Patrick Cohen : Dans la presse aujourd'hui, débats tous azimuts... Bruno Duvic : La montée en puissance du Front National a tout de même un mérite... Elle oblige chacun à se découvrir... Droite, gauche, modérée, radicale, libérale, étatiste, chacun parle plus clair, plus net. Et du coup, c'est plus intéressant. Illustration dans la presse ce matin. Situation économique et sociale, le sujet du jour, c'est le même à la Une de l'Humanité et des Echos : 82 milliards ! Montant des bénéfices des groupes du Cac40. « Ils ont doublé leurs profits en 2010 », titre sobrement les Echos. « Ils pillent la France », estime l'Humanité. En tête, Total, BNP-Paribas, Sanofi Aventis... Le redressement après la crise, selon l'Huma, a été soutenu par l'argent public mais réalisé contre l'emploi, les salaires et la compétitivité du pays. Ajoutez à cela les délocalisations et la compression de la masse salariale et vous avez un beau scandale. L'hebdomadaire Politis est sur la même ligne... Les dividendes versés pour 2010 aux actionnaires ont augmenté de 13%, quand les budgets consacrés aux augmentations de salaires n'ont progressé que de 2.6. Titre à la Une : "Les actionnaires contre les salaires". Patrick Cohen : Que répondent les Echos à ces arguments ? Bruno Duvic : Edito de François Vidal : à qui profite le Cac40 ? Dans un monde où la croissance est d'abord hors de nos frontières, nos champions sont tournés vers l'international. Alors, bien sûr, on peut reprocher aux patrons du Cac de se désengager du site France. Mais ils emploient près de 1.7 million de salariés en France. Disposer de groupes mondiaux battant pavillon français est un atout. Cela ne signifie pas qu'il faille exonérer ces groupes de toute obligation vis à vis du pays. Patrick Cohen : Autre sujet de débat : pourquoi le Front National gagne-t-il du terrain ? Bruno Duvic : C'est à cause de l'iceberg ! « Depuis la fin des 30 glorieuses, écrit Guillaume Roquette dans Valeurs-Actuelles, l'attention publique s'est focalisée sur la partie la plus visible du peuple issu de l'immigration récente, ignorant sa partie immergée, ces millions d'habitants de la France périurbaine et rurale. Frappés de plein fouet par la désindustrialisation, ces électeurs ne croient plus au discours officiel sur la mondialisation heureuse. Dans Libération, Alain Duhamel parle carrément de "nouvelle lutte des classes". "C'est le Front National qui est devenu le parti de la classe ouvrière. Marine Le Pen est spectaculairement en tête chez les chômeurs, les ouvriers, et même, actuellement, les employés. Elle progresse également dans la petite bourgeoisie. Dans Charlie-Hebdo, le politologue, Jean-Yves Camus, relève une autre particularité de l'extrême droite 2011 : "Une culture alternative est en train de se construire dans de petits mouvements indépendants du FN". Maîtres-mots : identité et localisme qui se veulent l'envers de la mondialisation. Un de ces identitaires propose par exemple, que l'on détaxe un certain nombre de produits au nom de leur proximité et de leur qualité, pour faire en sorte que ce soit plus facile de commander aux paysans du coin plutôt que d'acheter en Argentine. Une série de caricatures illustrent ce que pourrait être les propositions de ces "fachos alter", comme les appelle Charlie. Des chemises brunes en chanvre, par exemple. Patrick Cohen : Quelles réactions au Parti socialiste face à cette nouvelle lutte des classes ? Bruno Duvic : "Le PS est divisé face à la montée du FN" écrit Libération. Il peine à définir une réponse à Marine Le Pen qui utilise des thèmes de gauche, comme la laïcité et l'Etat, et fait de l'entrisme dans les syndicats. Alors, "au boulot la gauche !" titre Libé. Et dans l'édito, Nicolas Demorand invite le PS à sortir d'urgence des placards de la rue de Solférino, un programme capable de faire vivre l'espoir d'un sort meilleur pour tous, et notamment les plus fragiles. A en croire Le Parisien, la préoccupation du PS pour l'instant, est plus prosaïque. Les Primaires sont contestées. Interview de Michel Vauzelle, le président de la région PACA : "Organiser une compétition entre socialistes sur fond de percée du FN est devenu déplacée". Dans France-Soir, un nouveau sondage de l'Institut IFOP confirme et relativise la percée de Marine Le Pen. Si la présidentielle avait lieu dimanche, elle arriverait 3ème en cas de candidature DSK, Aubry ou Hollande. Elle serait 2ème derrière Nicolas Sarkozy si Ségolène Royal représentait le PS. Patrick Cohen : Mais cette percée du Front National inquiète aussi la majorité... Bruno Duvic : Car il y a aussi l'impopularité persistante du président de la République : "La peur mine lentement la confiance des élus UMP dans celui qui était leur chef incontesté depuis 2004". "Sarko : le boulet" titre cette semaine les Inrockuptibles. Une candidature alternative : Fillon, Juppé, Copé, est-elle possible ? Interrogés par Hélène Fontano, les députés UMP ne franchissent pas le pas, mais presque : "César est faible, mais Brutus ne s'est pas encore dévoilé" dit l'un d'entre eux qui entend en fond sonore, le bruit des couteaux qu'on aiguise. Patrick Cohen : Autre sujet de débat ce matin dans la presse : l'islam et la laïcité... Bruno Duvic : L'ancien ministre, Luc Ferry, attaque billes en tête dans Le Figaro : "L'islam est-il soluble dans la démocratie ?" Et il reprend les mots de l'ancien ambassadeur d'Israël, Elie Barnavi : Non, "l'islam n'est pas compatible avec la démocratie. Mais le judaïsme et le catholicisme non plus". Aucune religion révélée ne l'est. Pour Luc Ferry, le christianisme recèle une différence : il accorde une place unique à la conscience et l'intériorité. Il a ainsi permis, voire favorisé, l'émergence de sociétés laïques et démocratiques. L'islam insoluble dans la démocratie ? Interview de Malek Chébel dans Le Point. L'anthropologue publie un livre sur les grandes figures de l'islam. "La démocratie a-t-elle un sens en Islam ?" lui demande Catherine Golliau. Réponse : "Il ne peut y avoir de lecture critique des textes sacrés sans qu'il y ait démocratie. En Islam, tout est lié, c'est une difficulté supplémentaire. Mais une religion ne fonctionne pas seulement avec des théologiens et des imams, il faut qu'il y ait des croyants. L'islam n'empêche pas les musulmans de cultiver le vivre ensemble, le respect des minorités, la bonne intelligence avec les autres religieux, et surtout, l'acceptation pleine et entière de la citoyenneté. Les musulmans doivent réinventer leur adhésion aux règles les plus strictes de la République afin que la haine de l'islam ne puisse plus se développer". A part cela, selon Luc Ferry, point besoin de discutailler à l'infini."La parole, comme on dit, est aux actes. Oui, il est insupportable que l'on bloque des rues pour prier en public. Et oui aussi, il est inacceptable que des croyants n'aient pas des lieux de prières pour se recueillir". Dans l'édito du Point, Claude Imbert rappelle cette réalité : "La plupart des 5 à 6 millions de musulmans de France vivent paisiblement leur religion même si leur piété les distingue dans notre pays peu croyant. Ils acceptent, à l'exception d'une minorité de bigots, le principe de laïcité". "Pour le bon usage de cette laïcité, conclut Claude Imbert, laissons faire le temps, la patience et la loi". Dans l'édito du Point, Claude Imbert rappelle cette réalité : "La plupart des 5 à 6 millions de musulmans de France vivent paisiblement leur religion même si leur piété les distingue dans notre pays peu croyant. Ils acceptent, à l'exception d'une minorité de bigots, le principe de laïcité". "Pour le bon usage de cette laïcité, conclut Claude Imbert, laissons faire le temps, la patience et la loi". Allez, pour finir, après tous ces débats fracassants : éloge du silence, de la mélancolie et des livres... C'est encore dans Le Point... Patrick Besson rend un dernier hommage à François Nourissier avec cette fausse désinvolture qui est sa marque. Besson est un écrivain mélancolique qui aime les verres entre copains et les promenades dans Paris. "Il n'y avait pas grand monde à l'enterrement de François Nourissier, écrit-il. Normal : en plein pendant les vacances de février. Et puis, aller aux funérailles de quelqu'un, c'est bizarre : lui-même n'y est pas. Cette satisfaction sombre de se retrouver entre vivants... Alors, laissez les mots enterrer les morts. Sous le grand soleil qui suit toujours un bon chinon, on a regardé Notre-Dame, plus blanche que jamais, puis on est retourné lire".

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