Victor Klemperer disséqua la langue du IIIe Reich qui haïssait la pensée en mobilisant outrances et émotions, l faut le lire aujourd'hui; Libération, l'Obs. Georgette Elgey savait l'histoire et Verlaine, Mediapart. Une famille turque, prisonniers de père en fils, le Monde. Gourous alimentaires dans le Parisien.

On parle d'un grand-père...

Qui somnolait sur le canapé devant la télé, quand son petit fils Edgar, 17 ans l'a dérangé, "Vous pourriez me montrer vos “trucs militaires“, je n’y ai jamais rien compris, mais je sais que vous avez fait plein de choses.”  Et là le grand-père s'est animé et il s'est mis à lui raconter sa vie d'officier et la guerre d'Algérie, de Gaulle qu'il n'aimait pas, l'OAS, ce bras armé des pieds noirs hostile à l'indépendance, Edgar était fasciné, c'était dingue, l'histoire qu'il apprenait à l'école s'animait sous ses yeux...

Edgar est dans la Croix qui se demande comment ramener à l'histoire les jeunes génération prisonnières du présent, que la fréquentation des smartphones condamnerait à l'immédiateté? Réponse, il faut incarner, il faut raconter des histoires pour que vive l'histoire, tiens des bd sur la vie des grands hommes comme en propose pour les bambins le magazine « Images doc »... Quand on raconte tout est possible et, dit la Croix, quand cela passe par sa famille, c'est d'autant plus fort, mais tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir un grand père officier en Algérie.

Pour nous les adultes, la presse raconte deux vies d'intellectuels dans l'histoire. Politis et Libération surtout raniment un  allemand, mort en 1960, il s'appelait Victor Klemperer il a écrit le livre indépassable sur la langue des dictatures totalitaires, qui mobilise l'outrance et l'émotion pour mieux haïr et détruire la pensée: « LTI, Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich ». Klemperer était un universitaire, patriote, fils de rabbin, devenu paria dans son pays avec le nazisme, il survécut en tenant un journal et en pensant la monstruosité qui l'entourait, les mots étaient la clé : «Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir». Un livre sort sur Klemperer, écrit par l'essayiste Frederic Joly,  "La langue confisquée, lire Victor Klemperer aujourd'hui", il y a juste un mois, l'Obs  -l'article est en ligne- affirmait que Klemperer était un viatique  à l'ère des fake news et des langues appauvries qui perdent la pensée. "Nos sociétés du bullshit” ne bannissent pas la vérité : elles la considèrent seulement comme inutile. En cela, elles ne diffèrent pas spectaculairement de la société décrite par Klemperer", lisait-on.  

Dans notre pays libre, une femme est morte à 90 ans, qui connaissait le prix de la langue et de l'histoire. Le Monde, le Figaro, Mediapart racontent Georgette Elgey, née des amours d'une jeune femme et d'un vieux grand bourgeois qui ne la reconnut jamais, Georgette dont la maman était juive et qui cachée pendant la guerre se disait, "quand de Gaulle sera là je n'aurai plus peur", et qui devenue grande, nous a raconté l'histoire immédiate à partir des archives des hommes d'Etat qui lui faisaient confiance, elle écrivit une histoire de la IVe république, régime méprisé qu'elle défendait dans Mediapart, il était instable mais l'instabilité préservait de la corruption, et à l'époque, les politiques pouvaient réciter toute l'oeuvre de Verlaine...

On parle de démocratie...

Dont le ou la maire est encore le pilier La Voix du Nord, la montagne l'Yonne républicaine nous le confirment à partir d'un sondage, mais la démocratie est secouée. Il y avait une odeur de fumier à Agen après le passage des paysans en colère me dit Sud-Ouest, Midi Libre à sa une affiche  le député de Lozère, Pierre Morel à l'Huissier, avec ce point d'interrogation terrible et de pure forme: « Fraudeur? » Pierre Morel à l'Huissier a pris d'étranges libertés financières, Mediapart qui l'affirmait la semaine dernière dans un dossier nourri, Midi Libre prolonge et valide, et c'est d'un autre effet, en Lozère et ailleurs, quand c'est le journal de chez soi qui vous regarde. Le Canard enchainé s'amuse de François hollande  qui contrairement à ses engagements de campagne, était intervenu auprès du CSA pour éliminer deux concurrents de Delphine Ernotte, qui fut nommée patronne de france télé, haussons-nous les épaules?  

La démocratie est un trésor fragile. Dans l'Express, je découvre un de ses gardiens, Adam Bodnar qui est le médiateur des droits civiques polonais et protège des principes constitutionnels que rogne le parti au pouvoir. Le Monde me fait découvrir une famille turque, les Altan, « prisonniers politiques de père en fils ». En 1971, Cetin Altan, premier député communiste de turquie, avait été arrêté chez lui, emprisonné et torturé... Quarante-cinq ans plus tard, la police est revenu dans ce même immeuble de la famille, arrêter ses enfants, Ahmet et Mehmet, intellectuels sexagénaires, accusés d'avoir préparé « de façon subliminale », en parlant politique, le coup d'Etat manqué de 2016 contre le président Erdogan. Il fallait se contenter d'écrire des romans, a dit un juge à Ahmet, qui est toujours en prison, et a écrit un beau livre, « Je ne reverrai plus le monde ». Mehmet est libre et a perdu 20 kilos en prison, il raconte un système absurde et médiocre qui broie les corps mais pas les consciences ni l'humour.

On parle de gourous pour finir...

Des malfaisants, qui encouragent des personnes fragiles, malades, à ne plus croire aux médicaments mais à pratiquer des jeunes intensifs qui nettoieraient leur corps, à ne plus manger cuit mais cru, puisque les jus frais soignerait du cancer, de l'autisme, de la tuberculose, de l’hépatite et même ferait repousser un membre, tout ceci a été dit par un de ces gourous sur internet, il prospère, des gens meurent de ces mensonges, la Miviludes, mission de lutte contre les phénomènes sectaires s'inquiète et le Parisien s'alarme pour nous. On pense à Klemperer et ses travaux sur le lange arsenic, nous y sommes, exactement.

Il n'est pas que cette saleté en France et parmi nous vit un héros délicat. Il a 24 ans il, est ardéchois, il est policier, il a mis fin au parcours du meurtrier de la Prefecture de Police, puis après avoir tué Mickael Harpon, il a appelé l'homme qui l'avait formé, à l'école nationale de la police de Nîmes, dont il était sorti en aout dernier et lui a posé cette question, "est ce que j'ai bien fait"? et ce scrupule que raconte l'Indépendant est notre meilleure nouvelle.

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