Patrick Cohen : Et le mot-clé ce matin à la lecture de la presse, c'est "mutation"... Bruno Duvic : Quand il était enfant, Laurent Lantiéri avait arrêté les cours de piano. Son professeur lui avait dit que jamais il ne pourrait exercer de métier manuel. Bien vu ! Aujourd'hui, c'est l'un des chirurgiens les plus célèbres au monde, l'un de ceux qui maîtrisent la technique de la greffe du visage. Cela fait cinq ans que l'on réalise ce type d'opération. A l'hôpital Henri Mondor de Créteil, le professeur Lantiéri en a cinq à son actif. Il dresse le bilan de cette fascinante avancée scientifique dans une longue interview à L'Express cette semaine. En 2010, on peut vivre, et bien vivre, en portant le visage d'un autre. "Oui, j'en suis fier" dit le médecin. L'opération a rendu à mes patients ces traits qui permettent aux êtres humains de se reconnaître entre eux. On se doute bien, quand on les croise, qu'ils ont subi des interventions, mais je les ai réintégrés dans la grande communauté des hommes". Au fil de l'interview, le cas des cinq patients est détaillé. On leur a donc greffé le visage d'un mort. Est-ce qu'ils vivent avec un fantôme ? Tous, sans exception, répond le médecin, ont considéré ce nouveau visage comme le leur, dès l'instant où ils se sont réveillés. Pourtant, il n'a plus rien à voir avec l'ancien. La peau, les os et les tissus prélevés se moulent sur l'ossature du patient et il en résulte un visage original. Cela ne veut pas dire que tout est rose toujours. Chacun a ses problèmes : problèmes d'élocution, fragilité psychologique et réintégration sociale difficile. L'un des patients n'a pas survécu, il a développé des infections. Si la greffe échoue, reconnaît le docteur Lantiéri, c'est la mort pour le patient. Mais n'oublions pas que la conquête spatiale a coûté la vie à plusieurs astronautes avant les premiers pas sur la Lune. D'ailleurs, comme les promenades sur la Lune, le changement complet de visage restera rare selon le médecin : une quinzaine par an tout au plus. Les cas de défiguration extrême sont, heureusement, peu nombreux". Mutation dans Paris-Match cette semaine, c'est au niveau de la main que ça se passe. L'histoire d'un jeune américain qui était né avec une main atrophiée. On lui a greffé une prothèse capable de répondre aux impulsions musculaires grâce à une puce greffée dans la paume. Aujourd'hui, Michaël joue du violon. Sa prothèse s’enlève et se remet, elle se recharge sur une prise électrique comme un téléphone portable. Simple comme un coup de fil ! Patrick Cohen : Suite de la Revue de Presse... Mutations dans la majorité aussi... Bruno Duvic : A gauche, à lire les commentaires sur la surdité du président ce matin, on se dit que certains lui grefferaient bien une oreille ! Mais il ne s'agit pas de ça.... Entre le débat sur les retraites et le remaniement annoncé, beaucoup de papiers politiques ce matin ! Et au fil de la lecture, revient l'idée que les divisions de la majorité sont importantes et que le chef de l'Etat est assez seul. C'est la rébellion des sénateurs qui ont rejeté trois amendements, durcissant la politique de sécurité hier. A lire dans Le figaro... Ce sont les prises de distance d'anciens premiers ministres, de députés, depuis cet été. "De tous les pores de la majorité (les pores de la peau), écrit Henry Lauret dans Le Nouvel économiste, l'hystérie de l'Elysée est maintenant critiquée, les langues se délient et les ambitions s'affichent". Et puis, c'est aussi les divisions entre le président et le premier ministre. "Sarkozy-Fillon, c'est la fin" titre L'Express cette semaine. L'hebdomadaire revient sur les coups de froid, les coups de sang et les désaccords entre les deux, et cite les propos d'un ministre anonyme : "Le départ de Fillon est acté". Le Monde, comme d'autres journaux, a bien relevé que sur le dossier des retraites, en faisant des annonces hier en Conseil des ministres, le chef de l'Etat a repris la main sur son premier ministre. "Il lui a coupé l'herbe sous le pied", écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain-Lorrain. Résultat, commente Michel Urvoy dans Ouest-France, le président est le seul à concentrer les mécontentements. Il prend ainsi le pari osé qu'il sortira renforcé s'il réussit à faire voter cette réforme des retraites. Dans cette phase qui va des retraites au remaniement, le président VEUT être seul écrit Cécile Cornudet dans Les Echos. Depuis cet été, il a beaucoup consulté mais sans rien dévoiler de ses intentions. Il fait du parfait Mitterrand commente l'un de ses conseillers : souffler sur les rivalités, laisser dire et laisser jouer la cour. De la solitude à l'isolement, il n'y a qu'un pas. L'article de L'Express sur le divorce Sarkozy-Fillon commence par cette confidence du président à l'un de ses visiteurs cet été : "Mais pourquoi y a-t-il plein de gens qui veulent prendre leurs distances avec moi". La réforme des retraites sera-t-elle adoptée ? Pour beaucoup d'éditorialistes ce matin, il n'y a pas vraiment de doute. Chacun joue un rôle : le gouvernement avance des concessions qu'il avait prévu de longue date, les syndicats appellent à une nouvelle journée de grève sans beaucoup d'illusions. La mère des réformes, marqueur du quinquennat Sarkozy sera votée, écrit Michel Wagner dans L'Est-Républicain, en ayant laissé sur le carreau, comme toujours, l'idée d'une négociation véritable. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Les mutations de la SNCF... Cette année, le train devrait représenter moins de la moitié du chiffre d'affaire de la SNCF. Le reste sera fourni par les filiales (camions, tram ou bus). C'est la révolution invisible de la SNCF" comme le titrent les Echos... Les Echos eux-mêmes en mutation : nouvelle formule, papier et électronique aujourd'hui. Le démenti formel de Catherine Deneuve... Deux journaux italiens lui prêtaient des propos très méchants à l'égard de Carla Sarkozy, hier. Ils avaient été repris par une partie de la presse française. "Stupidité..." commente l'actrice dans un communiqué. Les champions du monde de football ont pris une piquette... Information surprenante à lire dans L'Equipe ce matin. En match amical, l'Argentine a battu l'Espagne 4 buts à 1, hier. Patrick Cohen : Et puis, nous avons commencé avec les greffes du visage et la main bionique... Voici maintenant des enfants à puce... Bruno Duvic : C'est dans Le Parisien... L'an prochain, une crèche à Paris testera un système de surveillance électronique des bambins grâce à une puce intégrée à leurs vêtements. Plus précisément, elle sera insérée dans un vêtement spécial qui sera fourni. Dans la crèche, des sondes seront installées un peu partout pour établir une cartographie des lieux. Résultat : si bébé s'éloigne un peu trop de ses ours en peluche, la direction de la crèche le saura, les parents en seront alertés par SMS. Dans Le Parisien, certains parlent déjà de "cage virtuelle", de déresponsabilisation des adultes et d'économie de personnels au détriment des relations humaines. Au moins maintenant, vous savez pourquoi vous appelez votre petite dernière "Ma Puce".

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