"Des oranges, quelques citrons, elle a pris son porte-monnaie et elle a payé elle-même". Rien de bien sensationnel me direz-vous et pourtant, c'est le témoignage médusé d'un lecteur-reporter berlinois descendu faire ses courses, il tombe sur sa chancelière, Angela Merkel, au supermarché. Du coup, il dégaine son appareil photo, et le cliché fait la une de la presse Allemande. Vous le retrouverez ce matin dans les pages du Figaro. Angela Merkel au supermarché, voilà qui réjouit tout à fait nos voisins. "Une femme simple, une femme de rêve, une femme au supermarché" s'enflamme même l'éditorialiste du Bild Tzeitung, Franz Josef Wagner, qui ne se prive pas d'un petit tacle au passage : "La photo est pour moi plus exotique que les vacances de luxe du président français, dont la villa du New Hampsheure coûte 22 000 euros par semaine". On pourra apprécier la comparaison. C'est vrai qu'après le yacht de Vincent Bolloré et le séjour à Wolfeboro, on imagine assez mal Nicolas Sarkozy avec son caddie chez Leader Price. Et c'est vrai aussi que c'est un style différent de la partie de crapette à Colombey les deux Eglises, à la manière de Gaulle, constate Yves Thréard dans son édito du Figaro. "Devine qui vient diner" demande ironique Bruno Théveny dans le Journal de la Haute Marne, à Jne vous ferais donc pas l'affront de vous demander ce matin de deviner qui vient petit déjeuner dans vos journaux une nouvelle fois. Et oui, parce que vous n'y échapperez pas. Nicolas Sarkozy est de retour dans la presse et dans le pays. Il n'aura quitté ni l'un ni l'autre bien longtemps. "Hier au bord du lac Winnipesaukee, ce matin à Notre Dame de Paris, demain à Kennebunkport", ce n'est ni superman, ni une magicienne de la série Charmed écrit Jean-Pierre Bel dans la Nouvelle République du Centre Ouest. C'est bien lui, "notre président 24 heures sur 24, 7 jours sur 7". Nicolas Sarkozy interrompt donc ses vacances pour se rendre ce matin aux funérailles du Cardinal Lustiger : "Paris vaut bien une messe" concède le Figaro. Retour aux Etats-Unis demain pour un déjeuner avec le président américain sans oublier le rythme des deux communiqués quotidien depuis le début de ses vacances. "Mais à quoi correspond cette fébrilité et surtout à quoi répond-elle ?" s'interroge Michel Vagner dans l'Est Républicain. "A une demande de l'opinion ? Elle concède volontier le droit au repos. A la sollicitation des médias ? Ils ne partiquent pas le harcèlement systématique. Peut être alors à la peur de ne pas être là où il faut quand il faut, surtout depuis le spectre de la canicule 2003. Pas de réponse claire : la communication politique, c'est comme la poule et l'oeuf. On ne sait jamais qui a commencé, conclut Michel Vagner. Mais surtout, "sans action, prévient Yves Thréard, la communication ne fait pas longtemps illusion". A défaut d'être un vrai super héros, le président serait-il finalement un bon illusionniste ? Suite à l'accident qui laisse un jeune sans papier de 12 ans, Ivan, entre la vie et la mort, après avoir tenté d'échapper à une intervention policière hier à Amiens. Nicolas Sarkozy a exprimé sa tristesse dans un autre de ses communiqués. Le Réseau Education Sans Frontière de son côté signale l'accélération et la radicalisation des procédures d'expulsion en plein creux estival, c'est à lire dans Libération ce matin. Démenti formel du ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Brice Hortefeux, qui assure dans les colonnes du quotidien qu'il y a "une politique qui n'est pas en fonction des mois, des climats ou du gré des uns des autres". Une information à rapprocher d'un encadré du Parisien Aujourd'hui en France : on sait le président friand de la culture du résultat, et bien l'objectif chiffré pour Brice Hortefeux en 2007, c'est 25 000 reconduites à la frontières, soit 1000 de plus que l'an passé. A priori, pas de quoi ruer dans les brancards si ce n'est que jusqu'à présent, une bonne partie de ces expulsions concernaient l'immigration roumaine souligne le journaliste, Quentin Canette, or depuis le 1er janvier, les Roumains font partie de l'Union Européenne. Ils sont donc libres de circuler comme ils le veulent. 25 000 expulsions, ça représente donc un "sérieux changement de braquet" pour le gouvernement. Bien plus qu'un simple tour de passe passe. Cette fois-ci, ce n'est pas l'histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. C'est l'histoire de l'ourse qui n'a pas vu l'homme qui conduisait la voiture. Franska, la sanguinaire Franska selon les bergers pyrénéens, a été tuée hier matin et occupe la une de vos quotidiens. "Voilà qu'un animal mort fait l'événement dans une actualité pourtant terribles de drames humains" déplore Didier Pobel dans le Dauphiné Libéré. "Si on fichait la paix aux ours là où ils se trouvent, s'emporte également Patrick Jankélévitch dans la Voix du Nord, on s'en porterait sans doute beaucoup mieux et on arrêterait de se couvrir de riducule". Mais voilà, Franska n'est pas n'importe quel animal : "le plantigrade slovène est devenu depuis longtemps un symbole". Ils ont eu "la peau de l'ours" titre la Dépêche du Midi, ce serait même "Le fiasco français", en une du Parisien, où vous pourrez voir un gros plan de la tête de Franska, saignant sur le bitume de la route. Et il ne fait décidément pas bon être Maman Ourse dans les Pyrénées rappelle le quotidien. Ca a commencé par Melba il y a 10 ans, tuée par un chasseur, puis Canelle, en 2004, d'un coup de fusil aussi. L'année dernière, c'était Palouma qu'on retrouvait morte après une mauvaise chute et puis Franska aujourd'hui, ce qui laisse Jean-Michel Helvig de la République des Pyrénées dubitatif du sort de la "vingtaine de mâles qui vont devoir errer dans le massif pyrénéen pour trouver les deux seules femelles restantes". Alors il paraît que Franska était une ourse à problèmes. Les bergers assurent qu'elle avait tué pas moins de 150 brebis depuis le printemps et pas pour manger, non, pour le plaisir. Sadique Franska, peut-être, à moins que ce soit cet imaginaire collectif dont parle Didier Pobel, le monstre sanguinaire des balkans, la fourrure et les crocs pointus. Ca s'appelle de l'anthropomorphisme nous rappelle Marie-Louise Roubaud dans la Dépêche du Midi. Prêter nos comportements, nos pensées et nos intentions à des animaux. Anthropomorphisme dites-vous, voyons voir, page 12 de Libération, citation d'un berger : "L'ourse a traversé la route et c'est interdit. C'est interdit aux animaux, aux bicyclettes et aux piétons. Elle l'a fait, et bien voilà" déclare l'éleveur. On ne saurait trop lui recommander le dossier du Monde 2 de cette semaine. "A quoi pensent les animaux ?". Et bien figurez-vous qu'il s'agisse de Franska, de votre chien, de votre chat et même pourquoi pas de votre perroquet, on y apprend que de nombreux animaux ont une conscience d'eux-même, qu'ils sont bien sûr capables d'apprendre, d'accéder à ce que l'article appelle "un méta niveau de compréhension" de ce qu'ils font instinctivement. Un méta niveau de compréhension, qu'est ce que ça veut dire ? Et bien le simple fait de jouer pour un chien par exemple, de simuler une attaque, ou encore d'imiter les gestes précis d'un autre individu. Ils exercent une réflexion propre sur ce qu'ils sont en train de faire. Alors, à la question, faut-il réintroduire de nouvelles femelles ourses dans les Pyrénées, on ne trouvera pas de réponse dans la presse, mais juste un conseil : un stage chez un éthologue, de façon à leur apprendre à bien regarder à gauche, puis à droite avant de traverser la route. Une revue de presse signeé Nicolas Martin

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