Bonjour... S'il fallait retenir un mot, un seul, ce matin, après la prestation télévisée hier soir sur TF1 du ministre de la Culture, ce serait le mot : "conscience". Accusé de s'être livré jadis, en Asie ou ailleurs, au "tourisme sexuel", Frédéric Mitterrand a défendu son "honneur" contre les "amalgames". "Honneur", "amalgame" : ces deux mots, vous les lirez entre guillemets en première page de plusieurs de vos quotidiens. Car "l'affaire" Mitterrand, le "cas" Mitterrand sème le trouble et divise, comme l'écrivent en Une Le Parisien-Aujourd'hui en France et Le Bien Public. Presque tous les éditoriaux du jour lui sont consacrés. Les avis sont divers, ils divergent souvent, ils se complètent parfois. En ayant vu hier soir le ministre s'expliquer, les yeux dans ceux de son interlocutrice, chacun ne peut à présent qu'exprimer ce que lui dicte sa conscience. Dans L'Est Républicain, Rémi Godeau pointe une "atmosphère de lynchage", un "populisme tous azimuts". Hervé Chabaud, dans L'Union, considère qu'il "fallait du courage pour oser affronter les caméras disposées comme autant de juges impatients d'un aveu en direct". "Frédéric Mitterrand a fait face hier soir" : c'est ce que Didier Pobel écrit dans Le Dauphiné Libéré ; il ajoute : "A-t-il convaincu pour autant ? Chacun restera probablement sur sa position (...) A écouter l'homme blessé, trop émotif dans l'affaire Polanski, on se disait peut-être tout simplement que, dans la vie, il y a des pages qu'il faut savoir tourner. Vite. Comme dans certains livres". Au fait ? Qui a lu vraiment "La Mauvaise Vie", ce roman qui fait désormais polémique, quatre ans après sa publication, un succès de librairie vendu à 200.000 exemplaires, actuellement en réimpression ? Qui l'a lu ? Clara Dupont-Monod en fait le résumé pour le dernier numéro de l'hebdomadaire Marianne qui sortira demain. D'entrée de jeu, elle le rappelle à toutes fins utiles : "La littérature est fâchée avec la vertu". Elle le dit, elle l'affirme en connaissance de cause : dans ce livre, "De pédophilie, nulle trace". L'éphèbe thaïlandais a déjà 20 ans. Décontextualiser un fragment littéraire inspire à ma consoeur de Marianne ce commentaire : "Isoler un passage du reste de l'oeuvre comme l'a fait Marine Le Pen ne donne aucune idée du livre cité. Qu'on essaie avec 'Nana', d'Emile Zola, et gare aux accusations de complaisance obscène, de manifeste prostitutionnel, d'injure à l'égard des femmes !". Elle ajoute pour conclure : "Au train où va la pudibonderie, il ne restera bientôt plus que la série des 'Oui Oui' en librairie". Non, les "garçons" de Frédéric Mitterrand n'étaient pas des "petits garçons" ; l'homosexualité n'est pas la pédophilie. Frédéric Mitterrand a eu recours à des amours tarifées sous de tristes tropiques ; dans Le Parisien, Nicolas Jacquard reprend cet extrait du livre incriminé, là où celui qui n'était pas encore ministre de la Culture et loin de l'être écrivait : "Je sais (...) le maquereautage généralisé, les montagnes de dollars que ça rapporte. Le réel me remet le nez dans ma merde quand j'arrive à Paris, le remords m'attrape et ne me lâche plus d'une semelle". Une phrase retient l'attention ce matin de l'éditorialiste de La Nouvelle République Hervé Cannet : "Une erreur oui, un crime non, une faute même pas". On dirait que tout est dit, c'est là que viennent les questions, comme celle d'Hervé Favre dans La Voix du Nord. Il écrit : "Aujourd'hui que l'on fait semblant de découvrir ce livre, la seule question qui se pose est : ce récit intime et douloureux est-il indigne d'un ministre de la République ?". Dominique Quinio, dans La Croix : "Du fait des désordres de sa vie personnelle, un tel homme, aussi talentueux soit-il, est-il à sa place comme ministre de la République ?". Le Figaro indique, dans un encadré en page 3, qu'un syndicat de police, certes minoritaire, demande l'ouverture d'une "enquête préliminaire" à l'encontre de Frédéric Mitterrand. Pointe alors une autre question, sous la plume de Laurent Joffrin dans Libération : "Si l'on enquête sur la vie privée du ministre, il faut alors fouiller dans celle de tous les autres responsables politiques. Un homme, disait Malraux, c'est un misérable petit tas de secrets. Veut-on les mettre au jour ? Veut-on une société de la totale transparence, c'est-à-dire une société de l'inquisition ?". Oui, cette "affaire" Mitterrand, ce "cas" Mitterrand sème le trouble. Pour La République du Centre, Jacques Camus fait le constat d'une grande confusion. Il nous interpelle en ces termes : "Au fond, toute cette polémique nous offre le désolant spectacle d'une classe politique jouant à contre-emploi pour des raisons bassement politiciennes. A gauche, on s'offusque au nom de la morale. A droite, on en appelle à un peu moins d'étroitesse d'esprit". François Martin, dans Le Midi Libre, n'hésite pas à parler de "grand écart idéologique" en relevant au passage que "le ton libéral de Frédéric Mitterrand en matière de moeurs est en totale inadéquation avec le discours sécuritaire du pouvoir". Dans ce grand barnum politique, certains journaux soulignent que les attaques, à gauche, proviennent surtout des quadras du PS, comme s'ils voulaient en finir, sur le seul nom de "Mitterrand", avec l'image d'un défunt père toujours très encombrant. A ce propos, avez-vous remarqué ce détail ? Autrefois, on reconnaissait facilement les électeurs de droite à leur façon de dire "Mitrand". Sans doute est-ce l'une des vertus de l'ouverture : tout le monde, maintenant, prononce "Mitterrand". Je ferme là cette parenthèse. Retour à la grande confusion. Libération cite un député UMP. Il dit : "On est mal avec nos électeurs. Déjà qu'ils n'aiment pas la culture et l'homosexualité. Alors les deux ensemble...". Michel Urvoy, en Une du quotidien Ouest-France, note que "l'ouverture devient embarrassante lorsque, à trop s'éloigner de ses bases, la majorité se découvre sur sa droite". Dans L'Alsace, Erwan Quéré ose une supposition. Elle mérite réflexion. Il suggère que "l'extrême-droite espère certainement récupérer une partie de son électorat, parti sous les cieux de l'UMP". Tout cela fait dire à Daniel Ruiz, dans La Montagne, que "le contexte est devenu très embarrassant pour Nicolas Sarkozy, confronté à des faits et à des révélations qui heurtent profondément l'aile la plus droitière de sa base électorale (...) Il se prépare des Régionales bien compliquées". Je referme ce chapitre avec cette phrase de Patrice Chabanet, pour l'éditorial du Journal de la Haute-Marne : "Visiblement, l'exécutif veut attendre quelques jours pour voir si l'affaire se décante ou si, au contraire, elle se transforme en un brasier incontrôlable". Vous l'avez constaté une fois encore, Alain Le Gouguec : les temps sont durs, pour nous, pauvres consommateurs et contribuables... En première page de La Tribune, des Echos, du Parisien-Aujourd'hui en France, vous lirez que "les taxes écolos vont faire grimper le prix des carburants de 7 à 10% l'an prochain". Cette prévision émane de l'UFIP, l'Union française des industries pétrolières, dont le président Jean-Louis Schilansky s'empresse de montrer du doigt ceux qui dirigent notre pays. Le patron de l'UFIP le dit clairement (sa phrase est reprise quasiment partout) : "En janvier, si les prix des carburants augmentent, il faudra aller voir le gouvernement et pas les pétroliers". Et pourquoi donc devrions-nous, en 2010, payer nos pleins aussi cher ? Quatre mesures vont provoquer ces hausses à la pompe. La première, c'est la taxe carbone ; la deuxième s'expliquera par la probable majoration de la TIPP, la taxe intérieure sur les produits pétroliers. Les deux autres augmentations s'expliqueraient par les pénalités que les pétroliers vont devoir payer à l'Etat et qu'ils comptent bien répercuter sur les consommateurs. Beaucoup plus joyeuse, cette information que publie La Tribune. Le quotidien économique s'attarde sur une start-up israélienne qui a trouvé le moyen de produire de l'énergie grâce à des générateurs installés à cinq centimètres sous l'asphalte. Le système permet de convertir le poids des véhicules en électricité. Des tests ont été réalisés : un kilomètre de route à quatre voies pourrait produire en une heure (en période de fort trafic) la consommation moyenne de 2500 foyers. Si vous avez délaissé depuis longtemps la voiture au profit du vélo en libre service, l'enquête que proposent aujourd'hui Les Echos peut vous intéresser. Elle révèle qu'à cause du vandalisme (plus de 16.000 bicyclettes détériorées), les coûts d'entretien du Vélib' parisien explosent pour l'opérateur JCDecaux, "tandis que les recettes qu'il tire des panneaux publicitaires devraient chuter avec la crise". Selon Les Echos, "le torchon brûle", paraît-il, entre la Mairie de Paris et son prestataire autour du partage des recettes mais aussi des dépenses induites par le vélo citadin en libre service. Dans le même journal, vous lirez que, dans la ville de Caen, le système "V'eol" se heurte, lui aussi, "à une querelle de gros sous". On finit sur une page people, Alain ? Bien volontiers, avec des nouvelles de trois personnalités (vous allez le constater, il y en a pour tous les goûts). En première page du Parisien, ce titre : "Sinclair... Pourquoi je quitte La Nouvelle Star". Le chanteur, membre du jury de l'émission de M6 depuis deux ans, ne signe pas pour une saison de plus. Motif : il conteste le "niveau" des candidats. En couverture du Figaro Magazine à paraître demain : "Christine Lagarde, le joker de Sarkozy". En page intérieure, on rappelle qu'il y a un an, on la donnait partante de Bercy. Sa gestion de la crise économique et financière l'aurait "sauvée". Aujourd'hui, à en croire Le Fig Mag, "elle peut prétendre à Matignon". Quoi qu'il en soit, vous trouverez sans doute amusant de jeter un oeil sur l'album photo de la ministre de l'Economie. A 17 ans, sous des cheveux longs et en tunique indienne, c'était une bien jolie fille, très fraîche. Enfin, dans Le 10 Sport Hebdo, vous apprendrez peut-être que le champion cycliste américain Lance Armstrong pourrait s'engager dans une carrière politique avec un objectif : conquérir la Maison Blanche sous la bannière républicaine. Lance Armstrong, l'homme qu'il faut pour "doper" l'économie américaine.

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