Comment ça va la banlieue ? Un peu mieux, murmure-t-on... A la manière d'un médecin au chevet d'un grand malade, à qui l'on vient d'administrer un remlède de cheval. Mais qu'on ne s'y trompe pas, nous dit Didier Pobel dans "Le Dauphiné Libéré"... Lorsque le traumatisme est profond, toute rémission trop rapide ne peut être qu'illusoire... Le docteur Villepin, qui consulte à la place du professeur Chirac, n'a pas fini d'enchaîner les gardes. Et Nicolas Sarkozy, quel rôle tiendrait-il dans cette métaphore médicale ? Réponse de Bernard Revel, dans "L'Indépendant du Midi" : "Une fois de plus, Sarkozy fait du Sarkozy... Déstabilisé par les violences urbaines que ses excès de langage avaient contribué à attiser, il n'a pas mis longtemps pour trouver un mot porteur : étranger... "Encore un mot qui joue avec le feu". "Sarkozy réinvente la double peine", réagit "France Soir"..."Sarkozy ne veut pas être pris de vitesse", explique "Le Figaro". Il est vrai que le ministre de l'Intérieur a dû faire grise mine lorsqu'il a découvert le sondage que publie "Paris Match" aujourd'hui. Baromètre mensuel dans lequel il est largement distancé par son rival Dominique de Villepin... En cas de duel entre les deux hommes, 52% préfèreraient le Premier ministre... Contre 44 seulement pour Nicolas Sarkozy. Qui plus est, un autre sondage, celui que publiait "Le Parisien" hier, montrait que les trois-quarts des Français approuvaient le recours à l'état d'urgence et au couvre-feu...Mesures auxquelles le ministre de l'Intérieur n'était pas vraiment favorable... C'est ce qui s'appelle ne plus avoir la main. C'est aussi ce que l'hebdomadaire "Politis" appelle "la faillite du sarkozysme", autrement dit le tout-repressif et la culture du résultat : la fameuse tolérance zéro... En utilisant tous les ressorts de la communication... Y compris les mots qui mettent le feu. Maintenant, il y a dans ces événements en banlieue une dimension raciale... Considération ô combien sensible, car il y va de l'idéal républicain... Mais il faut bien regarder les choses en face, comme le fait "Le Point"... Si les Noirs sont en première ligne dans les émeutes, ce n'est pas un hasard... Même si on ne peut pas parler d'émeutes raciales, plusieurs indices montrent l'émergence d'une conscience noire radicalisée, explique "Le Point"... "Ces jeunes-là disent qu'ils font la guerre à la France, mais ils n'ont aucune conscience politique, note l'écrivaine Calixte Beyala : leur bannière, c'est l'esclavage et le racisme anti-Blanc". Mais retenons aussi, et peut-être surtout, l'analyse de Jacqueline Costa-Lacoux, du CNRS, qui, elle aussi, s'exprime dans "Le Point"... A la question : "Comment analysez-vous le nombre important de jeunes issus de l'immigration africaine parmi les émeutiers ?"... La première réponse, c'est que beaucoup de ces jeunes-là n'ont aucun espace pour faire leurs devoirs ou pour se divertir à la maison, et que certains vivent même dans la rue parce qu'ils ne dorment qu'à tour de rôle dans l'appartement familial trop petit. Il n'en reste pas moins qu'on assiste à une ethnicisation des quartiers défavorisés, et que le fameux slogan d'une société Black-Blanc-Beur n'est qu'un fantasme qu'on a cultivé. Alors vous savez qu'à l'étranger, on suit ces affaires de très près... Et je vous propose d'aller voir, au fil des pages de nos confrères, européens, ce qui s'est écrit cette semaine. Vu du Royaume-Uni, dans "L'Independent" de Londres, on estime que ces événements sont les conséquences de décennies de non-dits... Les Français n'ont jamais voulu regarder les banlieues en face : l'explosion actuelle est le résultat de cette indifférence. Les milliers de voitures qui ont brûlé dans les rues françaises, commente de son côté l'autre journal londonien, "The Observer", sont les bûchers funéraires du tryptique Liberté-Egalité-Fraternité. En Italie, la presse interprète les événements selon une grille de lecture très nationale... Ainsi, "Il Giornale", quotidien berlusconien, estime que ce ne sont pas les étrangers dans leur ensemble qui provoquent les révoltes, mais uniquement la composante islamique. Moins frappés de cécité, les autres journaux, comme "Il Foglio" et "La Repubblica", montrent du doigt un échec de la politique d'intégration de la France. Vu d'Israël, dans le grand journal "Yediot Aharonot", on parle de la France comme d'une amoureuse éconduite... Par sa minorité culturelle. En Allemagne, dans le "Frankfurter Allgemeine Zeitung", on parle du poids des mots et du choc des ghettos... En Iran, on dit tout simplement : "Boycottez la France !". En Turquie, le journal "Milliyet" d'Istanbul parle d'un pays fermé et hautain... Enfin, vu des Etats-Unis, le "Wall Street Journal" titre sur la faillite d'un soit-disant modèle social, et comme pour recadrer les choses, le "New York Times" affirme qu'il vaut mieux être Beur à Clichy-sous-Bois que Noir à La Nouvelle-Orléans. Depuis l'instauration du couvre-feu dans les banlieues, on a souvent rappelé que la mesure a été mise en place pendant la guerre d'Algérie... Alors évidemment, l'exhumation de cette loi par le gouvernement Villepin provoque une certaine émotion chez les Algériens... Comme en témoigne le quotidien d'Oran par exemple, avec cet article, écrit par Akram Belkaïd, journaliste algérien qui a longtemps vécu à Sarcelles... "Aucun jeune des cités n'a confiance dans la police... A juste titre, écrit-il... Nicolas Sarkozy est le ministère de la peur". Autre écho en Algérie, par le journal "El Wattan", qui écrit : Hier encore, on appelait leurs parents "bougnoules", aujourd'hui on les qualifie de "racailles"... Hier encore, on nettoyait au napalm dans certaines colonies... Aujourd'hui, on veut nettoyer au Karcher... Mais quel est donc ce pays et cette démocratie française, auxquels les jeunes de banlieue ont tant cru ?... A telle enseigne que leurs parents ont défendu la France les armes à la main, comme mitrailleurs... Alors parce que les citoyens de banlieue ne veulent plus être considérés comme des boucs-émissaires... Monsieur Azouz Begag, gone de la Chaaba... A vous la parole... ** Alors dernière chose sur la banlieue : ce sondage CSA, publié par "La Croix"... A la question : "Quelles sont les raisons principales des événements qui se déroulent en ce moment ?"... Arrive en premier, et avec 69%, le contrôle insuffisant des parents sur leurs enfants... La fameuse démission des parents. Juste après, à 55%, on trouve le chômage et la précarité... Et puis un Français sur trois, tout de même, pense que cette flambée est due aux propos de Nicolas Sarkozy. Et notons que pas une fois, non, pas une fois, le système scolaire n'est cité... Ce qui est tout de même intéressant. A l'exception d'"El Wattan", les journaux que je viens de citer figurent dans "Le Courrier International"... Cet hebdomadaire, qui compile les articles de la presse étrangère, et qui nous offre chaque semaine le regard des autres... Voire le goût des autres, qui pimente le nôtre... C'est probablement ce qui fait son succès, depuis 15 ans... Alors, un tel anniversaire, ça se fête, avec un bon gros numéro spécial... Tout blanc, tout beau, intitulé "Tout un monde en mémoire"... 15 ans d'histoire... Avec des articles de la presse, étrangère bien sûr. Philippe Turot-Dangin, bonjour... Vous êtes le directeur de la rédaction de "Courrier International"... Quel bilan vous tirez, au bout de ces 15 ans d'aventure ?... Vous parlez de "génération Courrier"... Qui sont vos lecteurs ? Un mot sur le "spécial"... Merci, Philippe Turot-Dangin. On va terminer avec une Une qui nous a tous surpris : celle du "Monde". Vous savez que le grand quotidien du soir s'est refait un look... Une nouvelle formule, qui laisse maintenant une large place à la photo et à la couleur... Jusqu'à afficher, aujourd'hui, cette photo, où l'on voit Arnold Schwarzenegger embrasser tendrement son épouse... En Une, s'il vous plaît, et en gros. "Ici Paris" ?... Non, non... "Le Monde". Mais bon, on n'est pas obligé d'être coincé non plus, et de fustiger ce choix... Après tout, l'image n'est pas scandaleuse... Mais disons que quand "Le Monde" refait "Le Monde", il n'y va pas de main morte.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.