(Nicolas Demorand : "Et ce matin, dans la presse : la France des bistrots")... Des bistrots, des terrains de foot, des ronds-points et des commissariats... C'est une autre facette de l'identité nationale... A propos d'identité, la première conversation de bistrot, si l'on en croit le récit du Canard Enchaîné ce matin, c'était lundi, au séminaire gouvernemental sur l'identité nationale. François Fillon avait invité tous les ministres présents à s'exprimer. Alors ils l'ont fait... C'est Frédéric Mitterrand, pas le dernier pour la rigolade, qui a ouvert le bal. Puisqu'on parlait d'identité nationale, il a récité deux chansons de Maurice Chevalier et Charles Trenet. Ses collègues lui ont demandé de chanter : il a dit "non". Pour détourner l'attention, il a cité Jane Birkin comme modèle d'intégration : "Ca plaît aux jeunes, Jane Birkin". Sans doute encouragé par Frédo, même Eric Woerth, le ministre du Budget, y est allé de sa blague. "Quand on parle d'identité nationale, je pense que la constance de nos déficits est un élément structurant". C'était bien parti... Mais Fadela Amara a cassé l'ambiance. "Les gens en ont marre d'être victimes de contrôles au faciès quatre fois par jour". Hurlements de Brice Hortefeux, écrit Le Canard : "Il n'y a pas de contrôles au faciès". Jusque-là, Christian Blanc était silencieux. Il a donné l'explication : "J'ai attendu, avant de m'exprimer, que le niveau intellectuel s'élève". Alors Bernard Kouchner s'est lancé. "Dans les cités, on chante le rap : c'est une belle musique, qui vient d'Algérie". "Mais non Bernard : pas le rap, le raï !". C'est Fadela Amara qui est intervenue. C'est alors que l'ambiance est devenue glaciale, quand Bruno Le Maire a critiqué l'intitulé du ministère de l'Immigration ET de l'Identité nationale. Là, Eric Besson n'avait plus le coeur à chanter le raï : "Si tu as des reproches à faire, adresse-toi au Président". Silence dans la salle. Et fin d'un séminaire qui avait pourtant commencé en chansons... C'est donc à lire dans Le Canard Enchaîné. Je ne sais pas qui est la taupe qui a tout raconté, et si elle a tout bon. Mais en tout cas, elle donne l'occasion de passer un bon moment, sous ce titre : "Séance de karaoké à Matignon". (ND : "Après le bistrot de Matignon, les terrains de foot du sud")... C'est un arbitre de foot qui parle, dans les colonnes de La Dépêche du Midi... "Pour avoir donné un carton rouge à un gars qui m'avait insulté, j'ai pris une rouste : un mois et demi d'arrêt de travail". 300 agressions physiques ont lieu chaque année sur des petits terrains de football amateur. Et les hommes autrefois en noir ont les idées de la même couleur. "Le grand malaise des arbitres", titre La Dépêche. Dimanche, dans les Hautes-Pyrénées, ils pourraient se mettre en grève. Parole du président de la Ligue Midi-Pyrénées... "Les incivilités et hostilités ne sont pas en hausse, mais elles se sont déplacées, depuis deux-trois saisons, dans les catégories 19, 17, voire 15 ans. Le phénomène n'est que le reflet de la société". Alors nos adolescents, sur les terrains de foot et ailleurs, ne seraient-ils qu'une bande de racailles ? Dans Le Figaro, Yves Thréard se déplace sur le terrain de l'école : "Le fléau de la violence scolaire". "Chaque jour ou presque, un adolescent est victime de coups ou d'humiliations physiques dans son collège, son lycée ou à proximité. Cette délinquance est de plus en plus violente et met en cause des élèves de plus en plus jeunes". Jeunesse délinquante ? Réponse de la présidente des magistrats de la jeunesse, dans Libération... "Lors des périodes de crise, il y a des difficultés spécifiques concernant la jeunesse, oui. Mais dire qu'ils sont de plus en plus jeunes et violents, qu'ils agissent avec un sentiment d'impunité, c'est faux. L'augmentation des gardes à vue et des poursuites de mineurs est due à la judiciarisation des réponses apportées. La politique pénale est aujourd'hui à la poursuite systématique et à la tolérance zéro". On en arrive à l'un des sujets qui font le plus parler, ce matin, dans la presse : la garde à vue d'Anne, "14 ans et 10 heures en pyjama au commissariat", comme le titre Libération. Comment une simple bagarre dans une cour d'école devient un sujet de polémique nationale... Les faits remontent au 3 février. Les circonstances ne sont pas parfaitement claires ce matin. Anne était-elle en pyjama ou en survêtement ? A-t-elle ou non été menottée ? Dans les colonnes de Libération et du Figaro, la préfecture affirme qu'il n'y a rien d'outrancier dans cette affaire, que l'avocat commis d'office n'a fait aucune observation, et la mère non plus lorsqu'elle est venue chercher sa fille au commissariat. Mais tout de même... Une enquête de la police des polices est ouverte. Et l'affaire a tout de même justifié hier une conférence de presse en urgence du patron de la police d'agglomération parisienne. Ce matin, dans la presse, il y a les éditorialistes profondément choqués... "Est-ce cela, la France de 2010 : un pays où l'on arrête les enfants ?", écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest. Plus mesuré, et reflétant le ton des éditoriaux, Didier Pobel, dans Le Dauphiné Libéré, écrit que "ces 12 heures d'interrogatoire ne manqueront pas de paraître excessives, même au-delà de tout angélisme". "Cette nouvelle affaire, conclut Jacques Guyon dans La Charente Libre, est révélatrice des risques de dérive auxquels peut conduire une frénésie du tout-sécuritaire. Ce qui est en cause, ajoute Guyon, c'est la façon dont, petit à petit, à partir d'une société de peur, on est en train d'enfanter une société de contrôle". Car, pas de chance, cette garde à vue polémique fait la Une en même temps que le dernier projet de loi sécuritaire du gouvernement. Et ce projet de loi, pour Métro, c'est "Brice Hortefeux en père fouettard". Parmi les mesures, il y a le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans. C'est "la jeunesse gardée à vue", pour Libération. Edito cinglant de Laurent Joffrin... "Il faut toujours se méfier des pouvoirs qui se méfient de la jeunesse. Personne ne prêchera on ne sait quelle coupable complaisance à l'égard de la délinquance juvénile. Mais si l'on multiplie les nouvelles lois, c'est bien que les premières ont manqué leur but. Il existe une autre politique de sécurité, où l'action sociale et la proximité comptent plus que les roulements de tambour". La réponse à la délinquance juvénile n'est pas uniquement dans la surveillance. Sur ce point, Le Figaro et Libération sont quasiment d'accord, ce matin. Retour à l'édito d'Yves Thréard sur la violence scolaire... "La réponse, la seule, écrit-il, est dans l'éducation... celle que nombre de parents n'assument pas, faute de temps ou de volonté... celle que des années de renoncement à l'autorité scolaire rendent presque irrécupérable". (ND : "Autre débat musclé, ce matin : celui autour de Georges Frêche")... Monsieur Frêche, armé de sa canne, est monté à Paris en rock star... "Frêche en rock star" : c'est le titre du Parisien-Aujourd'hui, ce matin. Télévisions, radios, presse écrite : "le Sébastien Chabal de la politique", comme il se baptise dans Le Monde, est partout. Et avec sa canne, il bastonne Martine Aubry. "Aux Régionales, je vais finir à 45% si tout va bien. Aubry est l'élue de la fraude. Qui se sent morveux se mouche". Ca, c'est dans Le Parisien. Dans Le Monde, concours de zizis avec Jean-Luc Mélenchon : il l'a traité de "vieillard claudiquant". "Peut-être qu'un jour, j'irai mettre ma main sur la gueule à Mélenchon". Ainsi va "le pas très catholique Georges Frêche", comme le titre Le Monde. "J'en rajoute un peu, car je ne suis pas un imbécile : la politique, c'est ça". Sur cinq colonnes, Gérard Davet décrit ce personnage, qui sait lire le latin et le grec mais conquiert les foules à coups de discours cassoulet. L'un de ses tubes, c'est le récit de la vie de son grand-père arriégeois qui combattait les ours à mains nues. C'est Monsieur Frêche en son royaume de Languedoc-Roussillon. Il détient le pouvoir absolu, écrit Gérard Davet, le verbe, mais surtout l'argent. "Au diable Paris et ses oukases !... Ici, on compte sur un président de région qui investit localement". Le PS parviendra-t-il à plaquer Chabal au sol ? Rien n'est moins sûr. Le Parisien rappelle le sondage d'hier, qui le donnait gagnant aux Régionales quel que soit son adversaire. "Halte à la France moche !" : c'est le titre de Télérama, cette semaine. Et il n'est pas question des Régionales, quoique... Non : c'est un dossier de plus sur l'un des thèmes, décidément, de la semaine dans la presse : l'urbanisation excessive de la France. Télérama s'attaque à cette urbanisation laide à coups de centres commerciaux, de ronds-points et de zones pavillonnaires. La France des campagnes disparaît, les centres-ville se vident : trop chers, plus de commerces (ils sont tous en périphérie). "Nos villes, écrivent Vincent Rémy et Xavier de Jarcy, ressemblent à une soirée TF1 : elle commence par un long tunnel de pubs (la zone commerciale et ses pancartes) suivi d'une émission guimauve (le centre-ville transformé en musée)". La France moche : c'est un bon résumé de la presse, ce matin... Bonne journée...

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