Souvent, quand on demande aux grands photographes quelles sont leurs photos préférées et dont ils sont le plus fiers, ils répondent, humblement : "Celles que je n'ai pas prises".

Autrement-dit : celles qui leur ont échappé. Parce qu'ils n'avaient pas leur appareil à ce moment-là. Ou bien parce qu'ils n'ont pas appuyé sur le déclencheur de l'appareil au bon moment.

D'ailleurs, c'est ce qui arrive aussi aux amateurs. Si vous êtes partis en vacances et que vous avez pris des photos, je parie qu'il y en a un paquet que vous trouvez mauvaises ! Il y en a même vraisemblablement de plus de plus. Du temps de l'argentique et des pellicules en rouleaux, on avait l'habitude de faire attention – ça coûtait cher en développement.

Dorénavant, avec les téléphones portables et les appareils numériques, on ne se retient plus et on mitraille sans cesse, à tort et à travers. Et ensuite, on fait le tri : on supprime, on efface les clichés loupés.

Mais avant de les effacer, réfléchissez quand même !

Le dernier numéro de RÉPONSES PHOTO nous prévient. Erreur de cadrage ou bien de mise au point – votre amoureuse est floue, contre-jour, surexposition, voire intrusion d'un élément non prévu dans le champ – un gros chien qui vient renifler les sandales de mamie : ces photos, aujourd'hui, vous paraissent ratées, mais à l'avenir, il se pourrait que vous constatiez finalement que ce sont les meilleures, les plus intéressantes, les plus drôles, les plus spontanées.

« Observée dans un autre contexte, nous explique le mensuel, une image recèle parfois une émotion, une sensation, une intention qui ne se révéleront qu'après une lente décantation. »

Et ceci est intéressant, même très intéressant, car cela vaut aussi pour les photos d'actualité. Dès lors, cela nous amène à revoir notre appréciation sur toutes les images que l’on voit dans la presse, mais également sur celles et ceux dont nous parlent les journaux.

Peut-être ne doit-on pas juger les hommes et les femmes trop vite. Attention quand on fait le tri : leurs qualités pourraient se révéler après une lente décantation.

Iles détruites

Cela dit, quand on observe les photos du jour, on n’a pas le moindre doute sur ce qu’elles racontent : des maisons à terre et des rues défoncées, des arbres arrachés, paysages de désolation. Résultat du passage de l’ouragan Irma : photos de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Les deux îles ont été détruites à 95%.

Et ce sont bien des îles détruites que montrent les images, sachant que ce samedi, les Antilles vont devoir affronter un nouvel ouragan – après Irma, voilà José.

« Série noire aux Antilles », commente LIBERATION CHAMPAGNE. « Pas de répit pour les Caraïbes », commente L’ARDENNAIS, alors que LE COURRIER PICARD détaille de quelle façon s’organisent les survivants. Et ils s’organisent comme ils peuvent, mais aujourd’hui, ils manquent de tout. Et « le chantier est titanesque », assure LE TELEGRAMME, qui indique que le coût de la reconstruction sera faramineux.

Relégué

Mais à part quelques couvertures dans la presse régionale, le sujet a déjà été relégué assez loin dans journaux nationaux ce matin. Relégué aux pages 10 et 11 dans LE FIGARO, qui a choisi de faire sa Une sur l’inquiétude des épargnants face à la taxation des revenus fonciers. Relégué aux pages 12 et 13 dans LIBERATION, qui a choisi de faire sa Une sur la mort de Pierre Bergé. Relégué aux pages 14 et 15 dans AUJOURD’HUI LE PARISIEN, qui a choisi de faire sa Une sur la passion des Français pour la généalogie.

Les menaces climatiques et le dénuement des habitants des îles ravagées sont désormais classés à la rubrique « fait divers ».

En l’occurrence, c’est l’angle qu’a choisi par le journal, qui, tout en s’alarmant du manque d’eau potable, lequel fait planer la menace de prochaines épidémies, revient en détail sur les scènes de pillage qui, semble-t-il, se multiplient à Saint-Martin. Les récits sont nombreux. On parle même de bandes armées.

Témoignage d’un entrepreneur

Il s’appelle Florent : « Tout a été pillé. Les supérettes, les bijouteries, les magasins d’électronique. » Et il évoque donc « des bandes armées » qui tourneraient dans l’île. « On redoute, dit-il, qu’elles s’en prennent aux habitations, mais avec des amis, on s’est regroupés pour faire face. On va préparer des cocktails Molotov pour réagir en cas d’attaque. »

Autre témoignage : celui d’un homme, Gilles, vivant en métropole, et dont le frère est installé depuis 35 ans à Marigot : « L’ouragan a arraché le toit de son immeuble, il a tout perdu", assure-t-il, avant de raconter ce que son frère lui a raconté : « Juste après le passage de l’ouragan, il a été attaqué par une bande de 50 à 100 types armés et cagoulés, et ils lui ont tout pris, jusqu’au cendrier de sa voiture. Il ont même obligé sa femme à se déshabiller pour lui voler sa robe. »

Barricade

Avec LE PARISIEN, on est donc effectivement dans le fait divers, et dans LIBERATION, on est dans les pages « Monde », avec, cette fois, un reportage dans le sud des Etats-Unis. Dans l’attente du passage de l’ouragan Irma, les habitants sont partagés entre fuir coûte que coûte et rester en se protégeant.

« En Floride, on se barre ou se barricade » - c’est le titre du papier. Même angle dans LE FIGARO, qui évoque « un exode sans précédent des habitants de Miami. »

Finalement, il n’y a guère que LE MONDE à revenir sur les causes de ces catastrophes climatiques : « La planète subit de plein fouet les dérèglements ». Pages 2 et 3, les pages « Planètes ».

Interview d’une professeure en urbanisme. Elle explique qu’un des grands problèmes, c’est la concentration des populations dans les zones côtières et dans les zones à risques, et pour elle, les Etats doivent impérativement anticiper et s’adapter : s’adapte, donc, aux conséquences du réchauffement climatiques :

La prévention coûterait bien moins cher que la reconstruction

Et puis, pour revenir d’un mot sur les scènes de pillage, un édito très inspiré dans LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE : « Certes, l’apparition de ces bandes confirme de sérieuses déviances dans l’espèce humaine, écrit Patrice Chabanet. Mais pour autant, elle ne saurait nous faire oublier tous ceux qui sont partis pour aider, pour panser les plaies, le dévouement chevillé au corps. Ils sont l’honneur d’une société que l’on dit souvent prisonnière de ses égoïsmes. »

Fainéants, cyniques et extrêmes

L’égoïsme, c’est d’ailleurs ce qu’a dénoncé également hier le président de la République. C’était lors de son déplacement en Grèce : une phrase d’Emmanuel Macron qui a suscité foule de réactions dans le milieu politique, comme sur les réseaux sociaux.

Il a donc tancé « l’égoïsme » et le « pessimisme » de certains, et lancé : « Je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » A qui s’adressait le message ? « L’interprétation est libre », a répondu son entourage.

Dès lors, ceux qui s’apprêtent à défiler mardi contre les ordonnances de la Loi Travail l’ont, bien sûr, prix pour eux. « Abrutis, cyniques, fainéants, tous dans la rue ! », a rétorqué du tac-au-tac Jean-Luc Mélenchon sur Twitter.

Comme le rapporte LE FIGARO, l’Elysée a tenté d’éteindre la polémique, faisant savoir qu’avec le mot fainéant, _« le président visait en fait ceux qui étaient au pouvoir ces quinze dernières années et qui n’ont rien fait ». _Message, donc, à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande...

Jamie Hawkesworth

Pour revenir d’un mot sur les photos que l’on évoquait plus haut, ces photos de photographes, petit portrait de l’un d’eux dans M, LE MAGAZINE DU MONDE. Il s’appelle Jamie Hawkesworth et se destinait, au départ, à la médecine légale.

Or, aujourd’hui, la mode se l’arrache ! Il a trente ans et, avant cela, il fait également du grand reportage, au Congo, au Cachemire, pour le WALL STREET JOURNAL. Le glamour pur et dur n’est pas sa tasse de thé. Pas plus que la précipitation : 'Je suis revenu une fois d’un voyage en Ecosse avec un seul portrait en tout et pour tout », dit-il. Puis il ajoute, un peu poète :

Ça peut sembler ringard mais vraiment, le chemin compte plus que la destination

C’est peut-être ringard, mais c’est aussi très beau.

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