Courage de Charlaine qui depuis douze ans vit la torture d'une mâchoire en miettes, Sud-Ouest. Courage de "Pitof", diacre et CRS, qui a vu des gilets jaunes rendre hommage à un collègue suicidé, la Croix. Courage des femmes philippines, bonnes méprisées à Paris pour nourrir leurs enfants au pays, Koï.

On parle d'un vieux secret de la République...

Et on parle de vieux morts victime d'une vieille tragédie, 51 ans déjà, des passagers innocents qui voyageaient dans un avion air france qui peut-être ont été tué par un missile français et qui peut-être auront droit à la vérité. Nice-Matin l'affirme, le secret défense va être levé dans l'affaire de la caravelle Ajaccio-Nice, qui s'écrasa en mer le 11 septembre 1968, bilan 95 morts dont 13 enfants. Emmanuel Macron a demandé à la ministre de la défense Florence Parly de saisir la commission de la défense nationale de l'assemblée, ce qui permettra de déclassifier des documents indispensables à l'enquête judiciaire. Des familles des victimes seront reçues à l'Elysée, le Président de la République lis je "mesure humblement l'affliction" de ces familles. Et ce mot "humblement" contraste avec l'orgueil usuel de nos institutions  Vous pourrez lire un article du Parisien il y a deux ans, septembre 2017, un dossier de Corse Matin il y a quatre ans, qui racontent le combat des frères Paoli dont les parents Ange-Marie et Toussainte étaient dans l'avion, et qui racontent aussi ce qui devrait faire scandale, le journal de bord du lance-missile Suffren amputé de  la page du 11 septembre 1968, page arrachée, des agents des renseignements généraux qui, ce 11 septembre, saisirent la bande-son d'une équipe de télévision venue ce jour là faire un reportage sur la base aérienne de  Mont-Agel, et sur la bande son on entendait ces mots "on l'a perdu, on l'a perdu"... On avait perdu sans doute un missile lancé à l'entrainement, qui serait allé vers la chaleur de la Caravelle... Les Paoli le pensent le doyen des juges d'instruction de Nice  Alain Chemama le pense également mais son action était bloquée par le secret défense... Et cette histoire nous raconte aussi ce qu'Emmanuel Macron appelle parfois l'Etat profond, qui se protège et ignore même la volonté politique. En décembre dernier, le Président avait déjà soutenu les familles  "Soyez certains que je partage votre volonté que la lumière soit faite" disait-il mais rien n'avait bougé alors. Hier les maires de Nice et d'Ajaccio cosignaient une tribune pour dire qu'un Etat se grandit à reconnaître ses erreurs... Ils citaient Nietzsche: R"ien n'est plus nécessaire que la vérité"...

On peut défendre les siens sans le secours des philosophes. L'Ardennais me dit la colère du maire de Nouzonville contre la SNCF qui néglige la vallée de la Meuse où les trains sont bondés, des salariés perdent leur travail d'arriver en retard, il parle de mépris, il n'est pas de petit combat.  Les citoyens, eux  doivent s'armer de courage et de tant patience, face à l'Etat ou face aux malheurs, petits ou grands.

Et on parle dans Sud-Ouest du courage d'une femme...

Elle a 32 ans elle s'appelle Charlaine, et depuis 12 ans vit les atrocités de la douleur. En mai 2007, dans une fête, une soirée mousse à Mauléon, quelqu'un la pousse, elle tombe la tête la première sur un bloc de béton. Elle se réveille chez elle, la mâchoire bloquée, elle la remet en place, mais la mâchoire était fracturée, et depuis, la douleur ne atroce ne la quitte plus et c'est dans cette douleur que Charlaine vit, elle se nourrit de soupes, elle met deux enfants au monde dont le cadet s'inquiète parfois: 

" Vas-tu mourir maman?  

-Mais non je suis de la mauvaise herbe je repousse toujours..."

Elle  subit des opérations, douze fois, son nerf temporal est sectionné, elle ne sent plus le côté droit de son visage, les antidouleurs n'ont plus d'effet sur elle, et pourtant elle vit, et espère désormais une prothèse intégrale, faite sur mesure, mais cette prothèse n'est pas remboursée par la Sécu, elle coute 10.444 euros et cinquante centimes, elle n'a pas le premier sou, elle lance une cagnotte sur internet et parle dans Sud-Ouest. C'est le nom de l'espoir... Je compare le dénuement de Charlène au destin dans le Parisien de Michael Schumacher, champion automobile qui se fracassa le crâne en tombant au ski et qui depuis se soigne et survit dans le secret des rois, qui serait traité à Paris dans un service de pointe... La souffrance ne se quantifie pas.  

On vit et on patiente. Le Bien Public me parle d'une femme invalide à Nuit Saint-Georges, coincée avec son père depuis dix ans dans un appartement insalubre où le sol se décolle et les champignons poussent. On vit et on s'entraide. Libération raconte Pierre, 80 ans qui ne voit plus mais qui échappe à l'Ehpad, hébergé par Valérie qui était son auxiliaire de vie, cela se passe dans le Pas-de-Calais. Elle surveille qu'il n'abuse pas de charcuterie, la goutte, et lui demande juste qu'on l'appelle papy. La Provence raconte Sébastien qui est "socio-coiffeur", il a suivi des cours, pour  soigner les âmes comme les chevelures, accompagner une ancienne danseuse devenue toxicomane qui après la coupe se trouvera belle à nouveau. La Croix raconte un diacre, un serviteur laïque de l'Eglise, mais lui est aussi CRS, Christophe Leclerc, qu'on surnomme "Pitof"; il fait le pont entre deux mondes et dit qu'il ne juge pas et pardonne et il voudrait que nous parlions, plutôt que de violence, de ces gilets jaunes qui en janvier dernier sont venus déposer une gerbe à Saint-Omer en hommage à un CRS suicidé.

On se suicide sur cette planète, une personne décide d'en finir toutes les 40 secondes dit le Monde en citant l'OMS, plus souvent chez les pauvres  et parfois là-bas, aux pesticides, ce fléau qui rencontre le désespoir intime... Une planète propre garerait mieux ses enfants?

Et un champion français pour finir...

Qui dans le Courrier picard témoigne de la résilience...  je le vois éclatant de joie sous une pluie battante, il s'appelle jean-Louis Cozette et au moment de son triomphe au stade de Kazan en Russie, il a pointé le doigt vers le ciel en hommage à sa maman morte il y a deux ans... Il est le deuxième meilleur serveur en salle du monde, couronné aux Olympiades des métiers...Il peut ce jeune homme nous conseiller sur le bon choix d'un vin thaïlandais. Tiens à propos de service et d'Asie: Koï, revue des cultures asiatiques, raconte ces femmes philippines qui vivent dans des mansardes et servent dans l'Ouest parisien des riches insouciants, qui les payent parfois, quand ils y pensent, au caprice, et leur font sentir le mépris, mais ces femmes tiennent bon, pour leurs enfants restées au pays. La patience et le courage, il ne reste que ça.  

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