Patrick Cohen : Et comme chaque vendredi, Revue de Presse à deux voix... Les journaux français avec Bruno Duvic, et les journaux étrangers avec Guyonne de Montjou... Bonjour à tous les deux... Et une fois de plus Guyonne, la presse britannique se lâche contre la France et son président... Guyonne de Montjou : « L’incroyable président qui rétrécit » : voilà le titre de "The Economist ». La couverture de l’hebdomadaire britannique est sans pitié : on voit Carla Sarkozy, cambrée sur ses talons hauts, avec un sourire généreux, et derrière elle, deux petits pieds la suivent avec peine, écrasés sous un immense bicorne napoléonien. C’est un photomontage cruel. L’éditorial à l’intérieur est sans ambigüité : selon son auteur, il est faux de dire que les Français n’aiment plus Sarko car ils ne l’ont, en fait, jamais aimé. Ils ont élu un président atypique et déterminé, mais pas un homme rassurant, ni proche d’eux. Bruno Duvic : Et à en croire cet article, le désenchantement est partout en France... Guyonne de Montjou : Oui, ça va des usines françaises jusqu’aux salons parisiens, en passant par les campagnes… L'éditorialiste ne mâche pas ses mots : "Après un peu moins de trois ans au pouvoir, Monsieur Sarkozy n'est plus que l'ombre du réformateur qu'il était sur le plan économique et une caricature du dirigeant coriace qu'il était sur les questions sociales". Et puis, cette exclamation au milieu du papier : « Quelle version diminuée du politicien élu en 2007 occupe dorénavant la présidence !" L’édito se conclut sur la réforme des retraites, et là encore, le propos est acerbe : « En tenant bon sur sa réforme des retraites, Nicolas Sarkozy ne se fera pas beaucoup d’amis. Mais, s’il cède là-dessus, alors il perdra le peu d’amis qu’il lui reste »… Bruno Duvic : Non mais de quoi je me mêle ! La critique de la politique française vient aussi du Parlement européen. Il demande la suspension des expulsions de Roms. Cette ingérence risque d'apparaître comme une offensive de sensiblerie contre le droit. C'est comme ça que commence l'éditorial d'Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Mais il poursuit : « Le problème, c'est que la protestation des députés européens vise autant, sinon plus, le discours et la méthode des reconduites à la frontière que leur légitimité juridique. Elle se place sur le terrain des valeurs. Le gouvernement est piégé par une communication tapageuse, il en attendait des dividendes dans les sondages mais il a fait tellement de bruit qu'il a fini par réveiller chez ses voisins européens, une réelle inquiétude. Guyonne de Montjou : Et ce matin, Bruno, la presse hexagonale aussi, critique les hommes et femmes politiques français... Bruno Duvic : A propos des retraites et de l'émission "A vous de juger", hier sur France-2, beaucoup relèvent l'absence de débat. Les intervenants se sont succédé, jamais ils n'ont dialogué. "Et voilà comment votre télé est muette" écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest. "Il est tellement plus facile de discuter tout seul". Pas de débat hier soir à la télé, notamment parce que les syndicalistes ne voulaient pas se trouver face à Eric Woerth... Woerth, Bettencourt, de Maistre, Banier : ces noms occupent encore la Une. Intervention du ministre dans le dossier fiscal d'un patron de casino. C'est dans Libération... Questions autour des liens entre Patrice de Maistre et l'escroc Bernard Madoff dans Le Parisien. Enfin, dans Marianne à paraître demain, comment François-Marie Banier s'est fait offrir par Liliane Bettencourt des tableaux de Picasso, Matisse ou Mondrian ? De nouvelles pièces plus ou moins convaincantes à ce dossier ou ce dédale juridico-politico-people. Rappelons qu'aucune condamnation n'a été prononcée jusqu'ici par la justice. On parlait de Marianne... Sachez que l'hebdomadaire publie aussi les bonnes feuilles d'une biographie non autorisée de Carla Sarkozy. Patrick Cohen : Direction Cuba à présent... Guyonne de Montjou : Le Miami Herald détaille ce matin le « hors champ », comme on dit au cinéma, de l’interview fracassante de Fidel Castro. Ce jour-là, le leader Maximo porte un tee-shirt rouge, un pantalon de survêt’, et des baskets New Balance noires. Entre le poisson et le cigare, Castro se confesse à un journaliste américain du magazine "The Atlantic". Et c'est à lui, qu'à 84 ans, il avoue son échec historique. Le père de la révolution lui annonce que Le modèle cubain ne fonctionne plus à Cuba et qu'il n’est plus question de l’exporter ailleurs… à propos de la crise des missiles de 62, Castro reconnaît que « ça ne valait pas vraiment la peine d'inciter l'Union soviétique à utiliser l'arme nucléaire contre les Etats-Unis ». Bref, des propos décapants. Mais le plus drôle ce matin, c’est l’inertie de la presse cubaine. La presse officielle reste comme engourdie, complètement impassible. Le quotidien « Adelante » continue par exemple à vanter la qualité de la vie à Cuba, et consacre un long article à l’excellence du corps médical sur l’île. Bruno Duvic : Et le traitement de Cuba dans la presse française reste très idéologique aussi. Après ces déclarations, grande discrétion de L'Humanité. Mais Le Figaro en fait sa Une... Dans l'édito, Pierre Rousselin a deux interprétations. 1) Fidel Castro a peut-être enfin pris la mesure de la catastrophe dans laquelle le communisme entraîne son pays. 2) Il voudrait aider son frère Raul à faire passer les timides réformes engagées pour libéraliser l'économie. Guyonne de Montjou : Rien sur Castro dans L'Humanité... c'est plutôt la Fête de L'Huma qui occupe toute la place... Bruno Duvic : Elle commence aujourd'hui, elle a 80 ans. Et dans le quotidien de Jaurès, mais aussi dans Le Parisien et Libération, séance de photos souvenirs. La Fête de L'Huma en 1945, c'était un million de personnes à Reuilly. L'apogée du PC, le parti résistant. Puis le temps de la Guerre froide... 56 : la place Staline disparaît de la Fête. Années 80, crise du communisme : Georges Marchais est sifflé, les gens sont venus pour le concert de Johnny. D'ailleurs, aujourd'hui, les tickets se vendent de plus en plus à la FNAC ou chez Virgin. Reste la nostalgie camarade, et un peu plus que cela. "Quel journal peut se targuer, en France, d'organiser pareille manifestation", écrit Patrick Appel Muller dans l'édito. La fête reste un creuset des colères et des espérances. Elle a vu défiler Aragon, Picasso, Saint-Laurent, Jean Ferrat et Mireille Mathieu... ça, c'est le meilleur souvenir de Gérard, un militant dans Libération : "C'était en 72. Elle avait dit que le PC était un parti de cons. Les jeunesses communistes avaient acheté des tonnes de tomates à Rungis". Elle s'en est pris plein le bol ! Patrick Cohen : Aux Etats-Unis, le débat autour de l'islam est de plus en plus tendu... Guyonne de Montjou : A 24 heures du 11 septembre, et de ses commémorations aux Etats-Unis d’ordinaire assez « soft »… des flammes et un suspens… Brûlera, brûlera pas ? Les journaux américains évoquent ce projet du pasteur intégriste Terry Jones de brûler un Coran demain… Et c’est l’occasion pour le « Constitution » d’Atlanta de consacrer un encadré à la symbolique du livre saint des musulmans. L’article rappelle que, selon les autorités de la mosquée Al Azhar, qui fait référence, « brûler un Coran, c’est commettre le crime le plus grave aux yeux des croyants en l’Islam ». Le Miami Herald évoque les milliers d’e-mails que les Américains expatriés au Moyen Orient ont envoyés au Pasteur Terry Jones, le suppliant de renoncer à son projet. Hier, sa boîte mail était pleine. L’article explique que la police manque de moyens légaux pour empêcher cet autodafé. La loi de l’Etat de Floride autorise les feux à condition qu’ils n’excèdent pas 9 mètres carrés. Avec un soupçon d’ironie, le Miami Herald nous apprend que ce pasteur prêt à enflammer le monde musulman ne compte pas plus de 30 fidèles dans sa propre ville. Bruno Duvic : Pour le Figaro, Laure Mandeville a suivi le débat hier sur CNN, à propos de la mosquée à New-York. Il en disait long sur les deux Amériques qui s'affrontent. D'un côté, des intellectuels, Pour la mosquée : "Il faut aider l'islam modéré". De l'autre, la soeur d'un homme mort dans les twin towers : "New-York a des centaines de mosquées, de synagogues et d'églises, elle est déjà très tolérante alors pourquoi ici ?". Allez pour finir, entre la Fête de L'Huma, l'affaire Bettencourt et le débat sur les retraites, il y a un parfum de lutte des classes dans la presse. Deux personnes l'incarnent : c'est un couple de sociologues, à la fois petits bourgeois, amis des riches et vieux "cocos". Michel et Monique Pinçon-Charlot roulent en Kangoo, portent des birkenstock et vivent dans un pavillon de banlieue. Mais leur spécialité de sociologue, c'est la grande bourgeoisie. Leur portrait est dessiné par l'une des meilleures plumes du Nouvel-Obs cette semaine, Sophie des Déserts. Cela fait des années que ces deux cocos des riches ont infiltré le monde du fric. Et avec leurs airs de ravis de la crèche, ils publient en cette rentrée, un livre à l'encre rouge sur Nicolas Sarkozy. C'est titré "Le président des riches". Et en exergue, il y a une citation de Warren Buffett, le gourou de la finance mondiale : "Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, celle des riches, qui est en train de la gagner". Les gentils Pinçon sont devenus féroces. Il faut toujours se méfier des petits vieux en Kangoo !

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