Dans la presse ce matin : de particulier à particulier

La villa est couleur loukoum. Un jaune pâle tirant sur le vert. La façade possède six balconnets à colonnades blanches. A l'intérieur, la chambre à coucher est en acajou et dans le salon, le bar est rempli de bouteilles de Cognac en forme de tour Eiffel.

Maria aime le luxe, elle dit, le "louxe". La villa, elle y vit une petite partie de l'année seulement. Le reste du temps, c'est un F2, à Bagnolet avec 50 Roumains, comme elle, pour voisins.

Maria est femme de ménage à Paris. Son mari monte et démonte des stands dans les foires expo. A eux deux, et pour les deux enfants, ils gagnent 3.500 Euros. Chaque mois, ils en épargnent le tiers. Au fil des années, les noisettes se sont transformées en villa de « louxe » en Roumanie.

Dans la revue de photojournalisme 6 mois , Léna Mauger et Petrut Calinescu racontent l'histoire de ces Roumains, qui vivent une valse à deux temps. Femme de ménage, vendeuse en boulangerie, ouvrier sur des chantiers en France. Mais en Roumanie, une Porsche au garage, des mariages à 3.000 invités et une baignoire d'angle dans la salle de bain.

Le village de Maria au moment de Pâques, quand tout le monde revient, c'est les Champs-Elysées ! On célèbre une émigration réussie : « Si je roulais en Dacia dit Maria, les gens ils penseraient que je fais quoi en France ? »

Mais derrière la façade couleur loukoum, des conflits de génération, entre les petits-enfants qui n'envisagent pas la vie sans Playstation et les vieux qui dénoncent la folie de leurs enfants.

Avant le « louxe », il y eut des années à trimer, avec ou sans papier, souvent séparé de sa famille et sans certitude. Dans le reportage de 6 mois , image d'un homme qui vient d'arriver en région parisienne et vit dans un campement. Il a demandé que la photo soit envoyée à sa femme en Roumanie, pour qu'elle sache à quel point il rame.

Maria ne pourrait pas s'offrir une villa à Paris...

N’y pensez même pas ! Pas même la location d'un F2, comme à Bagnolet. Les tarifs grimpent jusqu'à 1500 Euros par mois pour un deux pièces dans la capitale rappelle Libération . Voici donc une loi contre la flambée des loyers. C'est la Une du Parisien-Aujourd'hui en France . Projet de loi Duflot discuté à l'Assemblée. Encadrement et garantie universelle des loyers, et frais d'agence sous surveillance.

La ministre a-t-elle trouvé la martingale pour faire baisser les prix ? En tout cas, dès l'ouverture des discussions, elle déclenche une belle bagarre ce matin dans les journaux. Les lobbys sont de sortie, raconte Libération . Dans les milieux de l'immobilier, certains ont embauché des cabinets de communication, des parlementaires ont été contactés et briefés, des amendements suggérés. 1300 amendements ont déjà été déposés.

Les plus en colère sont les propriétaires

Denys Brunel, président de la chambre des propriétaires dans Le Parisien-Aujourd’hui en France : « cette loi va dégoûter les investisseurs ». Dans Les Echos , François Vidal dénonce une chasse aux propriétaires : « Le postulat de départ de ce projet de loi est dévastateur. Il faudrait avant tout défendre les gentils locataires face aux pratiques abusives des méchants propriétaires. De quoi gripper encore plus un marché qui n'en avait pas besoin. »

Pour Mathieu Croissandeau dans Le Parisien , « tout cela a le parfum désuet de l'économie administrée. Mais, depuis deux décennies ans, les locataires ont été dégoutés par la délirante flambée des loyers qui a rempli les poches des propriétaires et engraissé tout un nombre d'intermédiaires. C'est parce que le marché déraisonne que l'Etat s'en mêle et non l'inverse. En cela, la loi Duflot mérite d'être saluée. »

Régulation donc, la fondation Abbé Pierre aurait aimé qu'elle aille plus loin. Dans L'Humanité , Christophe Robert, son délégué général, critique un dispositif qui fera baisser les loyers assez chers mais pour ceux qui y ont déjà accès. Insuffisant pour les plus pauvres.

Est-ce qu'il s'attaque ce texte à la racine du mal, la pénurie de logements en France ? La Croix en doute, malgré les dispositions que contient le texte. En chiffres ronds, il faudrait construire plus de 400.000 logements par an. On est à moins de 350.000.

Des propriétaires aux patrons

Et cette Une de Libération qui fera peut-être hurler au Medef. François Hollande "Le président des patrons". Réforme des retraites, préparation du budget… Les choix économiques et sociaux du gouvernement s'affinent, et Libé dénonce un virage. D'aides en ristournes, le chef de l'Etat a mis peu à peu en œuvre une politique de l'entreprise, globalement injuste et éloignée de son programme de gauche.

Les ménages financent les baisses d'impôts des entreprises, dans le budget 2014, la réforme des retraites est indolore pour les employeurs, la fiscalité du capital est moins lourde qu'annoncée, etc.

« Entreprises, Hollande répond présents », titre encore Libération .

« François Hollande, écrit Eric Decouty prend le risque de se couper davantage des classes moyennes qui ont construit son élection ». En pariant sur la responsabilité des patrons pour relancer l'économie et faire baisser le chômage, en pariant sur une politique de l'offre plus que de la demande, « il joue l'essentiel de son mandat. »

Hollande nettement moins à gauche que promis pendant la campagne ? A son propos, Christian Salmon de Mediapart parle d'un socialisme géo stationnaire. « Comme les satellites du même nom, il se déplace de manière exactement synchrone avec la planète néo-libérale et reste donc au même point de la surface. »

Quoi d'autre dans la presse ?

La vie de merdre de Jérôme Kerviel. C'est lui qui le dit dans 20 minutes . L'ex trader de la Société générale sort de son silence. « Cela fait 6 ans que je suis enfermé dans le couloir de la mort sociale. » Pas d'emploi, pas de revenu, pas de sécu pas de logement. Il demande qu'une commission d'enquête parlementaire travaille sur les pertes de la Société générale. Il estime que toute la lumière n'a pas été faite sur l'affaire qui porte son nom.

Le Figaro en campagne contre Manuel Valls. Le journal fait la synthèse d'une batterie de chiffres, ce qu'il appelle « le tableau de bord du ministère de l'Intérieur ». Et cela donne en manchette : « Insécurité, l'alerte rouge ». « Tous les indicateurs des statistiques de la délinquance du ministère de l'intérieur sont au rouge écrit le journal ». Edito d'Yves Thréard : « La cote de popularité de Manuel Valls est inversement proportionnelle aux résultats qu'il obtient sur le front de la délinquance. »

Et dans Les Echos , à la page Opinions, un texte singulier, écrit quasiment de particulier à particulier. Il parle de la violence du monde des affaires. C'est intitulé "Mort d'un directeur financier" et signé Jean-Marc Vittori. Le directeur financier de Zurich Insurance s'est donné la mort fin août. C'était un ami un peu perdu de vue, de l'éditorialiste des Echos .

Il a laissé deux lettres avant de partir. L'une à ses proches, l'autre à son entreprise. Dans la seconde, il incrimine à plusieurs reprises le président du conseil d'administration de sa compagnie d'assurance, qui a d'ailleurs démissionné de ses fonctions. Une enquête interne est ouverte. Les deux hommes étaient manifestement en désaccord sur la façon de présenter les comptes. La rentabilité de l'entreprise avait diminué ces dernières années. « L'affrontement entre les deux semble avoir été virulent écrit Jean-Marc Vittori. Les batailles pour le pouvoir et l'argent sont d'une rare violence dans les hautes sphères de l'entreprise et le directeur financier est au cœur des contradictions du capitalisme actuel, coincé entre les actionnaires et les entrepreneurs.

Je ne saurai jamais si Pierre s'est enfermé dans ces contradictions jusqu'au désespoir ultime.

Mais je sais que la vie peut être chienne, même avec ceux qui ont tout pour réussir. »

A demain.

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