(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un café, l'addition !

(Bruno Duvic) Hier soir, nous en avons pris pour 2 ans.

"Deux ans pour redresser le pays", la citation est en manchette de La Dépêche du Midi , qui ajoute : « le président Hollande a tenu hier soir un langage de vérité. »

Deux ans pour réduire le déficit, inverser la courbe du chômage (là c'est même un an), restaurer la compétitivité de la France. C'est le chemin du redressement, l'agenda 2014.

La première vérité, elle est à la Une du Parisien-Aujourd'hui en France : « Hollande présente l'addition. 30 milliards d'économies à faire. »

30 milliards dont 20 milliards de hausses d'impôts.

« Hollande présente sa facture fiscale » pour Le Figaro

C'est un « Tour de vis fiscal sans précédent », précisent Les Echos ...

Première analyse de Mediapart : « il assume coûte que coûte une politique de rigueur pour revenir à un déficit 3% fin 2013 ». Rigueur que ne renie pas le Wall Street Journal , édition Europe, c'est le gros titre de Une : « Hollande esquisse un plan d'austérité. »

Alors « redressement » oui, mais « redressement fiscal » pour l’éditorial du Figaro

« A l'heure où nos voisins européens engagent dans l'urgence de douloureuses réformes de structure, François Hollande privilégie la fiscalité », écrit Paul Henri du Limbert.

Hausse des impôts, c'est clair.

10 milliards d'économie, c'est plus flou. Et pour la compétitivité et le coût du travail, le président donne encore une chance aux partenaires sociaux.

Mediapart résume les négociations à venir : « Il s'agit bien de promouvoir la fameuse ‘flexisécurité’ à la scandinave : des salariés mieux formés, mieux accompagnés, mais aussi un marché du travail plus fluide. » Aux partenaires sociaux de se mettre d'accord, sinon l'Etat prendra ses responsabilités.

Dubitatif Jacques Camus dans La République du Centre : « S'il a bien fixé le rythme et le cap, François Hollande est toujours resté flou sur le contenu précis des réformes. »

A défaut de clarté sur les mesures, les journaux apprécient la clarté sur le calendrier. 2 ans de redressement puis 3 ans pour une société solidaire - à voir. Dans La Dépêche du midi , Jean-Claude Sluléry salue « ce moment de vérité qui prend à rebours la pratique historique de la gauche au pouvoir. Contrairement à 81, les roses fleuriront plus tard. »

Jean-Michel Helvig s'interroge dans La République des Pyrénées : " Suffit-il de dire la vérité dans une société inquiète qui attend des résultats ? C'est tout le pari."

« Si le scénario tourne mal, complète Francis Lafont dans L'Alsace , ce sera l'austérité plus les promesses non tenues et une austérité encore plus grande. »

Voilà pour l'addition... Le café ?

Le café, c'est le côté un peu plus énergique, serré, combattif du chef de l'Etat hier soir. "Hollande le combattant", titre Didier Pobel sur son blog. "Hollande en première ligne", titre Le Parisien-Aujourd'hui en France qui a relevé quelques phrases clés de l'interview : « j'accélère (…) je ne me défausse pas (…) je sais où je vais (…) les couacs entre les ministres, c'est fini. »

Dans Le Télégramme , Christine Clerc a tout de même trouvé le président normal encore un peu édulcoré. « Face à l'avalanche des critiques qui le visent depuis quelques semaines, François Mitterrand aurait montré sa force et sa colère. Hollande a montré son calme. »

Je vais accélérer, atlantico.fr également a repéré ce passage. Et sur slate.fr Jean-Marie Colombani semble le regretter : « Les impatients devraient être satisfaits, François Hollande a réduit son mandat de 5 à 2 ans. La pression médiatique et sondagière aura donc eu gain de cause sur le calendrier. »

Dernier point sur Rue89 , Pascal Riché relève aussi ce dont le président n'a pas parlé hier soir : entre autres les conflits sociaux et le traité européen qui divise tant la gauche

Avant l'interview de François Hollande, il a été question de fiscalité une bonne partie du week-end.

Avec la décision de Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France de demander la nationalité belge en plus de son passeport tricolore.

Il a précisé que ce n'était pas pour des raisons fiscales – en clair pas pour fuir le prélèvement à 75% des revenus les plus riches. Parmi les pistes dans les journaux, celle d'une association avec l'homme d'affaire belge Albert Frère.

Hier soir le président a précisé les contours de cette mesure (les 75%) qu'il qualifie d'exceptionnelle, notamment dans le temps et symbolique.

Donc le patron d'LVMH a beau jurer que sa démarche n'a pas de lien avec les impôts, soit la presse ne le croit pas soit elle y voit au moins un symbole.

La Une choc du jour c'est celle de Libération : Bernard Arnault, une valise rouge à la main et ce titre : « Casse toi, riche con ». Allusion au casse toi pauv'con. Edito de Nicolas Demorand : « Et s'il nous rejouait la fuite à Varennes ? (…) Alors que se profile la rigueur, les élites du pays témoignent toujours de la même légèreté morale. (…) Qu'on n’aille pas ensuite se lamenter sur la montée du populisme. »

« Casse toi, riche con », c'est le buzz du jour sur Twitter. Rue89 a déjà recensé quelques messages percutants et critiques :

  • Ils auraient pu trouver une valise aux couleurs de LVMH au moins

  • C'est une insulte publique à l'entreprenariat

  • Libé se prend pour un tabloïd

Même un Belgique, l'affaire fait parler. Le Soir de Bruxelles consacre un article à cette Une sur son site Internet.

Et dans les commentaires :

  • les journalistes de gauche, les seules personnes qui ont le droit de calomnier

Un autre lecteur, dans le même registre que la Une salue ce journal qui a des couilles

Quoi d'autre dans la presse ?

L’addition pour Bernard Tapie qui a retrouvé une vie de nabab dixit Mediapart . Le site s'intéresse notamment à la villa de 47 millions d'Euros qu'il s'apprêterait à acquérir à Saint-Tropez. Interprétation de Mediapart : « Depuis que son ami Nicolas Sarkozy a pesé sur le cours de la justice dans l'affaire Adidas Crédit Lyonnais et lui a permis de mettre la main sur 403 millions d'Euros, Bernard Tapie coule des jours heureux. »

L'addition pour les internes en médecine, selon une étude publiée par Le Parisien : « Le grand surmenage des Internes. La loi sur le repos de sécurité (récupération obligatoire au bout de 24 heures de travail) n'est pas respectée dans 20% des cas. 15% de ces jeunes médecins estiment faire des fautes médicales lorsqu'ils dépassent le quota autorisé. »

Enfin l'addition de ferraille pour les ponts de Rome. Les cadenas d'amour commencent à peser trop lourd. C'est une pratique, raconte le Figaro, qui remonte aux années 80 et au succès d'un livre. Deux adolescents échangeaient des serments d'amour en gravant leurs initiales sur un cadenas jeté dans le Tibre, le fleuve de Rome. D'autres ont suivi, qui accrochaient le cadenas aux différents points. Pour celui qui a le plus de succès, le Ponte Milvio, cela représente des quintaux d'acier. La municipalité va les retirer. Allez savoir pourquoi, ils seront conservés au musée des arts et traditions populaires, à coté des trésors aztèques…

A demain

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.