C’est une conversion téléphonique entre une étudiante et son directeur de thèse. Ça se passe à l’Université de Lyon II, et voilà ce que dit le professeur à la jeune fille, alors qu’ils parlent de leur prochain rendez-vous. "Et faites comme d’habitude, il faut que vous soyez élégante !"

Silence gêné au bout du fil. "Non mais c’est important, ça fait partie des règles du jeu." Puis, lors du rendez-vous, aux dires de la doctorante, l’homme lui aurait d’abord caressé l’épaule, puis collé sa jambe à la sienne, avant de lui conseiller la lecture d’un roman consacré à la sexualité dans le couple.  

C’est Maïté Darnault qui raconte dans Libération, et précise que le professeur a été sanctionné par l’université. Pas de salaire pendant un an, et interdiction d’exercer. Il a fait appel. Il réfute les accusations de harcèlement sexuel, et c’est ce mardi que son cas sera réexaminé. En temps normal, ce genre d’histoire ne se retrouve pas dans les journaux. Les cas sont fréquents, nous dit-on, mais on n’en parle pas – mauvaise publicité.

Or là, la présidence de Lyon II – par la voix de l’un de ses vice-présidents – a choisi de briser l’omerta.

Ce qui donne une mauvaise image, ce n’est pas qu’il y ait un professeur harceleur, mais que la fac ne fasse rien.

"Mieux vaut sanctionner l’un de nos membres, plutôt que de taire le fait que pendant des années, un collègue a eu des comportements inappropriés."

De son côté, l’étudiante dit aujourd’hui qu’elle veut juste terminer paisiblement sa thèse, mais elle a, malgré tout, décider de porter plainte, afin d’éviter qu’il y ait d’autres victimes. Certains penseront sans doute que c’est exagéré ; une plainte pour des caresses et pour des allusions grivoises. Mais, en l’occurrence, la jeune fille n’avait pas fait savoir qu’elle souhaitait être "importunée".

Ce matin, Mediapart rapporte d’autres histoires. Luc Besson se trouve mis en cause. Le réalisateur est visé par de nouvelles plaintes. Quatre femmes l’accusent d’agressions sexuelles. C’est une longue enquête qu’ont menée les journalistes du site. Une enquête patiente et documentée. Des rencontres, nombreuses, et des femmes qui disent leur peur de témoigner. Mais elles le font tout de même, et ce qu’elles racontent est sidérant.

L’une d’elle travaillait avec lui sur des castings. Je la cite. "Fréquemment, Luc Besson me demandait, en présence du technicien, de lui faire une fellation, ce que je refusais systématiquement. Il me prenait aussi souvent sur ses genoux, et chaque fois que nous prenions l’ascenseur ensemble, il m’embrassait de force, me mettant sa langue dans la bouche, et bien que je le repousse, il me prenait dans ses bras et me touchait les mains et les fesses…" Une actrice raconte un rendez-vous dans son bureau.

Luc Besson n’a même pas terminé de fermer la porte qu’il s’est jeté sur moi, pour me toucher et m’embrasser.

Elle dit alors qu’elle s’est laissée tomber au sol, puis qu’à quatre pattes, elle a été jusqu’à la porte pour sortir en courant. Elle n’a pas eu le rôle pour lequel elle postulait, et parle d’un épisode "traumatisant".

Cela dit, le récit le plus dur est celui que livre l’actrice Sand Van Roy

Elle évoque une relation totalement sous emprise, assume que Luc Besson l’obligeait à avoir des relations sexuelles très violentes… Elle est la première à avoir osé porter plainte. Et c’est grâce à elle que les autres, disent-elles, ont décidé de raconter, à leur tour, ce qui s’était passé. Certains, cela étant, prennent la défense du producteur. Certes, confient-ils en substance, Luc Besson a l’habitude de faire assoir les femmes sur ses genoux, mais il fait comme un gros nounours qui aime les câlins. Le nounours n’a pas répondu aux demandes d’interview de Mediapart. Il y a fort à parier que l’enquête fera parler.

Mais aujourd’hui, c’est un autre sujet qui fait parler : la demi-finale de la Coupe du monde de football

Et c’est le sujet à la une de quasiment tous les journaux, qui rivalisent d’inventivité pour les titres. Certains font dans la sobriété : "Objectif finale", dans Midi Libre et L’Ardennais… D’autres font dans la poésie : "Anges Bleus contre Diables rouges", titre Le Courrier de l'Ouest, "Diables rouges ou paradis bleu", titre La Nouvelle République… Et puis il y en a qui font dans le trait d’esprit : "Une place en finale sans blague", espère L'Indépendant"Ce soir, il faudra avoir la frite", s’amuse Libération Champagne, tandis que L’Équipe nous offre un "France-Belgique, une fois"

Tout le monde y va de son récit. Dans Le Courrier picard, on nous raconte l’histoire d’un couple franco-belge. Elle est belge et il est français. Pour éviter de se disputer ce soir, ils verront le match séparément… Dans La Croix, on nous explique comment les Bleus ont réussi à reconquérir le cœur des Français ces dernières semaines… Et, dans Le Monde, on lit même que depuis vingt ans, et la victoire de l’équipe de France en 1998, "le foot est passé, chez les intellectuels, du statut de passion vaguement honteuse à celui d’objet d’étude fréquentable". Selon un historien, je cite, "avant, l’amour du rugby servait à la bourgeoisie française diplômée à montrer sa différence par rapport au commun des mortels qui, lui, s’intéressait au foot !" Or, désormais, tout le monde s’y intéresse, enfin quasi tout le monde, le foot drainant de l’émotion, une grande émotion collective, et celle-ci contagieuse, assure un psychologue dans Le Parisien. Le Parisien qui promet une rencontre "inoubliable"… 

Mais dans la presse belge, on a, bien sûr, aussi l’espoir de l’emporter. Et, ce matin, on met en avant une statistique : toutes les équipes qui, ces dernières années – en l’occurrence depuis 1990, ont battu le Brésil lors d’un match de la Coupe du monde, ont par la suite atteint la finale. La Belgique a battu le Brésil. On peut donc s’inquiéter un peu. Et puis sourire aussi, avec le réjouissant lexique que propose, à notre attention, le site du quotidien belge Le Soir : "25 expressions footballistiques que seuls les Belges comprennent." On apprend que "la latte", c’est la barre transversale. "Le grand rectangle", c’est la surface de réparation. "Un coup de coin", c’est un corner. "Tirer sur le piquet", c’est tirer sur le poteau. "Jouer comme des klettes", c’est jouer comme des pieds. Et, à l’issue du match, quand on va boire un coup, on dit qu’on va "squetter une bière"

Ce que fera peut-être le chef de l’Etat, qui fera le déplacement ce soir à Saint-Pétersbourg

Emmanuel Macron, dont il est également question dans les journaux. Les journaux reviennent sur son discours d’hier au Congrès de Versailles. Le chef de l’Etat a défendu son action, et tenté par ailleurs de répondre aux critiques sur "le président des riches", mais à lire les éditoriaux, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait convaincu la presse. La tonalité générale est celle de l’édito de Denis Jeambar dans Nice Matin. Il se fait très sévère : "Les sondages disent que les Français comment à se lasser du chef de l'Etat. Il n'est pas sûr que son discours les fasse changer d'avis."

On parle également de la Grande-Bretagne dans les journaux. "Theresa May déstabilisée par la révolte des pro-Brexit", titre ainsi Le Figaro. Les départs fracassants des ministres Boris Johnson et David Davis mettent en pièce le projet de compromis sur le Brexit porté par la Première ministre britannique. 

De son côté, Le Monde, revient sur l’accord conclu entre l’Erythrée et l’Ethiopie. Un accord "historique" : on va vers la fin de la guerre.

Et puis, pour finir, une question. Pourquoi l’eau de mer est-elle orange en Bretagne ? C’est à lire dans Le Parisien. Petit vent de panique samedi dernier sur trois plage du Finistère Sud : une marée couleur rouille pendant plusieurs heures. Mais comme l’avait fait déjà Le Télégramme, le journal se fait rassurant : il ne s’agit pas de pollution, c’est l’effet d’une micro-algue, la Noctiluca scintillans, un plancton qui ne dégage aucune toxine. Par précaution, les autorités locales ont tout de même conseillé aux touristes de bien se rincer après leur baignade – certains avaient fait part de démangeaisons… De l’eau orange, une mer orange, des plages orange durant quelques heures en Bretagne. Hier, l’info faisait sourire Alain Rémond, le billettiste de La Croix… Il y voyait la vérification du vers énigmatique de Paul Eluard, "La terre est bleue comme une orange", écrivait le poète… En cas de victoire de la France ce soir, on imagine que certains écrirons que la terre est devenue "bleue, blanche, rouge".

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