Patrick Cohen : A la Une ce matin, deux otages... Bruno Duvic : "Otage", mot du siècle, mal de notre temps. Pas un jour, ou presque, ne passe sans que ces lugubres syllabes ne viennent poser une ombre sur les bulletins d'information. Une ombre, ou plutôt une traînée de terreur et d'effroi. Voilà le début du papier de Didier Pobel sur son blog aujourd'hui. Otages à la Une. Oui, ils s'appelaient Antoine et Vincent. Preuve de l'émotion qui s'est emparée de la presse : on les appelle par leurs prénoms. Dans les régions où ils vivaient, la presse en fait des proches. Les deux amis de Linselles, près de Lille, deviennent "les otages Nordistes tués au Niger" dans La Voix du Nord. Pour La Dépêche du Midi, Vincent était aussi un peu Toulousain puisqu'il était ingénieur chez Cap Gemini à Toulouse. Patrick Cohen : Fallait-il lancer une opération militaire pour les tirer des mains de leurs ravisseurs ? Bruno Duvic : Il n'y a pas de polémique ce matin dans les journaux, elle viendra peut-être plus tard. D'ailleurs, les éditorialistes se félicitent du climat d'unité nationale qui a prévalu ce week-end. Chaque quotidien fait appel à un expert pour essayer de saisir un peu mieux ce qui s'est passé. "Opération militaire : je comprends cette décision" dit le spécialiste d'Al-Qaïda, Mathieu Guidère, dans Le Figaro... Tout se joue durant les premières 24 heures. Après "lepoint.fr", Libération l'écrit : c'est Nicolas Sarkozy qui a personnellement donné l'ordre aux forces spéciales d'intervenir. Et du coup, selon Laurent Joffrin, cette terrible affaire ouvre un nouveau chapitre : pour la première fois, une intervention destinée à libérer des otages a été décidée d'emblée, sans que le gouvernement envisage d'entrer dans un processus de négociation. La voie de la discussion, poursuit Joffrin, est hasardeuse, et parfois tout à fait vaine. La négociation, bien souvent implique une rançon, et l'expert, Mathieu Guidère, le rappelle cette fois dans les colonnes de La Croix : "Les enlèvements sont ainsi la première source de financement d'Al-Qaïda au Maghreb islamique. Aqmi enlève au moins un homme d'affaire algérien par semaine. La somme des rançons demandées depuis 2007 représente 54 millions d'euros, et on peut estimer que la moitié de ces sommes a été versée. De cette manière, les enlèvements d'aujourd'hui préparent les attentats de demain. "Tout de même, selon Dominique Garraud dans La Charente-Libre, toutes les réponses aux interrogations que se posent les familles sur la mort de leurs enfants devront être fournies". Patrick Cohen : En tout cas, c'était bien la France qui était prise pour cible... Bruno Duvic : Pourquoi la France ? Libération avance deux éléments d'explication : "Al-Qaïda au Maghreb islamique est un mouvement d'origine algérienne... L'ancienne puissance coloniale française est donc créditée d'une haine viscérale, aiguisée encore par son refus du port du voile intégral dans l'espace public. L'enlèvement de ce week-end est aussi un acte de vengeance après un raid pour faire libérer un autre otage, Michel Germaneau en juillet dernier. Sept djihadistes avaient été tués". Le doute n'est plus permis pour Bruno Dive dans Sud-Ouest. C'est bien dans une guerre du désert que la France est désormais engagée à son corps défendant. Et la guerre ne sera pas gagnée avec des armes dans ces pays du Sahel parmi les plus pauvres de la planète. Le mot-clé, c'est donc "développement". Pour Pierre Rousselin dans Le Figaro, consolider ces états et leur apporter les moyens de leur sécurité devrait être une priorité internationale. Réponse politique donc... A ce propos, il reste un tabou à lever selon Jean-Emmanuel Ducoin dans L'Humanité. La politique étrangère de la France est-elle en partie responsable des menaces qui pèsent sur ses intérêts ? Trop peu de voix s'élèvent, selon lui, pour s'opposer à la guerre en Afghanistan qui risque d'alimenter tous les fous de dieu, s'inspirant de ben-Laden. D'ailleurs, relève l'expert Mathieu Guidère dans La Croix, chaque fois que se produit une bavure en Afghanistan ou au Pakistan, des personnes rejoignent l'organisation terroriste. Même chose à chaque fois que l'on a une crise, comme actuellement en Algérie. Conclusion à Anne Fulda dans Le Figaro... Elle rassemble les grands titres de l'actualité de ces derniers jours : otages français, violence au Maghreb et une kyrielle de faits divers. Après la période de bons sentiments pendant les fêtes, le retour à la réalité est rude ! Patrick Cohen : Quelques occasions de respirer tout de même dans la presse... Bruno Duvic : On ne va pas s'en priver ! D'abord, les journaux s'amusent avec l'équipée des candidats aux Primaires sur la tombe de François Mitterrand, samedi à Jarnac... Il ne fallait froisser l'égo de personne. La journée a été préparée comme un sommet israélo-palestinien s'amuse David Revault d'Allonnes dans Libération. Procession surréaliste à laquelle ne manquent que les robes de bure. Les camarades feraient-ils pénitence pour n'avoir su remporter la présidentielle depuis un quart de siècle ? Le journaliste met encore en scène Ségolène Royal et Martine Aubry dans la maison natale du grand homme. "Comme deux héritières en froid visitant l'appartement du défunt avant explications chez le notaire". Outre DSK, le Belphégor du FMI, il y avait tout de même un absent parmi les candidats déclarés ou possibles aux Primaires, c'est François Hollande... "Pas envie de participer au barnum" dit-il. Hollande qui a la carte en ce moment. C'est l'homme qui monte selon France-Soir, sondage IFOP à l'appui. Qui souhaitez-vous voir désigné comme candidat à la présidentielle ? Il gagne six points parmi les sympathisants de gauche, et 13 parmi les sympathisants du PS. C'est vrai qu'il partait de très bas. Mais auprès des fidèles socialistes, le voilà en deuxième place, à 18%, loin derrière Dominique Strauss-Kahn, mais devant le duo Aubry-Royal. La Coupe de France de football, avec ces petits qui mangent des gros, offre une autre occasion de respirer. L'OM est éliminée en 32ème de finale de la Coupe de France par le club d'Evian-Thonon qui rassemble deux villes d'eaux de source. "Buvez, éliminés !" titre L'Equipe ce matin. L'air du temps n'est pas qu'à la violence donc... Et si vous prêtiez votre canapé ? suggère même le mensuel Marie-France... Article sur une pratique en vogue : le couchsurfing. "couch" comme "canapé" en anglais... C'est une forme d'accueil des touristes qui se développe : offrir une place dans le clic-clac du salon à des voyageurs venus parfois des antipodes. En clair, vous faites hôtel ou chambre d'hôte, mais gratuitement, en échange d'un moment de partage. Partage, échanges... A l'heure où la collocation devient un mode de vie à part entière, "Psychologies-Magazine" s'intéresse à un autre phénomène : les échanges de services et de savoirs entre inconnus. Là encore, c'est gratuit... Il existe environ 450 réseaux de ce type. De quoi s'agit-il ? Vous êtes nul en bricolage, mais béton pour rédiger un CV. Inscrivez-vous sur l'un de ces réseaux et vous trouverez un pro de la perceuse pour vous montez vos étagères en échange d'un cours de lettre de motivation. Une forme de troc des compétences. Vous trouverez tous les détails dans "Psychologies". Reste une question que je me suis posé à la lecture de cette article : et moi, qu'est-ce que je pourrais bien proposer comme compétence ?

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