Un sourire faussement timide et des yeux qui t’allument…

La presse est une maison joyeusement endeuillée, quand on regarde les photos d’un oncle qui vient de partir et on ne sait pas être triste … L’oncle de province dit le Parisien qui vouvoie Jean Rochefort à sa une, « vous allez nous manquer » mais le tutoie en page intérieure, « entreras tu là haut comme tu entras sur scène en dansant le jour où tu reçus un césar d’honneur »

Il est à chacun d’entre nous… Jean Rochefort… gentleman facétieux, le figaro, l’élégance du désenchanté, la Croix…C’est aussi cela, les veillées de deuil… chacun l’a connu… Il avait étudié le théâtre à Nantes dit Presse Océan,

Presse Océan a retrouvé un homme de 93 ans, jadis professeur au conservatoire de Nantes en 1948 qui avait croisé Rochefort ; « un jeune homme vif et insaisissable, indiscipliné et turbulent »

Au-delà même de votre journal favori acheté au kiosque, allez fureter sur le web, il était moderne aussi Rochefort… pour trouver ces pépites…

et trouver aussi des regrets aussi… Dans Libération, le critique Didier Péron prend la parole au nom du cinéma, non pas la distraction mais la discipline artistique … « Rochefort est resté imperméable ou indifférent à ce qui pouvait émerger de plus moderne à toutes les époques qu’une solide santé lui a permis de traverser » Il écrit bien péron… Rochefort… « a moins choisi ses films qu’il ne les a subi… »

Il faut écouter ce regret, savoir ce qui lui opposeront les amoureux du cinéma populaire… Mais tout de même… Rochefort savait se moquer de ses films alimentaires, « les enfants et les chevaux, il faut que ça mange », et trouvait sa vérité sur les planches…

« Quand je tournais Angélique marquise des anges dans la journée, je jouais Harold Pinter le soir avec Delphine Seyrig»

Et voilà ranimée la merveilleuse distinction entre théâtre et cinéma… et le mystère de l’acteur.

Dans Libération. Jos Houben, c’est un grand metteur en scène de théatre, prolonge… « Jean Rochefort reste invariablement un acteur de théâtre, dans le sens où il sait focaliser l’attention sur le moindre geste. Rochefort paraît perpétuellement étonné, stupéfait, d’être plongé dans son environnement. "

Houben décrit le corps de la marionnette Rochefort… « Plexus verrouillé, menton tombé, poids légèrement en arrière du corps, bras archiconscients et investis et formidable lenteur du regard. Son visage est un masque théâtral, qui ne bouge presque pas, un masque expressif, qui parle dans le silence »

Nous parlons maintenant nous aussi dans son silence.

Une prise de pouvoir dans l’industrie est racontée dans la presse économique…

Et c’est une forme de tragédie quand un grand groupe… General electric cède à la pression, met un genou en terre… disent les échos…

GE va faire rentrer à son conseil d’administration un représentant de Trian… c’est un fonds d’investissement, qui a investi 2.5 milliards de dollars dans GE et qui veut maintenant sa rentabilité … Le passage de la logique industrielle à la logique financière…

Les Echos font fait le portrait de Lenson Peltz… le propriétaire de Trian, un autodidacte fan de hockey sur glace qui pèse 1.7 milliards de dollars … il tient GE, il peut prendre le pouvoir aujourd’hui chez Procter et Gamble… (c’est dans l’opinion et encore les Echos)… ses raids se sont soldés par 100000 licenciements…

C’est General Electric qui a racheté les activités énergie d’Alstom…

L’économie, c’est une affaire de pouvoir. Hier Tim cook, le patron de Apple était en Normandie à Hérouville st clair… C’est dans Ouest France… « Bravo, c’est génial ce que vous avez fait pour nous », a dit Tim cook au patron de Eldim…

Eldim une entreprise française qui a inventé pour apple une technologie de reconnaissance faciale au cœur du nouvel Iphone: « Quand vous regardez votre téléphone, il s’allume ! » explique Ouest France…

C’est une histoire à la fois merveilleuse… et qui raconte un rapport de force … Hier, après Eldin, Tim Cook est allé se recueillir dans un cimetière militaire américain … et il a vu Macron ensuite pour parler de fiscalité…

L’économie se vit aussi à hauteur d’hommes…

Et le social, en ce jour de grève des fonctionnaires… où nos journaux tantôt parlent union syndicale et enjeu politique, « les fonctionnaires appelés en renfort contre la politique de Macron », le figaro… tantôt regardent des individus… c’est le choix de l’humanité… avec des portraits d’agents en lutte pour s’identifier…

S’identifier, c’est aussi la clé du prix Nobel d’économie… L’américain Richard Thaler, « qui nous rappelle que les acteurs économiques ressemblent plus à Homer Simpson qu'à Superman. » dit Slate. Thaler est l’homme de l’économie comportementale, la théorie du nudge, littéralement le coup de pouce… ce qui nous fait changer d’attitude… Exemple dans slate…

« Au début des années 2000, à l’aéroport d’Amsterdam, les dirigeants avaient posé sur les urinoirs des fausses mouches. Résultat, les dépenses de nettoyage baissèrent de 80%. Pourquoi? Les hommes ne faisaient plus pipi à côté et étaient incités à «viser» la mouche. »

Et une bizarrerie anachronique pour finir..

Les pages immobilier du figaro sur le web qui plonge dans le passé pour nous dire quelque chose d’aujourd’hui….

« Il y a 75 ans la France perdait la bataille de la production face à l’Allemagne… »

75 ans… cela donne 1942, sous l’occupation allemande donc… mais le Figaro y voit une éternité et oppose une « Allemagne particulièrement réactive et performante » et une France « engluée dans ses lourdeurs administratives », la preuve par deux articles de l’époque… Un éloge funèbre de Fritz Todt, qui était l’homme de la ligne Siegfried et du mur de l’atlantique, l’ingénieur bétonnier du 3e Reich… et un compte rendu du procès de Riom, où Vichy faisait juger la République…

Tout ceci.. sans recul..

Et il y a… le vertige des incongruités ou des comparaisons… la semaine dernière, un historien invité par Libération comparait l’esprit de sacrifice d’un soldat de la guerre de 1914… à celui de Mohamed Merah…

On devrait laisser l’histoire tranquille, ou mieux la choisir.. Pour se réconcilier avec le Figaro … il reproduit une critique littéraire de 1947… Le grand journal de droite encensait le roman d’un écrivain communiste. Louis Aragon. Les voyageurs de l’impériale … L’échec d’un homme qui s’était cru libre et avait rompu ses attaches… Le Figaro interrogeait Aragon et la religion de l’individu…

« Aragon écrit une langue admirable, une des plus belles, des plus souples, des plus intelligentes d'aujourd'hui et cela fait tout - ou presque tout- passer. »

Voilà Nicolas. Il ne faudrait écrire que sur les livres ou sur les comédiens.

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