(Pierre Weill : "La presse entre deux époques, ce matin")... Au fond de la boutique de téléphonie Orange dans le quartier Daumesnil, à Paris, le classement des meilleurs vendeurs n'est plus affiché dans la réserve. Les moins efficaces voyaient leur nom colorés en rouge. La CGT demandait la suppression de cette liste depuis des années. Ces dernières semaines, elle l'a obtenue. Le climat a-t-il vraiment changé à France Télécom ? Longue enquête de L'Humanité ce matin. Et la réponse, c'est "un peu". Au centre d'appels d'Orléans, au service d'assistance technique, l'open-space du premier étage devait fermer : le projet est gelé. Un salarié fait de l'humour noir avec le nom de son patron : "Depuis la super-mode lombardesque des suicides, on a une paix royale". Mais il ajoute : "Ca va bientôt reprendre comme avant". Deux étages plus haut, toujours à Orléans, au service clients, même sentiment... "La direction a baissé le feu sous la marmite pour éviter que ça déborde. Mais elle remettra la pression". Dans le service de Pierre, tout de même, le chef a organisé récemment une réunion-confession : "C'est un peu une psychanalyse", s'amuse-t-il. "Videz votre sac, comme ça vous ne passerez pas à l'acte". Il est ironique, Pierre, mais il reconnaît que ça fait du bien, après des années sans réunion. A lire L'Humanité ce matin, France Télécom semble entre deux époques. On attend de voir ce que le questionnaire sur les conditions de travail entraînera comme changements. Sans grand espoir. A l'état-major des cadres, dans le Val-de-Marne, il semble y avoir une constante de semi-dépressions. "On met une couche de com' en surface, mais les conditions de travail restent les mêmes". La journaliste Cécile Rousseau relève tout de même un changement : la crise a rendu les salariés plus combatifs. (PW : "Et ce matin, il est encore beaucoup question des vingt ans de la chute du Mur de Berlin")... Ca, c'était hier. Demain, ce sera le 11 Novembre. D'ailleurs, au passage, La Croix et Libération ne paraîtront pas : mesures d'économies. Alors, entre ces deux jours de célébrations, les journaux font le pont en s'intéressant aux relations franco-allemandes. Dans Les Echos, on a lu la presse allemande, et on relève que le Süddeutsche Zeitung s'étonne de l'engouement de la France pour l'Allemagne et la chute du Mur de Berlin. Mais quand on demande ce qui va changer dans la relation franco-allemande, on vous répond qu'il faut patienter, écrit le journal de Bavière. "France-Allemagne : c'est une amitié à cultiver" : la recommandation est à la Une de La Croix. Demain, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel célèbreront ensemble la fin de la Première Guerre mondiale sous l'Arc de Triomphe. Mais au-delà des symboles, les liens entre les citoyens ont besoin d'être approfondis, selon le quotidien. On parle des échanges scolaires ou universitaires. Mais un prof d'histoire, à la fac de Rennes, est un peu dépité : "A l'université, j'ai des bourses à distribuer pour envoyer des étudiants en Allemagne, mais je n'ai pas de volontaires". Et la désaffection semble toucher les deux rives du Rhin. Ce n'est plus la passion. Pour beaucoup de jeunes Français, l'Allemagne se limite strictement à Berlin. Et pour les jeunes Allemands, la France est un pays sympathique mais un peu ronronnant. Alors comment raviver la flamme dans ce fameux couple ? Vous trouverez une série de propositions dans La Croix : cela va des écoles franco-allemandes dans les zones frontalières aux échanges entre comités d'entreprise pour des vacances au grand air sur les bords du Rhin. Plus politique, le député UMP Yves Bur voit dans le Grand Emprunt l'occasion de développer des projets communs. En tout cas, à en croire La Tribune, dans le domaine du business, "le moteur franco-allemand redémarre". Les deux pays sont les leaders de la reprise en Europe. Et le couple Allemagne/Etats-Unis, comment va-t-il ? Petit coup de mou. Le Monde et Le Figaro regrettent l'absence de Barack Obama hier à Berlin. Pendant que tous les dirigeants européens étaient à Berlin, Obama, lui, était en visite en Asie : signe des temps. Dans l'édito du Figaro, Pierre Rousselin y voit la confirmation de sa tiédeur vis-à-vis de l'Europe, un continent qui n'est plus prioritaire pour les Etats-Unis. Le Monde livre une autre clé possible : une petite rancune du Président américain vis-à-vis de la Chancelière. L'an dernier, alors qu'il n'était que candidat, Madame Merkel lui avait interdit de faire meeting devant la Porte de Brandebourg : pour elle, un tel symbole ne pouvait être utilisé à des fins électorales. Elle a peut-être senti hier le retour du bâton. "C'est dommage, dit la Chancelière, toujours aussi modérée : nous aurions souhaité qu'il vienne". (PW : "D'autres histoires d'époque, ce matin, dans la presse")... L'époque est dure pour les plus faibles, réduits à voler dans les magasins... Le Parisien-Aujourd'hui relève ce matin que les produits de première nécessité, comme le lait pour bébé, font désormais partie des produits les plus dérobés. On parle de "vol par état de nécessité". C'est une notion qui a été définie à la fin du XIXème siècle. Et la justice, à l'occasion, sait fermer les yeux. "La politique pénale est de ne pas poursuivre ces délits", précise la vice-procureure du Tribunal de Rochefort dans les colonnes du Parisien. "Cela ne veut pas dire qu'on les encourage, évidemment. Mais s'il n'y a pas d'antécédent, les dossiers sont classés sans suite. Pour les produits de première nécessité, on demande de restituer la marchandise, et l'affaire est réglée. On ne va pas condamner quelqu'un qui a volé un sandwich". L'époque, elle est aussi à la montée en puissance de la Chine. Nouveau jalon, ce matin, dans Le Figaro... La Chine est désormais le premier opérateur étranger dans le secteur pétrolier en Irak. Pékin ne rate rien de la reconstruction de l'ancien pays de Saddam Hussein. Sa stratégie est celle des alliances internationales, par exemple avec les Britanniques. L'époque, enfin, elle est un peu détraquée... Sur le site Médiapart.fr, Erich Inciyan compile trois faits-divers pour décrire l'obsession de reconnaissance et de l'argent qui marque les temps... C'est d'abord le cas de Tony Musulin... Alors qu'il est soupçonné de vol à grand échelle, il est devenu une star du Net, sur le thème "Arsène Lupin et Robin des Bois des temps modernes". Réussir vite et fort, à n'importe quel prix... Les hôpitaux de Genève voient les conséquences de cette obsession. Chaque année, des dizaines de cadres de la banque ou des assurances devenus cocaïnomanes passent dans les services de désintox. Et puis le dernier fait-divers relevé par Médiapart, il vient de Grande-Bretagne... La police du Pays de Galles a diffusé l'avis de recherche d'un cambrioleur qui s'appelle Matthew Maynard. Sur la photo, il a l'air abattu, le teint blafard et le cheveu un peu fatigué. Et ça ne lui a pas plu. Alors il a envoyé aux flics une autre photo. Et c'est vrai qu'elle est beaucoup plus colorée : il porte un pantalon jaune fluo, de la même couleur que le camion de police devant lequel il pose. Conclusion de Médiapart : "Remember Andy Wharol qui, en d'autres temps, avançait : 'Je suis surtout connu pour ma notoriété'". (PW : "Et pour terminer, un club de foot qui, lui aussi, est entre deux époques")... Oui, vous connaissez le paradoxe du football : un sport populaire aux mains de golden-boys. Eh bien, la Juventus de Turin a longtemps essayé de concilier les deux... Longtemps, dans les tribunes du Stadio Comunale, les jours de match, on voyait s'asseoir côte à côte le milliardaire Agnelli, propriétaire de la Juve, et Palmiro Togliatti, le chef du Parti Communiste Italien.. C'est ça, la Juve : la classe... mais aussi la classe ouvrière. C'est le titre du dossier que le mensuel So Foot consacre à l'ancienne équipe de Platini et Zidane. L'équation est simple : Agnelli, c'était le patron de la Juve, mais aussi de FIAT, entreprise italienne et populaire par excellence. Alors, pendant longtemps, c'est un club qui a transcendé toutes les barrières : flics ou voyous, ouvriers ou patrons, nordistes ou sudistes. Il y a encore 12 millions de tiffosi de la Juve à travers le monde. Et les stars leur doivent le respect. Années 70-80 : l'une des vedettes de l'équipe s'appelle Gaetano Scirea. Pour son mariage, ses parents lui offrent une magnifique BMW. Il a fini par la rendre : "Quand on joue pour la Juve, on roule en FIAT". La classe ouvrière... deuxième anecdote... 1988 : le Portugais Rui Barros débarque à Turin avec un look de nouveau riche. Le patron de l'époque le regarde comme un cancrelat : "Avant toute chose, va te couper les cheveux et mets une veste". A l'heure où les joueurs sont devenus des supports publicitaires ambulants, ce modèle peut-il perdurer ? La Juve est un peu au creux de la vague. Il faut bien reconnaître qu'à côté de la légende, il y a aussi la part d'ombre du club : les soupçons de dopage, les matches truqués. La Juve, comme les autres, a cédé à la folie du fric. Mais de cette histoire, il reste tout de même quelque chose, et cette anecdote... En 1980, quand les policiers ont fini par arrêter le terroriste des Brigades Rouges Patrizio Peci, il avait l'air soulagé : "Le plus difficile, pendant ces mois de clandestinité, c'était d'être caché à Turin sans pouvoir assister aux matches". Quand ils ont entendu ça, les flics se sont détendus. Cela faisait des mois qu'ils planquaient pour arrêter le terroriste. Et eux aussi, les matches de la Juve leur manquaient.

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