C'est un tapis rouge, au bas d'un avion... Un homme en soulève un coin et commente : "Made in China, le tapis pour accueillir Kadhafi ?"... Un Nicolas Sarkozy énervé lui répond : "Bon Dieu !... J'ai le droit de faire des affaires avec les dictateurs !"... Le dessin est signé Ransom, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Et il résume assez bien les questions que pose la presse ce matin... Des questions sur le diplo-business, comme l'appelle Michel Lépinay, dans Paris-Normandie... "Sarkozy n'est pas l'inventeur du diplo-business... Mais il a élevé l'exercice à un niveau rarement atteint par ses prédécesseurs... L'arrivée à Paris de Kadhafi jette une lumière crue sur cette orientation surprenante de la diplomatie française"... "Je ne crois pas à ce qu'on appelle la realpolitik, qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner un seul contrat"... C'est Michel Vagner qui se souvient de cette phrase du candidat Sarkozy dans l'un de ses discours de campagne... "Depuis, les contrats s'amoncellent, et les valeurs se font plus discrètes", constate l'éditorialiste de L'Est Républicain... "La Chine, la Russie, l'Algérie, la Libye... Il ne faut pas être trop regardant"... Et dans Le Télégramme, Christine Clerc regrette... "A force de transiger sur les principes proclamés pendant sa campagne... à force de relativiser (comme le faisait déjà Jacques Chirac) les droits de l'homme dès qu'il s'agit d'argent, Nicolas Sarkozy n'est-il pas en train de blesser un orgueil national qu'une campagne présidentielle invoquant De Gaulle, Malraux, Jaurès et la Nation, avait revivifié ?"... Alors bon, soyons clair... Kadhafi à Paris, c'est "une visite à plus de 3 milliards d'euros"... La Tribune a fait les comptes... Mais en même temps, pour l'éditorialiste du quotidien économique, cela ne fait pas tout... "A défaut de certificat de moralité, l'hôte du Président a des besoins et des moyens financiers... Dans la grande compétition économique internationale, la diplomatie sarkozyenne a fait son choix, celui de l'efficacité... Pour autant, ce réalisme mercantile a beau ne pas être l'apanage exclusif de la France, il dégage parfois un fort parfum de malaise"... Faudrait pas exagérer... Pierre Rousselin, dans Le Figaro, est bien le seul, ce matin, à défendre la diplomatie française... "Contrairement aux idées simplistes, la France n'est pas en train de se prostituer devant un tyran d'opérette... Une politique a été définie, qui consiste à encourager les pays qui s'amendent et s'engagent sur la bonne voie... La Libye en fait partie... Et puis, comment convaincre l'Iran de renoncer à la bombe atomique si l'on n'aide pas Kadhafi, qui l'a fait, à se doter d'une capacité nucléaire civile ?"... Bon alors, je vous le disais... A part Le Figaro, l'ensemble de la presse est unanimement critique sur cette visite de Kadhafi... Et les propos les plus clairs, ce matin, ce sont ceux de Rama Yade, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... La secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme espère que la diplomatie française "ne se contentera pas de signer des contrats commerciaux sans exiger des garanties en matière de droits de l'homme... C'est un devoir, dit-elle... La France n'est pas qu'une balance commerciale"... Et elle poursuit... "Il ne faut pas que Nicolas Sarkozy tourne le dos à la diplomatie des valeurs"... Elle regrette aussi, Rama Yade, le choix de la date... 10 décembre : Journée mondiale des Droits de l'homme... "Le choix de cette date est scandaleusement fort"... Et dernier extrait de cette interview, tout sauf langue de bois... ces autres points sur les "i"... "Notre pays ne tire pas seulement son prestige de sa puissance économique, mais aussi des principes et des valeurs, qui font que la France est un pays semblable à nul autre... Le changement, oui, l'oubli, non... Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson... La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort"... Alors oui... "Les tenants de la realpolitik se réjouissent déjà", assure François Ernenwein dans La Croix... "Mais, s'interroge l'éditorialiste, fallait-il 5 jours de visite à Paris, 2 entretiens avec le Président de la République, une visite à l'Assemblée Nationale, pour remercier le dictateur d'avoir libéré cet été ses otages bulgares ?"... Oui, 5 jours, c'est long... et c'est symbolique, explique en substance François Sergent dans Libération... "Rien n'obligeait la France à marquer pareil empressement et pareille indignité... On nous dit que tous les autres pays ont renoué avec Tripoli... Sauf que la Grande-Bretagne, l'Italie ou les Etats-Unis ont pris de longues cuillères pour pactiser avec Kadhafi... Ils ont évité le ridicule de le recevoir avec toute la pompe de la République"... L'analyse est la même pour Gilles Dauxerre, dans La Provence... "Mouammar Kadhafi, soi-disant redevenu fréquentable, a encore trouvé "normal que les faibles aient recours au terrorisme" ce week-end à Lisbonne, lors du sommet entre l'Union européenne et l'Afrique... Et c'est cet homme-là que Nicolas Sarkozy se dit "très heureux" de recevoir à Paris, afin d'encourager "son retour à la respectabilité internationale"... On en est loin, commente l'éditorialiste... Mais le leader libyen va tout de même obtenir une belle légitimité en grimpant les marches de l'Elysée"... Oui, "pour Kadhafi, le séjour à Paris est tout bénef", écrit Sébastien Lacroix dans L'Union... "Encore quelques sourires, et il plantera sa tente dans les jardins de la Maison Blanche"... Et puis, dans L'Alsace, Patrick Fluckiger pense à "un homme qui doit être mal à l'aise avec cette venue... Bernard Kouchner, le fantomatique ministre des Affaires étrangères... qui a bâti toute sa carrière sur la défense des droits de l'homme... Fin novembre, il a déclaré qu'il savait avaler son chapeau... Au rythme des initiatives de son patron, il doit en manger un par jour... Mais bon, poursuit l'éditorialiste, au-delà des polémiques traditionnelles qui agitent la France quand elle reçoit un dictateur... Bokassa pour Giscard, Jaruzelski pour Mitterrand, Mugabe pour Chirac... cette visite de Kadhafi pose une question : à quoi sert le ministre des Affaires étrangères ?... A étaler ses états d'âme dans La Croix, comme il le fait ce matin ?... ou à emballer la realpolitik de l'Elysée pour la rendre plus présentable ?"... Autre question... A quoi sert la conférence de Bali ?... C'est Le Parisien-Aujourd'hui en France qui la pose, ce matin... Car une semaine cruciale s'ouvre là-bas... 10.000 experts du réchauffement climatique, dont des ministres de l'Ecologie du monde entier, sont réunis sur l'île indonésienne jusqu'à vendredi... Et les associations espèrent des mesures concrètes pour sauver la planète... Libération laisse la parole à Monique Barbut, la présidente du Fonds pour l'Environnement mondial... Elle espère la création d'une taxe carbone... "Elle aurait le mérite d'être équitable", plaide cette habituée du Sommet de la Terre... Dans Le Figaro, une autre proposition... celle de rétribuer les pays qui préservent leurs forêts primaires... Que la communauté internationale les dédommage quand ils renoncent à raser leurs forêts, car en sacrifiant un revenu immédiat, ils agissent pour le bien de la planète entière... Et puis... c'est la Une de La Croix... "Le combat écologique, un combat pour la paix"... Puisqu'au moment où se déroule la conférence sur le climat à Bali, l'Américain Al Gore et les scientifiques du GIEC reçoivent leur Prix Nobel de la Paix... Ce sera aujourd'hui, à Oslo... Le témoignage d'une prise de conscience, explique le quotidien catholique... Les changements climatiques peuvent aussi entraîner des mouvements de populations et des guerres... Et sinon, dans la presse... Vous lirez l'interview d'Henri Guaino, l'un des conseillers du Président Sarkozy... dans le Financial Times... Il y explique que la France cherche à mettre en place une Europe pragmatique... Dans la presse française... François Fillon s'exprime dans Les Echos... "L'Etat fera tout pour dissuader EADS de délocaliser"... Le Premier ministre qui dit refuser qu'Airbus parte en morceaux vers la zone dollar... et qui confirme : "Toutes les grandes réformes économiques et sociales seront lancées d'ici fin 2008"... Dans Le Figaro... "Régime sec pour les ministères"... Le journal se penche sur le train de vie de l'Etat... et rapporte que le Président de la République dévoilera mercredi une première série de mesures... La plus spectaculaire devrait être de regrouper le ministère de la Défense sur un site unique, Porte de Versailles, en banlieue parisienne... pour en faire une sorte de "Pentagone à la française"... Si le politiquement correct vous indispose, je vous conseille de lire, dans Libération, une interview de Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-Français mi-Belge... et qui s'énerve de cette façon que l'on a de ne plus appeler un chat un chat... Quand "plan de sauvegarde de l'emploi" signifie "licenciement collectif"... Quand "précipitations" mouille moins qu'une bonne "averse"... Plongez-vous dans "Autour des mots", le livre que le professeur Lebouc vient de sortir... Il y dénonce le mot "océaniser"... Il vient de sortir... Il signifie "couler un navire-poubelle"... Autant dire "polluer les océans"... Mais bon, rassurez-vous : on a déjà connu ça du temps de Molière... Souvenez-vous des "Précieuses ridicules"... du "conseiller des grâces", qui n'était autre que le miroir... ou de "l'antipode de la raison", pour désigner une "sotte"... Pour le philologue, cela n'est qu'une mode... Il nous rassure... Nous passerons brutalement à autre chose... Et puis pour finir, en passant effectivement brutalement à autre chose... et puisque c'est de saison... Si vous ne savez plus quoi répondre à votre progéniture quand elle vous demande comment fait le Père Noël pour distribuer tous ses paquets aux enfants du monde en une nuit... Vous trouverez la réponse dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Des chercheurs suédois se sont penchés sur la question... Et ils ont calculé que le Père Noël faisait 2,5 milliards d'arrêts... qu'il conduisait son traîneau à la vitesse de 5.800 kilomètres/seconde... et qu'il soufflait 34 micro-secondes à chaque cheminée, le temps d'y déposer ses paquets...

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