Bonjour... La télé, y a pas à dire, ça vous remue une opinion... La preuve : ce matin, vos journaux n'en ont, ou presque, que pour Patrick Poivre d'Arvor et Ségolène Royal... L'un présente son dernier journal de 20 heures sur TF1 ce soir... L'autre regarde les vagues qu'elle a provoquées après son intervention, mardi soir, dans le journal de France 2... Et évidemment, ces deux icônes médiatiques ont leurs partisans et leurs opposants... A tout seigneur du petit écran, tout honneur : commençons par Poivre... "Madame, Monsieur, au revoir", dira-t-il peut-être, comme le suggère France-Soir... "Que retiendra le public de cette longévité ?, se demande Le Parisien-Aujourd'hui en France... l'impertinence du journaliste, qui trouvait Nicolas Sarkozy 'excité comme un petit garçon', peu après son accession à l'Elysée ?... ses casseroles (la fausse interview de Fidel Castro, l'affaire Botton) ?... ou ses coups d'éclat et son oeil qui frisait encore lors de l'édition spéciale improvisée pour la libération d'Ingrid Betancourt, le 2 juillet ?"... En tout cas, "PPDA s'en va et la France s'émeut", dit Marie-Louise Roubaud dans La Dépêche du Midi... "Ce qu'on aimait en lui, et qu'on aime toujours, c'est son côté grand seigneur et gentleman... un brin condescendant, un brin ironique, un brin dandy, un brin romantique : le tout formait un cocktail séduisant et racé"... Marie-Louise Roubaud est elle aussi tombée sous le charme... Mais, dit-elle, "c'est une étrange ironie que le journaliste, dont on a tant critiqué le côté politiquement correct, se retrouve mis au ban de TF1 pour s'être jeté dans l'arène et avoir implicitement critiqué l'attitude du chef de l'Etat"... A rapprocher du dessin de Ranson, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France : Sarko regarde Poivre à la télé et dit : "Le petit garçon te souhaite une bonne retraite, papy"... Denis Daumin est beaucoup moins gentil, dans La Nouvelle République... "Le voici drapé dans sa disgrâce et une dignitée lavée de frais, qui fait oublier les écarts, les bidonnages et les excès au temps où la gloire le grisait encore... Ce ne sera pas 'préparez vos mouchoirs', dit Denis Daumin... Il n'y aura pas de neige à l'écran à l'instant de son départ... N'exagérons rien : la Terre ne cessera pas de tourner, aussi mal partie soit-elle"... Comme le dit l'intéressé : "La vie est aussi ailleurs"... Poivre d'Arvor sera tout à l'heure, à 9 heures et demie, l'invité de France Inter... la station où il a débuté... A propos d'icône médiatique, Carla Bruni est dans tous vos journaux, à l'occasion de la sortie de son troisième album... Mais c'est dans le journal gratuit Métro qu'elle est la plus drôle... "Je crois qu'il faut que j'arrête la bière, dit-elle... Si j'ai pris du ventre, c'est uniquement parce qu'il m'arrive de boire une bière... Certes, j'aimerais bien être enceinte, mais je ne le suis pas... Si je l'étais, je ne fumerais pas"... Mais la femme médiatique qui fait des vagues, c'est bien Ségolène... Après ses attaques contre "le clan Sarkozy", on s'attendait à ce que Le Figaro ne lui fasse pas de cadeau... "Attention : Boulognegate !", s'écrie Paul-Henri du Limbert, qui fait le parallèle avec le Watergate... "En ce début de vacances estivales, on est prié de s'intéresser à un scandale peut-être aussi explosif que la pose de micros dans l'immeuble du Parti Démocrate à Washington, en 1972... Quelqu'un a 'mis à sac' l'appartement de Ségolène Royal à Boulogne-Billancourt... Le cambrioleur en chef ?... Nicolas Sarkozy, bien sûr... Pourquoi ?... Parce que, qui voulez-vous que ce soit d'autre ?... Il y a un peu de François Mitterrand chez Ségolène Royal, dit l'éditorialiste du Figaro... Elle sait que pour exister dans les moments difficiles, pratiquer l'outrance peut être utile"... Mais si l'attaque du Figaro paraît politiquement logique, on s'attendait moins à celle de Libération, qui titre sur "la gaffitude", au-dessus d'une photo pas très flatteuse de Ségolène... "La gaffitude" : allusion à "la bravitude", néologisme dont Ségolène Royal avait usé sur la Muraille de Chine... une attitude de Libération qui résume bien l'embarras à gauche face aux accusations... Et Laurent Joffrin pose la question : "Que dire pour défendre Ségolène Royal ?"... Réponse : "Rien... On cherche vainement une raison qui pourrait justifier un tant soit peu les accusations à peine voilées qu'elle a portées mardi soir contre 'le clan Sarkozy'... Rien dans l'enquête, rien dans l'appartement mis à sac, rien dans les milieux judiciaires... Une hypothèse fondée sur une supposition, montée en soufflé dans un '20 Heures'"... Et Joffrin enfonce le clou : "C'est un 'J'accuse' écrit sur du vent"... Au moins deux éditorialistes se demandent "quelle mouche du marais poitevin a donc piqué Ségolène Royal ?" : Guilhem Beauquier dans L'Union-L'Ardennais, et Philippe Palat dans Le Midi Libre... "Les méchantes langues (il y en a au PS) disent que voir Ingrid Betancourt, tout de blanc vêtue, transfigurée en Jeanne d'Arc à sa place, l'a rendue folle de rage... D'autres affirment qu'elle vient seulement de comprendre qu'elle avait perdu l'élection de l'an dernier... La vérité est moins drôle mais plus simple, selon Guilhem Beauquier : dans les sondages, Madame Royal arrive désormais derrière Bertrand Delanoë, et même derrière Martine Aubry dans certaines enquêtes... On comprend, dès lors, qu'elle veuille exister à tout prix"... "Dans le paysage politique français, dit Dominique Garraud, de La Charente Libre, la tactique de l'outrance n'est pas une nouveauté... François Mitterrand, puis Nicolas Sarkozy, l'ont expérimentée avec un certain succès... Mais l'outrance est une arme dangereuse, à manier avec une grande dextérité"... Chantal Didier, dans L'Est Républicain, est l'une des rares à la défendre... "La présidente de Poitou-Charentes s'aventure sur ces chemins risqués avec calcul plus qu'insouciance... Dans la perspective du congrès socialiste de cet automne, il lui faut apparaître comme l'opposante la plus déterminée au chef de l'Etat... Sa nature l'y incite, sa baisse de popularité dans les sondages l'y invite"... Mais la conclusion de Laurent Joffrin est terrible... "La sagesse commune dit qu'on se pose en s'opposant... Mais on s'oppose pas en gaffant"... Les journaux parlent aussi de supplice chinois... Oui, le bon vieux supplice chinois, dont parle Patrice Chabanet dans Le Journal de la Haute-Marne, c'est celui qu'inflige Pékin à la France... "des petites gouttes d'humiliation bien dosée... C'est d'abord, explique Patrice Chabanet, Nicolas Sarkozy qui annonce finalement sa présence aux cérémonies d'ouverture des JO... C'est ensuite l'ambassadeur de Chine qui met en garde le chef de l'Etat contre une éventuelle rencontre avec le Dalaï Lama... C'est enfin ledit ambassadeur qui, convoqué par le Quai d'Orsay, réitère sa prise de position... Si ce n'est pas un bras d'honneur, cela y ressemble beaucoup"... "Tout ça pour ça !", s'étonne Jacques Camus, dans La République du Centre... "Tout ce tintouin autour d'un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux pour en arriver là !... Ce n'était vraiment pas la peine de prétendre amadouer le dragon chinois, de jouer les défenseurs intransigeants des droits de l'homme... On n'ira pas jusqu'à évoquer un esprit munichois, écrit Jacques Camus, mais la France aura quand même, en la circonstance, perdu sur tous les tableaux"... Et Bernard Revel reprend, dans L'Indépendant du Midi : "Si l'on en croit un sondage réalisé sur Internet, plus de 80% des Chinois interrogés souhaitent que Sarkozy ne vienne pas à Pékin... C'est dire le sacrifice qu'il fait en y allant malgré tout, au nom de l'Europe... Jamais contents, ces Chinois !... Les voilà qui veulent maintenant faire la loi à Paris... On se demande à quoi ça sert d'aller à Pékin"... François-Régis Hutin a beau s'indigner, dans Ouest-France... "Depuis quand un ambassadeur d'un pays étranger à Paris peut-il se permettre de donner un conseil menaçant au Président de la République française ?... C'est bien la première fois qu'un tel fait, assimilable à une insulte, se produit"... Et l'éditorialiste de Ouest-France en tire la leçon : "Cela démontre tout simplement que vouloir se concilier la Chine par un tel geste n'apporte rien : plus on semble adhérer à son désir, plus la Chine en rajoute, jusqu'à se permettre de vouloir imposer sa volonté"... Je laisse à Francis Brochet la conclusion, dans Le Progrès : "Le Yang Tsé-Kiang n'est pas un long fleuve tranquille"... Encore deux mots sur Ingrid Betancourt... Un très bel article d'une ex-otage rencontrant une ex-otage : Florence Aubenas... Florence Aubenas a vu "Ingrid en apesanteur", dans Le Nouvel Observateur... Elle a suivi "les premiers pas de femme libre"... Et elles parlent de leur rencontre... Ingrid lui dit : "J'ai suivi votre libération à la radio, pendant que j'étais encore là-bas... Je me suis sentie très très contente"... Je m'entends lui répondre : "Votre libération aussi m'a beaucoup"... Et commence un invraisemblable assaut d'amabilités entre ex-otages... "Ca a dû être terrible"... "Non, je vous assure, pas tant que pour vous"... Et Florence Aubenas écrit : "Nous nous serrons la main sans nous quitter des yeux, avec la sensation de vivre une scène cocasse et absurde, à laquelle pourtant aucune de nous n'arrive à échapper"...

Denis ASTAGNEAU

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