Les forums internet où l’on admire et on imitera les meurtriers de masse racistes, Wall Street Journal, l’Opinion. Son village natal veut un musée pour l'ancien dictateur portugais Salazar, la Croix. Pour l’Humanité, Georges Ibrahim Abdallah, condamné pour terrorisme, est un prisonnier politique et un maître à penser.

Un historien se dresse contre Eric Zemmour...

Et il ne s'agit pas ici d'une polémique de plus, ce mot est frelaté, mais d'une colère politique, profonde, argumentée, qui parle d'une dérive française et qui mérite débat. L'historien s'appelle Gérard Noiriel, auteur d'une "Histoire populaire de la France", il publie cette semaine un livre intitulé "Le Venin dans la plume" et s'exprime dans le Monde qui lui donne beaucoup d'espace, signe d'un engagement... Noiriel compare et rapproche Eric Zemmour, journaliste au Figaro et auteur à succès et Edouard Drumont, qui fut il y a 130 ans lui aussi journaliste et gros vendeur de livres. Drumont publiait en 1886 un best-seller appelé  "la France juive", car Drumont menait un courant antisémite qui marqua longtemps la vie politique... Et pour Noiriel qui l'explique au Monde, Zemmour et Drumont sont de la même école, seules diffèrent leur cible. 

Drumont s'en prenait aux juifs et aux « enjuivés ». Zemmour, lui, s'en prend aux musulmans et attaque les « islamo-gauchistes », mais la manière de convaincre, la rhétorique, la grammaire du discours sont les mêmes, celle d'un nationalisme identitaire qui prétend raconter la France. Citation.  « Il s'agit d'une histoire qui prend la forme d'une tragédie. Elle annonce la disparition de la France vaincue par « le parti de l"étranger », en faisant le lien avec l'actualité. D'où l'importance capitale accordée aux faits divers, aux crimes, aux attentats. La dénonciation de la menace étrangère s'inscrit dans une vision plus globale, sur le thème de la décadence.  Zemmour s'en prend aussi aux femmes, aux homosexuels, aux universitaires. Drumont s'attaquait aux mêmes cibles. » Noiriel ajoute que comme Drumont avant lui, Zemmour justifie les persécutions que subirent les protestants. Et comme Zemmour aujourd'hui, Drumont, dit Noiriel, était considéré comme un "bon client" par les media de son temps, qui relayaient ses polémiques sans grand scrupule de vérité...

Et c'est aussi pour cela que l'historien s'engage contre ce qu'il appelle "une délinquance de la pensée". Noiriel s'engage au nom des historiens que Zemmour injurie; Noiriel s'engage contre "l'histoire de pacotille" que dénonçait le grand résistant Marc Bloch, histoire de pacotille dont Zemmour, admirateur des historiens d'extrême droite d'avant guerre Bainville et Maurras, serait le tenant.

Il faudra lire en entier cet entretien, et lire aussi le livre dont le Monde publie des extraits, mais l'engagement de Noiriel  est une contre-offensive dans un paysage intellectuel dominé par les courants les plus réactionnaires. Le Monde encore s'interroge aussi sur la transformation des éditions du Cerf, vieille maison fondée par l'ordre des Dominicains où se retrouvent aujourd'hui de jeunes auteurs conservateurs qui ne vendent guère de livres mais saturent les media, rameutés par un directeur fascinant Jean-François Colosimo... Bref, on peut débattre et dans ce débat, tiens, citons le dernier article d'Eric Zemmour, on le trouve sur le site du Figaro. Il illustre exactement ce que soutient Noiriel, la transformation en argument politique d'un crime, en l'occurence l'agression au couteau de passants à Villeurbanne par un afghan: pour Eric Zemmour, cette agression prouverait que la justice française donne "le permis de tuer"... et il affirme ceci. "Aujourd'hui, l'essentiel pour l'État est de protéger l’étranger (…) de protéger l'islam de toute «stigmatisation» même si nos compatriotes sont massacrés en son nom." Il y a dix jours, c'est aussi sur le site du Figaro, Eric Zemmour expliquait qu'Emmanuel Macron, renouant avec la Russie, s'inspirait de Charles Maurras, qu'il qualifiait de « grand-père de tous les souverainistes"... Maurras, mais ce n'est pas écrit par Zemmour, était aussi un antisémite forcené, qui fut condamné à la Libération... On ne peut pas tout dire.

On plonge ce matin dans les racines de la haine...

Et cela fait écho? Mais nous sommes avec cet article du Wall street journal que l'Opinion traduit en français dans une dimension concrète et terrifiante. On voyage sur les forums internets où sous le label "politiquement incorrect", des internautes applaudissent aux crimes de masse racistes, et se mettent au défi d'imiter leurs auteurs. Un jeune américain est parti attaquer une synagogue pour rendre hommage à Brendon Tarrent qui avait tué 50 personnes dans des mosquées d'Auckland en Nouvelle-Zélande… Le jeune homme n'a pas été très efficace, une seule victime, et sur le forum on se moquait de lui, "Retourne à la synagogue et termine ce travail d’amateur!» Un homme suspecté d'avoir tué 22 personnes dans un supermarché au Texas, revendiquait en ligne son admiration pour Tarrent, le tueur d'Auckland, lequel Tarrent se revendiquait lui d'Anders Breivik, assassin de de 77 jeunes norvégiens...  Sur un forum, après son arrestation, Tarrent avait fait poster une lettre écrite depuis sa prison, promettant « un grand bain de sang. »

Sommes nous loin de nos colères gauloises, ou est-ce le même paysage. Dans la Croix, vous lirez une aberration. Au Portugal, le village de Vimieiro veut créer un musée en l'honneur de l'enfant du pays, Antonio Salazar, un homme simple et bon dit le patron du café local où les écharpes de foot côtoient un buste du-dit Salazar, qui de 1932 à 1968 dirigea le Portugal à la tête d'un régime dictatorial, autoritaire, conservateur, nationaliste et catholique, « Dieu Famille Patrie » était sa devise... Le son est familier.

A gauche aussi, on s’égare. Je lis dans l'Humanité un portrait hagiographique de Georges Ibrahim Abdallah, ancien responsable des Fractions armées révolutionnaires libanaises, qui assassinèrent en France en 1982 un attaché militaire américain et un diplomate israélien, mais pour l’Humanité, Abdallah n'est pas un terroriste mais un « militant communiste anti-impérialiste », « le plus ancien prisonnier politique d’Europe », et un maître à penser, dont le journal relaie le message, après l'avoir rencontré à la prison de Lannemezan. Georges Abdallah nous dit que « l'entité sioniste » -Israel- « va dans le mur », et que « les pays capitalistes occidentaux sont à l’origine » des deux guerres mondiales... Hitler et Staline, depuis les enfers, apprécieront.

Et des gouffres pour finir...

Pour respirer dans des bas-fonds qui n'ont rien de politique, quand l'Echo Républicain et la Dépêche du Midi, chacun dans son terroir, nous initient, textes et photos, à la spéléologie. Il est de belles manières d'être conservateur ou préoccupé de l'avenir du monde, et on veut bien partager colères et nostalgies avec Christopher Coutanceau, chef deux fois étoilés à La Rochelle, qui pose en tenue de plongeur dans Libération, et réhabilite des poissons roturiers, les gros tacauds, qu'est ce que c'est bon.  Dans l'Equipe et Monaco matin, Charles Leclerc, 21 ans, ca devient une habitude, pose en triomphateur, « Maestro » dit l'Equipe... Monaco-Matin cite la Gazzetta dello sport, extatique d'une victoire de Ferrari à Monza. « La-haut sur le podium de Monza, au dessus de la marée rouge, il y a un garçon de 21 ans qui en six mois a tout conquis, la Scuderia, l'amour du peuple Ferrari et sans doute l’avenir. » L'histoire a aussi ce gout-là.    

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