Ainsi donc, le corbeau de l'affaire Clearstream, ce serait bel et bien Jean-Louis Gergorin... Je dis "bel et bien", parce que l'hypothèse a déjà été émise, ici ou là, concernant le numéro 2 d'EADS... Un proche de Dominique de Villepin... Mais cette fois, "Le Canard Enchaîné" l'affirme : c'est lui. Plus précisement, il serait l'auteur de la première lettre anonyme adressée au juge Van Ruymbeke... Oui, la première, car il y aurait peut-être plusieurs corbeaux... On y reviendra. En attendant, ce qui a mis la puce à l'oreille des journalistes du "Canard", c'est que le 20 avril 2004, Gergorin a rencontré, en secret, le juge Van Ruymbeke, quelques jours avant l'envoi de cette lettre.... Tiens donc. Et du reste, le magistrat confirme cette entrevue... Un juge plutôt amer, qui déclare au "Canard" : "Le vice-président d'EADS avait des révélations à me faire sur l'affaire des frégates de Taïwan... Il craignait pour sa vie, dans un dossier jalonné de morts... Mais je comprends aujourd'hui à quel point j'ai été instrumentalisé. Fort heureusement, ajoute le juge, j'ai déjoué le piège qui m'était tendu. Mais tout cela me met très en colère." De fait, le jour où Gergorin a rencontré le magistrat, il lui a révélé des informations qui allaient ensuite se retrouver dans la lettre anonyme. Et ces informations, eh bien, ce sont des listings d'industriels ou de responsables du renseignement qui auraient touché des commissions occultes lors de la vente des frégates... Sommes qui auraient transité sur des comptes de la banque luxembourgeoise Clearstream. A l'époque, il n'est pas question d'hommes politiques, mais, comme le dit "Le Canard Enchaîné", c'est la que l'affaire Clearstream commence. Alors pourquoi une lettre anonyme maintenant ?... Eh bien, parce que Gergorin, qui, rappelons-le, craignait pour sa vie, ne voulait pas laisser de trace de son entrevue avec le juge... Donc pas de déposition... Mais tout de même un document... Une lettre, sans signature...La stratégie bien connue : celle du corbeau... Alors, un ou plusieurs corbeaux, précisément ? La question vaut d'être posée, puisque, les 9 et 14 juin, deux autres missives sont envoyées, mais cette fois des noms d'hommes politiques sont cités... Dont celui de Nicolas Sarkozy... Le détail qui change tout, commente "Le Canard Enchaîné"... Oui... A partir de ce moment-là...Il y a donc deux ans... La véritable affaire Clearstream commence. De son côté, "Le Parisien" s'intéresse aux écoutes du téléphone de la femme de l'informaticien Imad Lahoud, autre personnage-clé de l'affaire Clearstream. Soupçonné lui aussi d'être le corbeau, le téléphone de son épouse était donc branché, comme on dit... Et ainsi, entre le 26 avril et le 6 mai 2005, les enquêteurs, révèle "Le Parisien", ont relevé 12 conversations pouvant intéresser le dossier, et ont donc consigné les textes de ces appels. Précisons que Madame Lahoud était à l'époque conseillère auprès d'Eric Woerth, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat. Et ce dernier lui demande : "Qui est ce Gergorin ?... Est-ce que cela a à voir avec Sarkozy ?"... "Oui", aurait-elle répondu, avant de raconter à son mari que Sarkozy s'était engueulé avec Villepin... Information qu'elle tenait d'Eric Woerth. Le même jour, un informateur appelle Madame Lahoud et lui dit : "L'Elysée est prévenu... Derrière tout cela, il y a des luttes politiques considérables... Il ne faut pas surréagir, la protection est totale". Alors, de quelle protection s'agit-il ?... En tout cas, la phrase, énigmatique, en dit long sur la façon dont l'affaire Clearstream était surveillée à la loupe jusqu'à l'Elysée, commente "Le Parisien". Quant aux conversations téléphoniques de Jean-Louis Gergorin... Là, les policiers s'arrachent les cheveux, car "l'écouté" parle en code... Lorsque, le 28 avril 2005, il évoque l'affaire avec sa fille, par exemple, il dit : "Caligula est en action"... Alors sa fille lui demande : "Tu prépares tes ripostes face à Célestin ?"... Puis le 2 mai, Gergorin rappelle... Toujours sa fille... Et lui dit : "Célestin perd la boule... Il faut être serein et très prudent"... Il lui demande ensuite si elle a lu l'article sur "Père Noël". Reste à savoir qui Gergorin désigne sous ces pseudos... Précisément, on ne le sait pas. Voilà. Sachez que Jean-Louis Gergorin dément l'information du "Canard Enchaîné", selon laquelle il aurait rencontré le juge Van Ruymbeke... Tout comme l'entourage de Jacques Chirac dément cette autre information, donnée par le même hebdomadaire... Information selon laquelle Jacques Chirac disposait d'une somme de 300 millions de francs au Japon. "Encore une bombe, cachée jusqu'à présent, dans la déposition de Rondot", commente "Le Canard". Cette somme, elle aurait été versée sur le compte, au cours des dernières années, par une mystérieuse fondation culturelle... Mais à quel titre une telle fondation lui aurait-elle versé des honoraires d'une telle importance ?... Et de quelle fondation s'agit-il ?... Là non plus, on ne le sait pas... La curiosité des juges se portant, en ce moment, sur les vrais-faux comptes de Clearstream, explique "Le Canard Enchaîné". J'en termine avec les révélations de l'hebdo sur la phrase qu'il prête au Président de la République... Elle aurait été dimanche, devant quelques visiteurs, comme un signal d'alarme : "Si on continue à s'enfoncer dans la merde, la fin du quinquennat pourrait être compromise... Mais ce n'est pas facile d'écarter Dominique", aurait dit Jacques Chirac. Pourtant, dans un régime normalement constitué, un Premier ministre normalement constitué aurait remis sa démission à un Président qui, normalement constitué, l'aurait acceptée, commente "Le Canard Enchaîné", qui rappelle que dans son livre désormais célèbre : "La Tragédie du Président", Franz-Olivier Giesbert écrit qu'en 1997, au lendemain de la dissolution de l'Assemblée, Dominique de Villepin a dit à l'auteur : "Le Président ne peut pas me virer... Il m'a introduit dans le saint des saints... Je sais beaucoup de choses... A l'extérieur de son système, je deviendrais une bombe à retardement". 10 mai 2006 : une date pour l'Histoire... C'est la première Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage... L'événement est d'importance... Il trouve donc un large écho dans la presse ce matin... Sous le titre : "Le premier 10 Mai", dans "Libération"... "La France s'essaie à célébrer l'abolition de l'esclavage", titre de son côté "Le Figaro" qui, cela dit, ne met pas l'information en Une... "L'Humanité", en revanche, lui consacre une large partie de son édition, avec 12 pages... Alors que "La Croix" aborde le sujet sous l'angle : "Les nouveaux esclaves". "Certes, la France commémore l'abolition de l'esclavage, commente ce journal, mais partout dans le monde, l'exploitation des êtres humains persiste, par la survivance de traditions ou le développement de réseaux mafieux". "La repentance ne suffit donc pas, écrit Dominique Quinio... Parce qu'il y a une manière moderne de perpétuer l'esclavage. En ne permettant pas le développement des pays les plus pauvres, en acceptant le travail clandestin de migrants exploités, en étant client de réseaux de prostitution, en manquant de vigilance sur les modes de fabrication de certains objets de consommation, on se rend complice. Alors, en mémoire des esclaves du passé, en hommage à leurs souffrances, il faut s'attaquer aux esclavages modernes". "Liaisons dangereuses", je ne sais pas, mais en tout cas "relations ambiguës"... C'est ainsi que les définit "Télérama", qui en fait son dossier principal et sa Une, avec en titre cette question, sous forme de voeu, voire de supplique : "A quand le divorce ?". En effet, explique l'hebdomadaire, les frontières entre le pouvoir et les grandes chaînes n'ont jamais été aussi floues... A l'image des couples très médiatiques, Schoenberg-Borloo ou Kouchner-Ockrent. Quand vie privée et vie professionnelle finissent par se confondre, ce sont l'indépendance et la crédibilité de l'info qui sont en péril. Et aujourd'hui, avec l'affaire Clearstream, la question s'impose, affirme "Télérama", parce que, plus que jamais, les observateurs scrutent les dérapages potentiels. Et pourtant, note l'hebdo, rien de plus commun que des journalistes fricotant avec des politiques... Une sorte de consanguinité... Mêmes études à Sciences-Po, mêmes habitudes circonscrites entre les 7ème, 8ème et 16ème arrondissements... Et puis, sous le soleil d'un voyage ministériel, rien de plus honorifique, pour un journaliste, que de laisser joyeusement tomber la chemise et le vouvoiement... Partager sans façon une bière, un tennis, un karaoké, un hôtel... Que voulez-vous : tout cela crée des liens. D'ailleurs, nos confrères étrangers reconnaissent que ce genre de connivence existe partout, mais estiment qu'en France elle atteint des sommets. Cruelle, Caroline Wyatt, de la BBC, constate ainsi que beaucoup de journalistes, par exemple, savaient que Mitterrand était malade, mais aucun n'a pensé que le public devait être au courant. Mais tout au long du dossier de "Télérama", c'est le cas Schoenberg qui revient... Et du reste, on retrouve la présentatrice de France 2 sur la Une de "VSD", dans un article consacré, je cite, "aux reines du 20 Heures dans la tempête". Où il est question aussi de Laurence Ferrari, mais pour d'autres raisons. Enfin, concernant Béatrice Schoenberg... A tout seigneur tout honneur... "Télérama" a vu et revu plusieurs de ses journaux, et publie ainsi un code déontologique personnalisé... Un décryptage du délicat exercice d'équilibriste qu'est celui de la présentatrice, chaque week-end... Sous la forme de 4 commandements : 1) Ton mari jamais tu n'interviewras sur le plateau du JT... 2) Le poisson tu noieras... 3) Un chat jamais tu n'appelleras un chat... 4) Le soutien à ta hiérarchie tu t'assureras. Alors, décodage du décodage : Ton mari jamais tu n'interviewras sur le plateau du JT... Bon, là c'est clair... Le poisson tu noieras... Eh bien le principe, c'est de sous-évaluer, ou omettre, des informations essentielles, en période d'actualité chaude, comme cet appel à la démission du gouvernement par la Coordination étudiante, noyé au beau milieu du journal, en pleine crise du CPE... Un chat jamais tu n'appelleras un chat... Autrement dit, lorsque Béatrice Schoenberg annonce une mesure émanant du ministère de son mari, elle préfère souvent ne pas le citer... J'en profite pour vous signaler que je suis en train de citer, mot pour mot, les phrases de "Télérama"... Enfin, le soutien à ta hiérarchie tu t'assureras... De fait, contre vents et marées, la direction de France Télévision tient le cap, et affirme que l'état-civil de la présentatrice ne change rien puisque, au fond, elle n'est pas responsable du journal. D'où cette conclusion vacharde de "Télérama" : "Mais au fait, de quoi est-elle responsable ?". Bonne journée. A demain.

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