C’est une triste histoire que l’on découvre dans LE PROGRÈS. Triste, car elle nous donne à voir deux violences, deux monstruosités : celle d’un couple du Rhône, des amateurs de safaris, et celle des réseaux sociaux. La haine sur Internet - on en parle beaucoup en ce moment ; nous en avons là une parfaite illustration.

Un couple épinglé sur les réseaux sociaux après la publication de photos de chasse
Un couple épinglé sur les réseaux sociaux après la publication de photos de chasse © Getty / Image Source

Ils s'appellent Jacques et Martine. Le quotidien nous donne également leur nom de famille, mais ici, nous nous contenterons de leurs prénoms. Jusqu’à hier, Jacques et Martine dirigeaient le Super U du Pays de l’Arbresle, au nord-ouest de Lyon, et l'une de leurs passions, c’est la chasse aux grands animaux sauvages d'Afrique. Depuis le milieu de la semaine dernière, des dizaines de photos de leurs vacances de 2015 circulaient sur internet. Des photos issues d'un site dédié à la chasse, photos où ils se mettent en scène devant les dépouilles des bêtes qu’ils viennent d’abattre. 

Tout sourire, fusil dans la main, Jacques et Martine prennent la pose devant le cadavre d'un crocodile, d'un hippopotame, d'un zèbre, d'un léopard, d'un lion

La « chasse aux trophées », cela s’appelle : tuer pour le plaisir de tuer des animaux qui, pourtant, ne nous menacent pas. On peut, sans trop se risquer, parler de monstruosité, même s'il agit d'un passe-temps parfaitement légal dans une vingtaine de pays africains. De nombreuses agences de voyage sont même spécialisées dans ce type de séjour. Mais jetées en pâtures sur les réseaux sociaux, ces photos ont provoqué des torrents, des déluges de réactions indignées, allant jusqu’à l’insulte et même la menace. Des centaines, des milliers de messages les traitant d’ordures, de raclures et, certains appelant au boycott de leur magasin, voire au boycott de l’enseigne, d’autres appelant même quasiment au meurtre. Et donc, là également, je pense que l’on peut parler de monstruosité. 

« Un couple de L’Arbresle lynché sur internet », titre à sa Une LE PROGRÈS, qui nous livre les derniers détails de l’histoire : la direction de Super U qui, face à la polémique, se désolidarise du couple de gérants, puis l’annonce du départ de Jacques et Martine. 

Ils ont quitté leur magasin hier soir, ils ont rendus les armes et seront bientôt remplacés par de nouveaux gérants

Certains se sont réjouis. Il n’empêche. Tout est triste ici, si ce n’est peut-être que tuer des animaux d’Afrique n’est plus un plaisir acceptable pour l’opinion publique.

Cela dit, c’est un autre homme qui, ce matin, fait la Une de presque tous les journaux. Un homme d’ailleurs habitué au lynchage. Il s’agit bien évidemment de Bernard Tapie, relaxé hier dans l’affaire de l’arbitrage controversé sur la vente d’Adidas, un arbitrage qui lui avait octroyé 403 millions d’euros en 2008. L’ancien ministre était jugé pour « escroquerie en bande organisée », et le parquet avait requis 5 ans de prison ferme… « Arbitrage Tapie : une relaxe surprise », titrent LES ECHOS. « Une relaxe après 25 ans de procédure » précise LE FIGARO, tandis que LIBÉRATION fait du LIBÉRATION… 

« Tapie fait de la résistance »

De son côté, L’HUMANITE  évoque « un nanar judiciaire » et, finalement, c’est bien la justice qui en prend pour son grade ce matin dans les éditoriaux. Pour preuve, l’étonnement de Bernard Stéphan dans LA MONTAGNE. 

La justice pénale vient de laver de tout soupçon Bernard Tapie quand, il y a quelque temps, la justice civile l’avait condamné (sans appel) à rembourser 403 millions d’euros.

Patrice Chabanet abonde dans LE JOURNAL DE LA HAUTE MARNE.

Qu’on l’aime ou bien qu’on le haïsse, sa victoire judiciaire d’hier laisse pantois... 

Dans L’OPINION, c’est Nicolas Beytout qui s’agace. 

Justice civile, pénale, commerciale, justice en première instance, en appel et en cassation, ce sont tous les rouages de l’institution judiciaire qui ont été mobilisés, et ce, pour aboutir à la plus totale incohérence.

_« Le parquet se prend les pieds dans le Tapie »_résume LIBÉRATION, alors que LE PARISIEN indique que Tapie est, certes, "sauvé" mais également "ruiné" - du moins en théorie, car malgré sa relaxe, il doit encore rembourser le magot, lequel, avec les intérêts, s’élèverait, d’après les calculs du journal, à 530 millions d’euros. Il n’en a, pour l’heure, pas rendu un centime.

Les journaux évoquent donc la victoire d'un homme, et ils soulignent la réussite de son avocat.

« Me Temine, l'avocat stratège qui a arraché la relaxe de Tapie »

Savoureux portrait d'Hervé Temine dans LE FIGARO. Né en 1957 à Alger d’un brillant médecin prématurément disparu, et, dit-il lui-même, d’une « mère juive fantastique », il quitte sa terre natale en 1962. Le jeune Hervé est élevé par « des femmes qui l’adorent à l’orientale » : sa mère, qui a peur que son grand garçon se fasse mal au dos quand il achète toute la presse du weekend, et sa grand-mère qui ne comprend pas qu’on invite à la télévision un certain Robert Badinter plus souvent que son petit-fils qui vient d’être reçu au barreau… Une surabondance d’amour qui donne au bon élève une assurance que d’autres ne connaîtront jamais. Et c’est cette assurance qu’on nous dépeint ici, comme le grand moment d’éloquence qu’a constitué sa plaidoirie le 4 avril. Elle commençait ainsi.

Bernard Tapie n’a commis aucune faute pénale. Ce n’est pas un escroc, il n’a pas détourné de fond publics, je vais vous le démontrer.

Et l’avocat a donc convaincu.

La ministre de la Santé veut également convaincre : convaincre que l’homéopathie ne soigne pas. Grande photo d’Agnès Buzyn à la Une du PARISIEN.

Homéopathie : « Fin du remboursement le 1er janvier 2021 »

Le titre est une citation. Déremboursement, donc, des produits homéopathiques, dont la science n’a pas pu prouver le réel intérêt. D'après une évaluation indépendante de la Haute Autorité de Santé, les granules ont une efficacité équivalente à un placebo.

Dans LA CROIX, c’est de la ministre des Armées qu’il est question : Florence Parly, qui sera auditionnée ce mercredi par l’Assemblée nationale sur les exportations d’armement de la France. « Ventes d’arme : jusqu’où la transparence ? » s’interroge le quotidien, qui précise que dans l’Hexagone, le contrôle parlementaire reste faible, au regard, notamment, des Etats-Unis. 

Du côté de la presse régionale, LA PROVENCE nous raconte comment la police marseillaise a vraisemblablement réussi à déjouer un assassinat à la Kalachnikov… LA PRESSE DE LA MANCHE s’intéresse aux seniors et aux vertus de la colocation passés 60 ans… LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE, s’inquiète des algues bleues qui polluent par endroits la Loire - un chien est mort en buvant l’eau… Quant à L’ALSACE, elle se réjouit de voir débarquer pour deux jours le Tour de de France. C’est toujours le Français Julian Alaphilippe qui porte le maillot jaune. Dans L’EQUIPE, il raconte le plaisir que fut pour lui l’étape d’hier, la première avec ledit maillot. Jamais il n’a reçu autant d’encouragements. Il jubile de cette nouvelle popularité. 

Enfin, dans NICE MATIN, on nous parle d'une chanson qui, peut-être, sera, elle aussi, bientôt populaire. 

Un hymne pour les défenseurs des cigales

Cette chanson, on la doit au groupe toulonnais Aïoli… Elle raconte le Sud, où il arrive que des touristes se plaignent du chant des cigales.  Il en est même, paraît-il, qui, pour les faire taire, pulvérisent des insecticides… Et c’est à ces touristes que s’adresse cette chanson dont le propos se résume avec cette phrase du refrain : "Touche pas aux cigales, sinon tu prendras une mandale !" Certains penseront peut-être que cet appel à la violence est monstrueux, mais donc pour répondre à une autre violence... Respectons les cigales, autant que les animaux d'Afrique.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.