(Patrick Cohen) Dans la presse, ce matin : emballement pour la primaire

(Bruno Duvic) C'est un détail mais quand le caricaturiste de L'Equipe, Chenez, fait allusion à un événement qui n'a rien de sportif, c'est le signe que cet événement est prédominant dans la presse.

Dans le dessin de Chenez, ce matin, 3 petits bonshommes courent après des "défis tricolores". Un footballeur rêve d'être en haut de l'Europe à la veille du match France Bosnie, un rugbyman vise le toit du monde et puis un petit candidat socialiste escalade une rose pour accéder au sommet du parti.

La primaire, même en page intérieure de L'Equipe , donc. Et à la Une des autres journaux, à part la presse économique qui titre sur le futur plan Sarkozy-Merkel pour l'Europe, à part La Croix qui s'intéresse à l'entrée en politique des femmes du monde arabe, tous vos quotidiens nationaux et la plupart des régionaux consacrent leur manchette à la primaire.

Même Le Figaro , très factuel : "Hollande devance Aubry, Montebourg est en arbitre."

Plus fleurie la couverture de Libération : énorme rose à la Une. "La gauche gagne son élection".

C'est un succès populaire pour La Dépêche du Midi, à Toulouse.

Fierté du Journal de Saône et Loire : Arnaud Montebourg, la vedette locale, est en photo et le mot d'"arbitre" revient à la Une.

Voilà pour les titres. Dans le détail, que dit la presse de cette primaire ?

Commençons par des extraits de reportages. 2 millions et demi de votants ? Pour qui, pourquoi, comment ?

Reportage de Libération dans le 18ème arrondissement de Paris. 1er motif de mobilisation avant même le choix d'un candidat : le changement. Samia, 49 ans, cantinière : elle veut que "la droite tombe".

Vote pour le changement, donc vote utile. Selon Mediapart , c'est ce qui a pris le dessus à Tours, en Indre et Loire, département socialiste. Témoignage de Nathalie, publicitaire de 56 ans, assez primaire dans l'anti-sarkozysme : "Mon choix de cœur, c'était Montebourg. Mais je veux empêcher l'horrible gnome de l'Elysée de faire 5 ans de plus. Alors je soutiens le candidat le plus apte à le battre : Hollande".

Mediapart est allé dans deux autres endroits tests. Hénin-Beaumont, Pas-de-Calais là où le FN fait un carton. Le PS serait il en train de reconquérir les ouvriers ? En tout cas on a beaucoup voté.

Et puis le Haut Montreuil, en Seine-St-Denis. Oui, on a voté aussi mais on n'a pas vu beaucoup de jeunes. Le président du bureau de vote râle : "Ils passent leur temps à pester contre Sarkozy, mais ils ne viennent pas voter"'.

Conclusion de Mediapart , sous la plume de François Bonnet à propos de ce succès de participation : il ne faut pas trop s'emballer. Qui a voté ? Réponse : "les militants du PS, les sympathisants, les électeurs réguliers (...) le cercle large de la famille socialiste", pas moins pas plus.

Mais c'est déjà une mue du vieil appareil socialiste selon Mediapar t. Ce qui a volé en éclats, c'est le vieux PS verrouillé par les barons locaux.

Et quels jugements sur les différents candidats ?

3 faits marquants.

Ce que Le Parisien-Aujourd'hui-en-France , entre autres, appelle "La chute de la maison Royal". Même les électeurs de Melle, le fief de la dame du Poitou dans les Deux-Sèvres, ont voté majoritairement Hollande, relève La Charente Libre . Pour Le Figaro , Ségolène Royal n'a jamais réussi à convaincre qu'elle avait changé depuis 2007.

2ème fait marquant : l'écart, important mais pas abyssal, entre François Hollande et Martine Aubry.

Selon Le Figaro , Hollande n'a pas installé l'évidence de sa candidature, la dynamique est du côté d'Aubry.

Selon deux proches de la maire de Lille dans Libération , elle a marqué des points dans la dernière ligne droite avec ses attaques sur la gauche molle qu'incarnerait le député de Corrèze. Et avec le score canon d'Arnaud Montebourg, elle se retrouve au centre de la gauche.

Montebourg, le 3ème homme, donc, dernier fait marquant. Pour Emmanuel Caloyanni dans Le Courrier de l'Ouest , "le peuple de gauche témoigne de sa volonté d'un changement radical. Le coup de barre à gauche est réclamé."

L'Humanité s'en réjouit : pendant la campagne, "au fur et à mesure des échanges, des idées que fuyait ou esquivait le parti socialiste - les licenciements boursiers, la nationalisation des banques... - se sont taillés une place" écrit Patrick Appel Muller.

Et Maurice Ulrich renchérit : "Ce qu'on aimerait maintenant c'est un projet politique. On rassure les marchés au nom du réalisme ou on veut changer vraiment ?"

Changer de ligne ou pas : les négociations commencent avant le second tour.

Négociations, ou tractations, ou combines... Si la plupart des éditorialistes jugent ce premier tour de la primaire réussi, ils jugent aussi le second très périlleux. Gare aux divisions, aux rancœurs, aux petites phrases aux entourloupes.

Arnaud Montebourg, explique slate.fr , devra choisir entre un dirigeant dont il fut l'un des opposants les plus féroces (Hollande) et une candidate avec qui il s'est brouillé lors de l'affaire Guérini (Aubry).

Quant à Ségolène Royal, elle devra choisir entre son ex compagnon avec qui elle a rompu de manière fracassante et la femme qui lui a emporté la tête du parti socialiste dans des conditions controversées.

"Hollande peut-il gauchir son discours (pour séduire Arnaud Montebourg) sans rogner sa crédibilité ?" se demande Guillaume Tabard dans Les Echos .

Sur Rue89 , qui présente une nouvelle version de son site, le dessinateur Baudry croque François Hollande au téléphone. Il est vêtu d'un t-shirt Che Guevara : "Allô Arnaud ? C'est François".

Quelques anecdotes pour finir…

Presque anecdotique, c'est dire si les temps ont changé, la photo de Dominique Strauss Kahn, barbe de 3 jours et votant à Sarcelles, dans France Soir .

Globalement, à part des bulletins manquants ici, quelques bureaux de vote introuvables là, ou des électeurs absents des listes, il n'y a pas eu de gros couac hier.

Liste des électeurs absente à Jarnac par exemple. C'est raconté dans La Charente Libre . Peut-être une facétie du fantôme de François Mitterrand…

Il y aussi cette salle de Lille où il a fallu couvrir un portrait de Martine Aubry. C'est dans La voix du Nord .

Et puis dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France , cette vieille dame, un peu à droite et un peu aux fraises. Elle était la première à se présenter au bureau de la rue de Clignancourt hier matin. Elle s'est d'abord étonnée de ne voir que des bulletins socialistes ou radicaux sur la table.

Et quand on lui a demandé de signer la charte des valeurs de gauche, le coup de canne n'était pas loin. "Mais je ne suis pas une gauchiste, moi". Elle s'est un peu emballée. Elle se croyait déjà au premier tour de la présidentielle.

A demain !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.