Denis Astagneau : C'est fou, quand même, comme un prix suffit à vous auréoler ! J'ai cherché ce matin ce qui manquait dans vos quotidiens : un portrait du Général de Gaulle et une critique un peu acide sur Michel Houellebecq. Tout juste François Sergent dans Libération parle-t-il "d'air de tortue triste" alors qu'en Une, le journal publie une photo très rajeunie du nouveau Goncourt sous ce titre : "La revanche d'un emmerdeur". Sinon, dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France, c'est : "Michel Houellebecq comme prévu", France-Soir et Le Figaro : "Houellebecq enfin !". Même L'Humanité titre "Goncourt sage pour auteur assagi". Pourtant, Alain Nicolas, il le dit lui-même, fait partie des voix discordantes. "La surprise, c'est qu'il n'y a pas de surprise" écrit-il. A force de dire et de répéter "le Goncourt est plié", les amateurs de suspense s'étaient presque convaincus que les convives de Drouant allaient se faire un malin plaisir de démentir les pronostics et de couronner un outsider. Mais, reconnaît le journaliste de L'Huma, le dossier Houellebecq était solide, lancé par une fusée dont les trois étages étaient l'auteur, la critique, les ventes. Et Alain Nicolas pose cette question en forme de regret : "Faut-il tenir rigueur à un jury de ne pas avoir contré une sorte de vox populi de la République des Lettres ?". "Trop lisse pour être honnête Houellebecq ?" C'est ce que se demande Dominique Guillou dans Le Figaro. Est-il las de son image de provocateur ? Michel Houellebecq a réussi à donner de lui une image rassurante, ce qui a sans doute été décisif au moment du vote. "C'est vrai, reconnaît François Sergent dans Libération, les critiques les plus vétilleux reprochent à "La carte et le territoire", son livre, d'être un Houellebecq assagi. En quelque sorte un "Goncourt de circonstance", taillé sur mesure pour gagner les faveurs d'un jury académique". L'éditorialiste de Libé admet qu'il manque au livre l'ironique cruauté de ses précédents romans. Reste que François Sergent aime l'écriture simple et savante du nouveau Goncourt. Ce n'est pas un hasard, dit-il, si les titres de ses romans sont détournés dans la langue commune, hommage sans doute de ce siècle au meilleur de ses chroniqueurs, mais manière aussi de lui dénier l'étrangeté de ses grands créateurs. Même admiration aussi dans Le Figaro : l'écrivain est le seul de sa génération à décrire avec une telle force les scènes ordinaires de la vie, écrit Dominique Guillou. Une visite dans un supermarché, l'achat d'un lit dans un grand magasin, une soirée dans un salon de massage thaïlandais deviennent sous sa plume des pages d'anthologie. France-Soir remarque quand même un effet collatéral de ce Prix Goncourt : l'entrée dans la postérité littéraire de Jean-Pierre Pernaud, personnage majeur du roman, le présentateur du 13H de TF1, y fait figure de visionnaire épicurien, fer de lance de la défense du terroir français. Une sorte d'icône de la France profonde. Patrick Cohen : L'autre absent ce matin dans la presse, c'est un portrait du Général de Gaulle... Denis Astagneau : Oui, en tout cas dans la presse parisienne qui s'intéresse davantage aux attaques de Dominique de Villepin contre Nicolas Sarkozy qu'au 40ème anniversaire de la mort du Général. Peut-être attendent-ils la cérémonie d'aujourd'hui à Colombey-les-Deux-Eglises. Le Figaro, c'est bien le moins, consacre quand même sa page 2 à la mort du Général et reprend le plus célèbre dessin politique de Jacques Faizant où Marianne pleure sur un chêne déraciné. En revanche, dans la presse quotidienne régionale, on a pris de l'avance. Ainsi, Bruno Dive dans Sud-Ouest qui remarque que, hormis les nostalgiques de Louis XVI, mais pour des raisons bien précises, et peut-être un temps ceux de Napoléon, il n'y a sans doute pas d'exemple dans l'Histoire de France où l'on célèbre si longtemps après sa disparition, le souvenir d'un chef d'Etat. Et Bruno Dive n'est pas le seul à reprendre cette prédiction du Général : "Tout le monde a été, est, ou sera gaulliste". Aujourd'hui, si tout le monde ne se réclame pas de de Gaulle, personne n'ose le critiquer ouvertement. Se souvient-on qu'il fut pourtant presque aussi haï qu'adulé de son vivant ? "Oui, reprend David Guévart dans Le Courrier-Picard, la France d'aujourd'hui est orpheline de son père-fondateur, elle n'a toujours pas trouvé de père adoptif". "Parce que, pardon, quel anniversaire !" s'exclame Francis Brochet dans Le Progrès. Villepin vilipende Sarkozy, Sarkozy tacle Copé, Fillon tance Sarkozy, Chirac est renvoyé en correctionnel... L'Histoire dégringole toujours de la tragédie à la farce. Les temps ne sont plus à l'héroïsme, notre époque n'a plus rien d'épique, dit encore Brochet. Non, ce qui gêne dans la comédie actuelle, c'est que les petits enfants jouent encore au général. Evidemment, les éditorialistes tombent à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy. Ainsi, Jacques Camus dans La République du Centre : "Du Général de Gaulle, on disait qu'il avait une certaine idée de la France. De Nicolas Sarkozy, les Français ont depuis quelques temps, une idée très incertaine". Les traits du général, on les retrouve sous le crayon d'Iturria dans Sud-Ouest. Le Grand Charles est sur son nuage au côté de Charlemagne. L'Empereur dit "mes successeurs ont passé leur temps à s'entre-déchirer". "Les miens, pareil !" dit le général qui regarde Sarkozy en boucher, ferrailler avec Villepin en hussard. "Villepin provoque un tollé à droite" titre Le Figaro. "On ne peut pas lancer chaque semaine son appel du 18 juin", critique Paul-Henri du Limbert dans le même journal. "A la fin, le public se lasse ! Mais il est inutile d'expliquer cette évidence psychologique à Dominique de Villepin puisqu'il la refuse de tout son être. Excessif il est, excessif il sera, de peur de disparaître s'il s'obligeait à être raisonnable". Dominique Quinio dans La Croix désapprouve : "A Dominique de Villepin, comme aux autres personnalités politiques, on aimerait dire que les querelles de personne et la compétition des égos non seulement ne résolvent pas les problèmes, mais au contraire les aggravent". Hubert Coudurier dans Le Télégramme, est presque seul à le défendre : "C'est justement de sa solitude qu'il tire sa liberté. C'est pour cela que ses propos font mal et que l'ancien premier ministre pourrait devenir le 3ème homme de la présidentielle". Patrick Cohen : Loin des jeux politiques, on parle ce matin, des nouveaux visages de la pauvreté... Denis Astagneau : Oui, c'est le titre de La Croix, et il est illustré par Le Parisien-Aujourd'hui-en-France, avec cette photo de Diane, 20 ans, qui doit vivre avec 475€ par mois. Un million de jeunes sont sous le seuil de pauvreté. La Croix, comme Le Parisien, reprennent le rapport annuel du Secours Catholique. Il pointe un phénomène nouveau : de plus en plus de jeunes doivent être aidés, même s'ils ont un travail qui ne leur permet pas de boucler les fins de mois. Ils sont même de plus en plus nombreux à frapper à la porte d'une organisation caritative pour recevoir un colis alimentaire. "On n'est pas seulement dans le profil du zonard", dit Julien Damont, sociologue de la pauvreté, interrogé par Le Parisien-Aujourd'hui-en-France. Et il n'y a pas que les jeunes... Dominique Quinio dans La Croix, voit un retour dans les permanences du Secours Catholique, de familles avec enfants. Le remboursement des dettes, quand il s'ajoute aux dépenses incompressibles de logement et de nourriture, met en danger l'équilibre de budgets déjà fragiles. Dans La Croix, comme dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France, des témoignages de jeunes femmes et de jeunes mères. Vous en avez entendu aussi ce matin dans les journaux de France Inter. A l'inverse, Les Echos mettent en exergue le bilan spectaculaire de la lutte contre la fraude sociale. La Sécurité sociale a détecté 384 millions d'euros de fraude en 2009. 68% de plus qu'en 2006. Et le RSA, le Revenu de Solidarité Active, serait particulièrement concerné. Comme toujours, il y a ceux qui subissent et ceux qui profitent !

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