Il fait la Une et suscite encore des flots de commentaires ce matin. Comment faire le tri ? Les éditoriaux d'abord, assez décevants pour la plupart, qui ne font pas beaucoup avancer la réflexion.

Yves Thréard, Le Figaro .

« Si la décision du conseil d'Etat fait jurisprudence, on pourra se réjouir de ne plus entendre sur une scène l'abjecte logorrhée du trublion. L'incendie est-il éteint pour autant ? (...) En la personne de (Manuel Valls) Dieudonné ne pouvait rêver meilleur impresario (...) La fragile victoire de Manuel Valls ne peut être saluée qu'avec des applaudissements mesurés. »

François Sergent dans Libération .

« Dieudonné est un raciste et un antisémite condamné comme tel à 7 reprises. La République doit se défendre contre ces poisons d'où qu'ils viennent (...) Faut-il pour autant interdire a priori ses spectacles. Ils risquent de faire du sinistre humoriste un martyr de la liberté (...) La réponse n'est pas que judiciaire mais politique. »

Manuel Valls héros de cette affaire, qu'on le siffle ou qu'on l'applaudisse. Approbation de Dominique Garraud dans La Charente Libre . « En quelques jours il a reçu un soutien unanime de l'opposition et il réussissait à mobiliser l'opinion et singulièrement la gauche sur le rejet de toute forme de racisme.»

Côté sifflets, L'Humanité , qui parle du pathétique bras de fer entre Manuel Valls et Dieudonné. Et dans l'éditorial, Michel Guilloux dénonce un ministre « qui se livre à un jeu dangereux, singeant les pratiques de Zébulon de Nicolas Sarkozy. Suractivité saturant les médias, roulement de muscles pour passer au dessus des médias. Aux adeptes du bras tendu, il répond par la posture du lever de menton. »

Pour l'analyse juridique, le débat se déroulera dans un instant sur France Inter (les avocats patrice Spinosi et Pierre-Olivier Sur invités après la revue de presse)

L'avocat, Richard Malka dans Libération tire une conclusion de cette affaire. « La liberté ne peut pas être absolue, les limites sont désormais posées ». Et il rappelle que jamais depuis la seconde guerre mondiale un spectacle où l'on regrette la disparition des chambres à gaz n'avait eu lieu.

La décision du conseil d'Etat hier fera-t-elle jurisprudence ?

Autrement dit, une menace de censure planerait-elle sur les humoristes et provocateurs en tous genres depuis hier ? Réponse d'un autre avocat Rodolphe Bosselut sur Atlantico. « La décision du conseil d'Etat semble être une appréciation d'espèce, dictée par un contexte, notamment médiatique, qui n'aura pas vocation à s'appliquer à d'autres cas que les spectacles de Dieudonné. Si cette décision devait avoir une postérité, on entrerait dans le pur subjectif et ce serait réellement problématique. »

On sent bien déjà à lire certains éditos que cet épisode à passé l'envie de rire de tout à certains au delà du cas de Dieudonné. « Quant aux professionnels de la dérision, écrit Dominique Quinio dans La Croix , qu'ils veuillent bien reconnaître qu'il n'est pas bon de rire de tout, qu'ils sont responsables des conséquences de leurs propos largement diffusés sur Internet, que la vulgarité salit. »

Et puis il y a les analyses avec un peu plus de recul sur le contexte dans lequel cette affaire s'est développée.

Une page d'histoire et de philosophie avec Roger Pol Droit dans Les Echos. « L'histoire du XXème siècle a montré comment des républiques s'effondrent comme des châteaux de cartes, sous les effets conjugués de crises ou d'idées meurtrières. A présent, le risque est l'abjection se démultiplient par viralisation numérique. Les garde-fous officiels, indispensables, se révèlent friables. »

« Dieudonné pourquoi ça marche ? » se demande Marianne ? « Les spectacles de Dieudonné concentraient toutes les démagogies, l'hostilité à la laïcité républicaine, traitée en idéologie coloniale persécutant les musulmans, comme l'antisionisme, vite mué en antisémitisme. Sur cette base, il trouvait sans trop de mal des cautions bien installées dans le système, artistes de variété, animateurs de télévision et sportifs professionnels. »

Pour l'historien Pascal Blanchard, dans L'Opinion , le succès de Dieudonné c'est le résultat d'une absence de politique d'intégration. « Nous avons en France, en intégrant les pieds noirs, au moins 15 millions de personnes qui ont au moins un de leurs grands parents né hors de l'hexagone, qui ont un rapport fort à l’intégration. Cela représente 25% de la population. (…) On paye notre incapacité d'empêcher que ces gamins qui vont le voir sur Internet aient le sentiment de voir quelqu'un qui leur parle de leur exclusion au sein de la République. »

On terminera avec l'édito du Parisien-Aujourd’hui en France qui s'interroge sur ce débat qui occupe très largement les médias et le milieu politique depuis plus de deux semaines. « Incroyable situation, écrit Thierry Borsa, qui fait d'un saltimbanque en pleine dérive idéologique le centre de gravité autour duquel notre société devrait se déterminer jusqu'à se diviser. »

Mais il conclut

« Ce n'est pas jouer le jeu de Dieudonné que de parler du trouble qu'il provoque en France. Ce n'est pas lui accorder trop de place que de dire qui il est vraiment et quels peuvent être ses véritables desseins. Et il faut admettre que le droit, né des préoccupations morales de notre société, doit savoir évoluer pour toujours préserver nos valeurs universelles. »

Dans la presse également, un hebdo people au cœur de l'actualité

A la Une de Closer , « Exclusif, François Hollande et Julie Gayet l'amour secret du président ». Dans cette affaire aussi, le traitement médiatique va être scruté à la loupe.

Pourquoi parler d'une rumeur et d'une affaire privée ?

Rumeur ou pas que ce dossier de 7 pages de Closer ? Il n'y a pas de preuve irréfutable. Les photos montrent un homme caché par un casque de scooter qui entre et sort d'un appartement parisien. Pour étayer leur article, les journalistes montrent le visage d'un garde du corps qui accompagne le motard. Et font un parallèle entre les chaussures de l'homme sur le scooter et celles que porte François Hollande dans d'autres circonstances.

Le texte est plus étayé, des dates, des lieux précis, des scénarii.

Vie privée que tout cela. On rappellera tout de même l'impact public de certaines affaires privées sur l'image de présidents récents, leur action ou les finances publiques. Des démêlés entre Nicolas et Cécilia Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007 à son mariage à l'Elysée jusqu'à la double vie de François Mitterrand et la petite fille devenue grande née de ces amours clandestines.

Et une rencontre au sommet pour finir

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desports © Radio France

Le nouveau numéro de la revue Desports est en librairie. « Desports , le premier magazine de sports qui se lit avec un marque page » dit le slogan. Parce qu'il mêle sport et histoire, culture et littérature.

La rencontre au sommet qui clôt ce numéro 3 c'est celle entre Mohamed Ali et Fidel Castro en 1996 à la Havane. Elle est racontée par l'écrivain américain Gay Talese. On attend un numéro flamboyant de cette rencontre entre deux monstres. Et c'est en fait un dialogue impossible entre un homme qui a la maladie de Parkinson, le boxeur Ali et un dictateur qui ne sait pas quoi dire ni faire.

Réception, invités, on attend Castro. Il arrive. « Il se précipite les bras tendus pour étreindre Ali (...) ‘’Je suis très très heureux de vous voir’’ ». Et il attend une réponse. Mais Ali ne dit rien. « Il a sur le visage cette expression fixe et paisible due à sa maladie. »

Castro en est réduit à parler de la pluie et du beau temps avec la femme du boxeur. Ali fait un petit tour en magie avec un pouce en caoutchouc qu'il remet à Castro.

Après une non-conversation interminable, Ali et son épouse Yolanda quittent Castro. « L’ascenseur arrive et les gardes de sécurité ouvrent les portes. Castro leur souhaite un dernier adieu en leur donnant une poignée de main. Et, à ce moment là seulement, il réalise qu’il a dans la main le pouce en caoutchouc d’Ali. (…) Avant que la porte se referme, Castro sourit et leur fait au revoir de la main, tout en examinant avec attention le pouce en caoutchouc. Puis il le glisse dans sa poche. »

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