sous la poudreuse et une personne qui marche sous un parapluie jaune et rouge et laisse des traces de pas. Et puis une histoire hallucinante, dans tous les sens du terme, racontée par Loïc Chauvin dans LesInrocks.com. Elle remonte à 1951. Et Les Inrocks ont exhumé une archive INA de l'époque... (Extrait sonore) Le pain rendait vraiment fou dans cette bourgade du Gard, en ce mois d'août 1951. On a vu un homme sauter du 2ème étage de l'hôpital en hurlant : "Je suis un avion", ou encore une jeune fille qui se croyait attaquée par des tigres... Si le pain rendait fou, c'est peut-être parce qu'on y avait introduit une mixture à base de LSD. Et, selon Les Inrocks, il pourrait s'agir d'une expérience secrète menée par les services américains en pleine Guerre Froide. Ils redoutaient que leurs soldats aient subi des lavages de cerveau lors de la guerre de Corée, alors ils auraient mené des expériences pour en savoir plus. Et les pauvres habitants de Pont-Saint-Esprit auraient servi de cobayes. Je vous résume évidemment l'article des Inrocks, qui est documenté mais reste prudent. En tout cas, un homme de 71 ans se souvient de l'affaire du pain maudit : "A l'époque, dit-il, on a évoqué l'hypothèse d'une expérimentation destinée à contrôler une révolte de la population. J'ai failli caner, dit-il. J'aimerais bien savoir pourquoi"... Il neigeait dans les têtes, en 1951 à Pont-Saint-Esprit, pour des raisons mystérieuses... Bonne journée...

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