La presse française le jour d'après l'élection surprise

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

Une presse encore sous le choc Hélène de l’élection surprise de Donald Trump

Il n’est qu’à énumérer les Unes de la presse régionale et nationale Marc

Bon, Nord Littoral reste droit dans ses bottes et sa ligne éditoriale, avec « Des rochers sur l’A16 » à sa Une, mais pour le reste, c’est la « Tornade trump » pour le Midi Libre, « L’onde de choc» pour le courrier de l’Ouest « l’Ouragan » pour le Figaro. « Le séisme Trump ressenti en Béarn » affirme même l’Eclair, ce sont en fait les entreprises locales qui travaillent avec les Etats-unis qui s’inquiètent, « Sanders aurait pu » regrette L’Echo de Haute-Vienne pas loin de pratiquer l’uchronie, un très bon « Mystère président », mister president, pleine page du Courrier Picard qui signifie bien « le saut dans l’inconnu » effectué par l’Amérique hier. Inconnu et risqué avec « Apocalypse Now » pour Courrier International où l’on voit une grenade dégoupillée dans le cerveau de Trump, », Libération dans la condamnation avec son « American psycho », titre du célèbre roman de Brett Easton Ellis, photo tellement sombre qu’on n’y distingue même pas le visage du nouveau président ; « Trump l’imposteur qui profite des colères américaines » s’insurge L’Humanité…Aux Etats-unis, on retiendra juste la toujours très belle du New Yorker, dessin d’un homme qui découvre l’élection de Trump dans son journal, un journal qui ne trouve rien de mieux à écrire que : « oh sweet Jesus, please God, No ». toujours dans la sidération…

Et évidemment Hélène l’une des questions posées ce matin, c’est comment en est-on arrivé là ?

« What went wrong ? » comme disent les américains. Chacun de raconter l’histoire à sa façon, mais vous allez le voir, on retrouve souvent les mêmes sur le banc des accusés. «C’est l’histoire d’une répudiation magistrale » écrit laure Mandeville, correspondante aux états unis du Figaro et auteure d’un ouvrage sur Donald Trump. Répudiation des élites américaines liguées comme un seul homme contre ce si grossier personnage raconte-t-elle. Engluées dans leur monde binaire où l’on est soit partisan de l’immigration, soit raciste, les élites américaines n’ont pas su prendre la température de cette amérique des Blancs laissés pour compte…Donald Trump a gagné seul contre tous. De ce point de vue affirme t elle, son élection que tout le monde en Europe semble lire comme un signe de l’affaiblissement de la démocratie pourrait fort bien être au contraire le signe de sa vitalité. » Un peu seule il faut bien le dire, dans cette version « heureuse » de cette élection surprise.

Mais avant de revenir sur le procès fait aux « élites », 2 articles intéressants. L’un dans les Echos pour nous raconter d’abord comment cette campagne hors-norme est surtout la première à avoir été menée délibérément sur les réseaux sociaux. «Lle grand talent de Trump écrit Lucie Roquebain, est d’avoir surfé sur l’hostilité de l’opinion publique vis-à-vis des media et de s’être créé notamment sur twitter une exposition médiatique extraordinaire, gratuite, faisant de l’insulte et du mensonge une pratique quotidienne, bue sans filtre par une base électorale de 25 millions de disciples, ses followers ». Pour Nicolas Beytout dans l’Opinion, l’élection de Trump est « la première victoire de l’ubérisation de la démocratie ». L’autre article à lire ce matin dans Libération, est une analyse plus historique et sociologique du vote d’hier, signée PAP NDIAY. Il explique comment cette élection provient de 2 changements profonds de l’Amérique, d’abord son ouverture au monde qui a façonné un pays nouveau, multiculturel dont l’élection d’Obama avait été la consécration mais qui a dans le même temps provoqué une résistance conservatrice d’une partie de la société blanche, arcque boutée sur ses privilèges culturels et raciaux. Et puis, le déclassement économique de la classe ouvrière blanche, cette amérique qui a la rage pour reprendre le mot de Sartre. Trump,lce milliardaire a su incarner efficacement cette réaction explique t il

Au banc des accusés donc on l’a compris, les élites et les media

Mea culpa des journaux américains depuis hier, on en a parlé dans le journal de 8H, cette presse américaine qui avait pris parti quasi unanimement pour Hillary Clinton, mais qui surtout n’a rien vu venir. Auto critique cinglante hier dans le New York Times, du médiateur du journal reconnaissant leur incapacité à prendre le poul complexe des Etats unis, écrivait il, aveu aussi de l’économiste Paul Krugman, éditorialiste dans le même quotidien « les gens comme moi n’ont vraiment pas compris le pays dans lequel nous vivons ». Mais attention, ne tombons pas dans la conspiration des élites : « On ne peut pas dire écrit Nicolas Madelaine dans un papier à retrouver sur le site des Echos, que la presse n’a pas cherché à comprendre les électeurs de Donald Trump. Elle a multiplié reportages et analyses, elle a aussi questionné avec vigueur la « décence » du personnage. Mais ces média mainstream se sont heurtés à un mur constate t il. Celui des nouveaux canaux d’information. Les citoyens se renseignent aujourd’hui par l’intermédiaire de réseaux sociaux et sites d’opinion qui sont des chambres d’échos à leurs propres convictions » Alors comment échapper à ça ? « le fait de retourner sur le terrain pour comprendre et raconter ce qui s’y passe est devenu un impératif plus catégorique que jamais » conclut il

Quant aux « élites » autres que les media, elles sont en effet ce matin brocardées. Marianne en fait sa Une « la débâcle des élites » titre l’hebdo. Le patron de la rédaction Renaud Dély dénonce « ces élites égoistes et nombrilistes. Le narcissisme d’une caste avide de profits, d’accumulations qui a conduit à taillader l’esprit démocratique. Le monde qui s’est effondré hier avec l’arrivée de trump, n’est pour lui rien d’autre qu’une démocratie Potemkine..le responsable, ce n’est pas la colère du peuple là-bas ou ici dit il, mais bien la trahison de ces élites, la trahison des clercs disait on au siècle dernier

Justement, les conséquences en France d’une telle élection, c’est bien ce qui intéresse en premier lieu la presse française ce matin

« Un vertigineux compte à rebours est enclenché » prévient Le Parisien, « A qui le tour ? » s’interroge l’Opinion avec un dessin de Kak où l’on voit mélenchon, le pen et sarkozy coiffés d’un postiche capillaire trumpien susurrer à Juppé « forcément, y en a pour qui ça va être plus dur ». Au-delà du contentement un peu puéril de chacun à se dire, pourquoi pas moi ? de Nicolas Sarkozy qui se voit en « vote caché » de la prochaine primaire, à Marine le Pen qui se sent pousser des ailes nous dit le Parisien, en passant par Jean Luc Mélenchon qui lui veut accréditer l’idée que Sanders aurait gagné, pour accréditer celle que lui seul à gauche pourrait gagner en France …Au-delà des stratégies donc des uns et des autres, « Le cauchemar n’est pas fini » prévient Laurent Joffrin dans Libération, « l’austérité imposée aux peuples et non aux dirigeants, la concentration des richesses au sommet devaient se payer un jour, nous y sommes ». Cette mondialisation non heureuse assortie d’une crainte identitaire peut faire craindre le pire. Dans Mediapart, François Bonnet dénonce un 11 septembre politique, « où à la bulle de Washington répond la bulle bruxelloise, où à la crise du système américain répond l’épuisement de notre 5ème république..Et où en amérique comme ici, le bilan est terrible affirme t il, tant il dit l’échec de la gauche et du camp progressiste arcbouté sur un logiciel périmé, incapable de penser les nouvelles questions sociales, les mutations du travail, les nouvelles régulations d’une économie mondialisée ».Alors, à qui le tour ?

On clôt Hélène le dossier américain avec cette question : au final, que Trump va-t-il faire ?

Au-delà des grandes questions économiques, « le programme reste à écrire » nous préviennent les Echos, quelques réponses un peu angoissantes. Le Figaro par exemple nous raconte comment Trump est entouré de créationnistes qui soutiennent tous que le monde a été créé en 6 jours, et qu’il verrait bien l’un d’entre eux prendre une place éminente à l’éducation, comment aussi il ne croit pas aux méfaits du tabac mais est convaincu que les OGM sont des produits sûrs et sains ! »Trump sera le premier président anti science de l’histoire » se désole déjà un éminent chercheur…Le journal La croix énumère par ailleurs tout ce qu’il pourrait défaire. On y trouve l’obamacare, cette assurance santé qui a permis à près de 22 millions d’américains supplémentaires d’avoir accès une couverture santé. Ce qui fait dire à Nicolas Barré dans les Echos, « la première victime de sa politique économique, ce sera justement ce petit peuple blanc, cette foule blanche qui l’a fait président »

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