Tandis que que le Journal du Centre et la République du Centre disent le Genevoix de la terre, Le Figaro et Paris-Match racontent le parcours vers le Panthéon de l'écrivain, que la grand-mère d'Emmanuel Macron lisait à son petit-fils. L'Opinion raconte les hésitations du Président sur la mémoire coloniale.

On parle d'un cercueil…   

Que vous verrez dans Vosges-Matin, l'Est républicain et le Républicain lorrain, drapé de tricolore, qui hier a quitté le cimetière de Passy à Paris où il reposait depuis 1980 dans un monument orné d'une œuvre du sculpteur Paul Belmondo, pour un voyage par étapes sur les chemins de sa gloire et d'un enfer passé...  

On l'amené hier dans un cimetière militaire, le Trottoir dans la Meuse, au village des Eparges, puis dans l'église ce village où il a passé la nuit, de retour après un siècle…  Car c'est aux Eparges que se battait l'écrivain Maurice Genevoix alors brave jeune lieutenant qui avait renoncé à l'agrégation de lettres pour suivre les copains, et qui en 1915 fut blessé et qui s'abimait de la beauté du ciel quand on l'évacuait. 

"Est ce qu'on me porte  je n'ai  pas perdu connaissance, mon souffle fait un bruit étrange, un rauquement rapide et doux, les cimes des arbres tournoient dans un ciel vertigineux mêlé de rose et de vert tendre..." 

J'ai retrouvé ces lignes, extraite de son oeuvre de guerre dans un hors-série que vient d'éditer le Figaro sur les écrivains de la Grande guerre, un  bel ouvrage où nous parlent Barbusse que ses copains de tranchées trouvaient trop poli, et Péguy Apollinaire Junger Céline Alain-Fournier Louis Pergaud, et où nous parle donc Maurice Genevoix, qui avant d'être blessé avait perdu un ami, le lieutenant Porchon, ce saint-cyrien qui riait comme on rit à 20 ans, et quand un obus de 77 le déchira, Genenoix ne sentit plus rien,  "même plus du désespoir, une froideur dure, une indifférence desséchée pareille à une contracture de l'âme."  Et hier, tandis que le cercueil de Genevoix était honoré au cimetière du Trottoir dit l'Est républicain, on a fleuri la tombe de Porchon, et aujourd'hui, Genevoix sera porté à Paris à l'Ecole normale supérieure dont il fut un élève, et de là demain, on l'accueillera au Panthéon...  

Et des journaux prennent donc un jour d'avance pour dire Genevoix, nos journaux de l'Est, mais aussi le Journal du Centre et la République du Centre qui nous racontent les terres paisibles de Genevoix, la Nièvre où il était né et qu'il chérissait, le Loiret qu'il avait voulu célébrer dans un cycle romanesque, il avait grandi à Châteauneuf-sur-Loire et s'était accompli à Saint-Denis l'Hôtel, où il avait acheté une maison de chasseurs sur un côteau, les Vernelles, après avoir eu le Goncourt en 1925 pour Raboliot, l'épopée  libertaire d'un braconnier de Sologne, rien n'a bougé aux Vernelles. Il était donc un écrivain des terres paisibles et des terres martyrisées où mouraient les hommes... Et désormais un écrivain de la Nation et de ses compagnons de guerre... 

Paris match sur son site et le Figaro, racontent le parcours qui a mené Genevoix au Panthéon, il n'était pas assez chic ou reluisant ou radical des coteries des lettres, mais on s'était battu pour lui, sa fille Sylvie morte en 2012 et après elle de son époux Bernard Maris, oui lui, qui parlait d'économie ci et à Charlie hebdo, et après l'assassinat de Maris ce fut un petit-fils, et un historien, Joseph Zimet... Joseph Zimet, qui organisait les cérémonies du centenaire de la grande guerre sous François Hollande, puis est entré à la communication d'Emmanuel Macron... Emmanuel Macron, dont la grand-mère, je le lis dans le Figaro, lui faisait la lecture de Genevoix, quand il était enfant, il faut cela donc en plus d'une vie parfois pour entrer au Panthéon...  

Et Emmanuel Macron n'en a pas fini avec la mémoire...  

Car il s'interroge le Président, sur une nouvelle étape, l'Opinion nous dit qu'il cherche un geste fort pour 2022, les soixante ans de l'indépendance algérienne, pour inscrire notre passé colonial dans notre histoire assumée... Les chemins croisés de la culture et de la politique sont parfois étranges, le même Président féru de Genevoix regardait fin octobre en petit comédie à l'Elysée la comédie "Tout simplement noir" du comédien Jean-Pascal Zadi, qui sur le mode de l'autodérision interrogeait le racisme et l'identité,  et après le film, on avait débattu entre intellectuels avec le Président de la mémoire du colonialisme, de l'esclavage, des traumatismes durables... 

L'Opinion, est comme souvent exhaustif et motivant, il brosse le portrait d'un Emmanuel Macron qui hésite, qui spontanément s'oppose au déni et qui qualifia la colonisation de crime contre l'humanité, mais son premier ministre Jean Castex  sur TF1 assimilait le regret du colonialisme et l'autoflagellation aux justifications de l'islamisme radical... Voilà les fractures du pouvoir; que pensera-t-on en haut, que penserons-nous?  

La politique n'a jamais oublié la mémoire. Sud Ouest, raconte la capitulation d'un président du conseil  Georges Leygues, en 1920, il se préparait à célébrer les cinquante ans de la république dans une grande fête qu'allait ponctuer le transfert au Panthéon du coeur du grand républicain Léon Gambetta, la fête devait avoir lieu le 11 novembre, puisque la République avait rendu la victoire à la France...  Mais chez les députés  se leva un parti des anciens combattants, l'extrême droite menaçait d'aller déterrer un poilu sur un champ de bataille et de jeter son cadavre  sur la route du cortège de Gambetta... Alors Leygues céda et et la république organisa ce qu'on lui demandait, et tandis que que le coeur de Gambetta, qui s'en souvient, allait au Panthéon, cette église devenue nécropole républicaine, on alla chercher un soldat mort à Verdun et on l'enterra sous l'Arc de triomphe, c'est de cet inconnu dont nous nous souvenons et de Genevoix aussi...    

Et on parle aussi d'espérance...  

Car le passé n'est qu'une distraction face à l'appétit de vivre, et l'annonce hier par le géant Pfizer des succès des essais cliniques sur l'homme de son vaccin élaboré avec une start-up allemande, dessine aux unes des journaux "une folle espérance", c'est le titre du Républicain lorrain, mais cette espérance, c'est le prix de la presse, est tempérée relativisée expliquée du Monde au Figaro à la Dépêche qui nous parle aussi de chercheurs en quête d'un traitement -le vaccin n'est pas tout. On lit alors des cheminements de validation, la compétition déjà pour obtenir des doses du futur vaccin, c'est dans la Croix, mais aussi la joie immédiate des marchés financiers, on lit aussi allez y dans les Echos un portrait passionnant d'un français, Stéphane Bancel, qui lui aussi conçoit dans une entreprise de bio tech, Moderna, un vaccin du même type que celui de Pfizer, un travail génétique qui réencode l'ADN  via l'ARN messager et fabrique un coronavirus inoffensif. ... Lisez, c'est une leçon de science mais aussi une leçon sur le monde moderne, où un ingénieur d'intuition et dévoué peut lever un milliard trois cent millions de dollars sur une espérance nommée mRNA1273, le ,nom provisoire de son vaccin... 

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