(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : où est la boussole ?

(Bruno Duvic) S'il est un homme qui incarne les délices, digressions et contradictions du quinquennat Hollande, c'est bien lui : Jean-Pierre Jouyet,

« ‘’Meilleur ami’’ et secrétaire général de l'Elysée : le cas est inédit sous la Vème République », écrivent Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin qui consacrent dans Le Monde deux pages complètes au couple Jouyet, « un couple au pouvoir ». Madame est une demoiselle Taittinger, comme le Champagne. Poste important à Sciences Po. Elle dit sans fard, "je suis de droite". Jean-Pierre Jouyet, lui, origine bourgeoise catholique normande, papa notaire, reconnait sans malice : « Emmanuel Macron est plus à gauche que moi. »

« Chez les Jouyet, les soirs d'élections, écrivent les deux fines mouches du Monde , que la gauche ou la droite l'emporte, on trouve toujours une moitié de convives pour fêter la victoire au Champagne rosé. » Convives prestigieux lors des diners donnés dans l'appartement du XVIème arrondissement. D'ailleurs, la droite, Jean-Pierre Jouyet a bien connu, lui qui fut ministre sous Nicolas Sarkozy. Même chez les Taittinger, on a tiqué. Coup de froid avec François Hollande, le vieil ami de la promotion Voltaire à l'ENA. Réconciliation depuis. Dans son bureau d'angle de l'Elysée, le secrétaire général est devenu indispensable au président. "Vois avec Jean-Pierre", dit-il souvent à ses interlocuteurs.

Et Jean-Pierre est un homme réellement gentil, qui s'est occupé de Valérie Trierweiler au moment des orages. Il a eu son lot de malheurs avec la perte d'un fils. « Il est européen et raisonnable, mais l'atmosphère n'est plus à ça » déplore le centriste Jean-Louis Bourlanges. « Les peuples en crise, complètent Bacqué et Chemin n’aiment ni les riches ni les privilégiés ». Jean-Pierre Jouyet incarne à la fois la nouvelle ligne sociale libérale du pouvoir et la « bourgeoisie d'Etat », selon le mot d'Arnaud Montebourg. Il n'en fait pas un motif de honte : « L'Etat, reconnait Monsieur le secrétaire général dans un sourire doux, m'a offert tout ce qu'un fils de notaire provincial peut désirer. »

Où est la boussole ? Le magazine L'Expansion est parti à sa recherche...

…et ne l'a pas vraiment trouvé. « Droite-gauche, est-ce vraiment la même politique économique ? », se demande le mensuel, qui a passé au crible quinze secteurs de la politique publique, et comparé le quinquennat Sarkozy et le début de celui de François Hollande. Verdict : « dans deux tiers des cas, les politiques menées sont proches, voire très ressemblantes ».

Ce matin encore, à la Une de la presse, la boussole s'affole. En manchette du Parisien- Aujourd'hui en France : « Les chômeurs dans le viseur de Valls, un tabou de la gauche vacille ». Et puis la négociation sur les seuils sociaux qui commence aujourd'hui. L'Humanité n'en peut plus. « Droit syndical, la gauche défiée par Valls et Gattaz », c'est l'héritage social de 1968 qui est menacé pour L’Huma .

Comment remettre du clivage ? L'idée d'une dégressivité des allocations familiales est sur la table. C'est « La gauche sans tabou », encore ce mot à la Une de Libération . Le Figaro est dans les tours. Titre de Une : « Le PS provoque à nouveau les familles ». Laurent Joffrin dans Libération ne voit pas où est le problème. « Rien ne prouve que la réduction des allocations versées aux familles aisées les dissuadera d'enfanter. Elle instillerait seulement un zeste de justice sociale. »

L'actualité politique, c'est aussi le difficile retour de Nicolas Sarkozy...

Le discours de l'ancien président ne marque pas autant qu'on pouvait le penser. Et les adversaires sont plus coriaces que prévus. « Juppé, le pire cauchemar de Sarkozy », titre Le Point . « Et si Sarko était fini ? » se demande Marianne en kiosque demain. Plus surprenant, cet entrefilet dans le très sarkozyste Valeurs Actuelles : « Il y a quelques signes avant-coureurs d'un retour plus compliqué que prévu. Comme si le tsunami Sarkozy annoncé avait finalement accouché d'un timide mascaret. »

Nicolas Sarkozy qui ne sort pas des affaires. La dernière en date, celle des hélicoptères kazakhs, prend un peu de plus de relief ce matin. Rappel des faits d'abord, au conditionnel. Affaire sortie par Le Canard enchainé et Le Monde . Elle commencerait en 2009-2010, au cœur du quinquennat Sarkozy. Le deal présumé serait le suivant : le dictateur du Kazakhstan Nazarbaiev signe pour deux milliards d'Euros de contrats (hélicoptères Eurocopter et locomotives Alstom) mais en échange, il demande un petit service à la France pour l'un de ses proches, un homme d'affaires qui a des soucis avec la justice belge. L'Elysée aurait accepté de faire pression sur la Belgique pour que l'homme d'affaires ne soit plus poursuivi. Libération ce matin publie des extraits d'un document qui accrédite cette thèse. Une note datée de juin 2011 adressée par celui qui était chargé de ce dossier à l'Elysée à Claude Guéant, le secrétaire général. Note expliquant que les pressions sur la Belgique ont abouti dans le sens souhaité. D'après Mediapart , l'oligarque n'aurait pas hésité à se mettre en frais pour séduire les équipes de l'Elysée. Le site évoque une montre de 44.000 Euros offerte à un conseiller diplomatique qui assure l'avoir laissée dans les coffres de l'Elysée.

Le climat politique c'est aussi le succès du livre d'Eric Zemmour, désormais devant celui de Valérie Trierweiler dans certains classements. Le suicide français qui peste contre l'époque se vend à 5.000 exemplaires par jour selon Le Point .

Quoi d'autre dans la presse ?

Des journaux qui appellent leurs lecteurs à l'aide. Siné Mensuel , d’abord. « En un mot comme en cent, on est dans la merde » reconnait le mensuel. Et puis Terra Eco . A la Une du numéro d'octobre cet appel clair et net : « Sauvez Terra Eco ». Dans les deux cas, si vous voulez verser votre obole, le plus simple est d'aller sur le site Internet.

Des mensuels en difficulté, mais les temps sont durs pour les quotidiens également. Ils organisent depuis lundi et jusqu'à dimanche la semaine du quotidien. Objectif, faire retrouver le chemin des kiosques aux lecteurs.

Indispensable presse, mais qui n'est pas toujours exempte de reproches de copinage ou de de conflits d'intérêt. A cette rubrique cette semaine, on relèvera le papier gentil du Point à propos du dernier livre de son éditorialiste vedette, Franz-Olivier Giesbert. Papier gentil et bonnes feuilles.

où est la boussole ? Pour finir, reportage dans ce qui est à la fois un cimetière de notre société de consommation et une caverne d'un Ali Baba tête en l'air : le service des objets trouvés à Paris. Reportage de Lucie Gruau dans La Croix . 10.000 téléphones portables y ont échoué l'année dernière, 300 clés par jour. La RATP y envoie chaque matin un camion entier. Au rayon cimetière, le sous-sol du bâtiment est une galerie de doudous fatigués, de livres poussiéreux, de parapluies flapis et de sacs à mains obèses.

Bout à bout, les objets rassemblée pourraient couvrir la distance entre la cathédrale Notre Dame et la Porte Maillot.

Et c'est un cabinet de curiosité constitué au fil des années. Dans l'allée des insolites aux objets trouvés, vous pouvez tomber sur un crâne humain récupéré dans la rue, une urne funéraire encore pleine, des prothèses de jambe ou des pierres du World Trade center. Le clou de la collection : une robe de mariée. La légende veut que les mariés se soient disputés à l'arrière d'un taxi. De colère, Madame aurait abandonné sa robe. Si elle change d'avis, la robe est accrochée à un cintre au 36, rue des Morillons à Paris, entre une chasuble d'ouvrier, et une casquette de l'armée rouge.

A demain !

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