(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : scènes de cinoche

(Bruno Duvic) Il avait volé le magot, les billets étaient planqués dans son garage. Il aurait peut-être eu le temps de s'enfuir avec, ou de mieux le cacher. Mais Toni Musulin a pris le temps de s'acheter un sandwich dans une boulangerie et d'aller le manger sur un banc au soleil. Le quartier était bouclé, il y avait des flics partout. Il s'est enfui en moto mais sans le magot.

Le convoyeur de fonds le plus célèbre de France se raconte cette semaine dans Paris Match . Drôle de personnage décidément que cet homme de 43 ans, massif, cheveux gris coupés très courts. Ses quatre ans de prison, dont trois et demi à l'isolement, il les a vécus entre somnifères, musculations, et coups de sangs. Il a défoncé à peu près toutes les portes de ses cellules à coups de pieds, il a pris deux semaines de mitard pour avoir cogné quatre gardiens. Il a toujours refusé que sa famille vienne le voir. Il a fait du jogging dans la cour « jusqu'à en avoir les pieds en sang ».

Aujourd'hui, son seul regret est d'avoir raté son coup, ce 5 novembre 2009 à Lyon : le vol des 11 millions et demi d'Euros qu'il transportait dans son fourgon - et de s'être rendu à la police.

Et les deux millions et demi manquants où sont-ils ? « Je n'en ai pas le premier euro, dit Toni Musulin à Paris Match . Si ça fait fantasmer les filles, tant mieux. »

Un cinéma, un vrai, retrouve la lumière

Le plus vieux cinéma du monde ! Dans un livre, Frédéric Beigbeder avait décrit son piano au milieu des gravats, ses fauteuils au velours usé et son plancher troué. Mais l'Eden, cinéma de la Ciotat qui a connu sa première projection payante en 1899 a été restauré. Il retrouve les Lumière, titre La Provence , puisque son histoire se mêle à celle la famille pionnière du cinéma.

Le voici donc tout neuf et restauré comme à la belle époque : la façade à balcon, les sols en marbre noir, les ferronneries.

Cinéma paradiso ou inferno ? A l'affiche cette semaine, une palme d'or. « La vie d’Adèle, Chapitre 1 et 2 », d'Abdelatif Kechiche. Après les polémiques, les éloges. Dans Télérama le petit bonhomme Ulysse qui accompagne est sous ecstasy. « Ils peuvent bien s'engueuler à présent, le réalisateur et ses actrices, cette trinité là a fait naître un chef d'œuvre » écrit Aurélien Ferenczi. « Coup de cinéma époustouflant » pour Jean-Marc Lalane dans les Inrockuptiles . « Une grande claque de cinéma » pour Thierry Gandillot dans Les Echos . « Oui, je vais encenser » prévient Eric Libiot dans L'Express . « Kechiche est au sommet de son art » écrit Le Monde , qui lui offre même son édito en première page : « La beauté, au-delà de la polémique ».

Au delà de la polémique, il y a la méthode de travail d'un cinéaste…

..brûlé par sa passion du cinéma. Kechiche la décrit très en détail dans une interview à la revue Positif . Adèle Exarchopoulos, il l'a choisie en la voyant manger une tarte au citron. « Le rayon de lumière est venu à ce moment là ».

Es-ce qu'il tourne beaucoup de prises ? « Il est rare que j'arrête avant d'avoir obtenu ce que je voulais ». Des prises pour rien parfois, en tout cas qui ne seront pas dans le film, mais « juste pour offrir aux actrices du vécu de leurs personnages ». Des prises parfois pour le plaisir de regarder les acteurs au travail. Il le raconte dans les Inrockuptibles . « Je multiplie les prises jusqu'à ce que l'acteur se libère, jusqu'à ce qu'il retrouve cette étincelle ».

Dans Positif , Kechiche raconte encore les coups de fils de Léa Seydoux, au milieu de la nuit pour parler d'un sentiment, d'une expérience.

Les scènes de sexe ? « J'ai cherché à effrayer (les actrices) avant pour qu'il n'y ait aucun blocage au moment du tournage ». Implication totale des comédiennes. « Dans la scène de rupture, Léa est dans un tel état que des tâches rouges apparaissent sur son corps. Là vous vous dîtes que vous êtes arrivés à la limite de ce que vous pouvez demander à des comédiens ».

Epiderme rouge, Pulp fiction... La passion du cinéma, version Tarantino. Interview à L'Express et aux Inrockuptibles . Où l'on apprend que Tarantino ne tournera pas encore très longtemps. Trois films, environ. « Chaque film que je tourne, je l'aborde comme l'escalade de l'Everest. A un certain âge on ne peut plus atteindre le sommet. Je veux partir au sommet. Je ne veux pas tout gâcher avec un film de vieil homme flasque. »

Dans la presse également, le sanglier et les biftons...

Il y a un climat délétère en ce moment, mais on se marre bien quelquefois en lisant la presse. Vous avez peut-être entendu à 8h moins 10 le journaliste Gérard Davet interviewé par Clara Dupont-Monod. Avec Fabrice Lhomme, il publie « French Corruption », plongée dans les Hauts de Seine version RPR-UMP. Les bonnes feuilles sont à lire sur lemonde.fr . Les auteurs laissent entendre, sans apporter de preuve, que Nicolas Sarkozy aurait pu avoir un compte en Suisse. Sur ce point, je vous renvoie à l'interview de Clara Dupont-Monod.

Dans ces bonnes feuilles, Didier Schuller raconte un épisode qui remonte à 1990. Ce personnage des affaires politico financières dans les années 90, condamné pour trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux dit-il la vérité ? Lui seul le sait.

Quoi qu'il en soit, dans son récit, le voilà qui récupère de l'argent liquide venu de Suisse via un intermédiaire et pour le compte de Patrick Balkany. Il est dans sa propriété de campagne en Alsace lorsque l'argent arrive. 2 millions en coupure de 500 Francs. C'est un peu comme pour Toni Musulin : où est-ce qu'on les planque en attendant de revenir à Paris ? Schuller les met dans des boites en plastique. Deux gros Tupperware bourrés de billets de 500. Puis il prend une pelle, il va dans la forêt, il repère un arbre et place les boites dans un trou qu'il a creusé.

48 heures plus tard, c'est le moment de rentrer à Paris. Schuller retourne au pied de son arbre. La terre est retournée. L'argent n'y est plus. Panique. L'homme est un adepte de la chasse. A la manière dont la terre est retournée, il comprend que ce sont des sangliers qui ont commis le larcin. Pendant des heures, dans le froid, il arpente la forêt à la recherche du magot et des sangliers, avec sa femme. Après 3 ou 4 heures, les boîtes sont retrouvées. Les sangliers ont à peine touché à l'argent.

C'est à ça que l’on distingue un homme d’un sanglier.

A demain.

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