Bruno Duvic : Avec une question en filigrane ce matin : où nous mène la guerre ? Clotilde Dumetz : Et a priori, constatent vos journaux, pas là où nos dirigeants voulaient aller... En Libye, on retourne à la diplomatie... et en Côte d'Ivoire, le président sortant n'est toujours pas sorti de son bunker. C'est ce que rappelle Daniel Muraz, dans Le Courrier-Picard : "C'est le propre de chaque guerre que de voir son but se diluer dans la fureur des combats, le sang, la violence et la mort. La réalité du terrain s'avère nettement plus compliquée que le chemin pavé de bonnes intentions sur lequel pensaient s'engager les Occidentaux". "Nous avons assez de troupes et d'équipements pour gagner cette guerre"... C'est la méthode Coué du général Younès. Nous sommes à Benghazi en Libye… un reportage à lire dans Libération... Le camp du 17 février a ouvert le mois dernier dans la capitale de la rébellion, il aurait déjà formé 3.000 volontaires. Et le porte-parole de ce camp d'entraînement explique : "C'était trop le foutoir au début, tout le monde partait faire n'importe quoi. Maintenant, il y a un tri". Mais si les insurgés libyens tentent de se professionnaliser, c'est la solution négociée qui gagne du terrain, note Libération qui analyse les propos que répète le secrétaire général de l'OTAN, le Danois Anders Rasmussen : "Il n'y a pas de solution militaire au conflit, la solution est politique et elle est l'affaire du peuple libyen". Evidemment, les situations en Libye et en Côte d'Ivoire ne sont pas les mêmes. Mais "les deux dirigeants, se souvient Xavier Panon dans La Montagne, devaient tomber comme des fruits mûrs. Or, ils font preuve d'une résistance tenace et embarrassante pour Nicolas Sarkozy". Parce que face à l'OTAN, dans les deux cas, constate Patrick Fluckiger dans L'Alsace, "il y a des armées régulières équipées et formées entre autres par la France. La France qui s'acharne donc à démolir des machines de guerre que ses gouvernants de droite et de gauche ont patiemment mis sur pied en faisant semblant de croire qu'elles n'avaient pas vocation à être utilisées, et surtout pas contre les civils". Sur "Rue89", vous lirez enfin cette compilation d'Aurélie Darbouret. La journaliste a feuilleté la presse étrangère ces derniers jours, et elle constate que "les médias étrangers raillent Sarkozy, le va-t-en-guerre". Exemple, le quotidien suisse "Le Temps", qui rappelle qu'en janvier, alors que la France rechignait à soutenir le peuple tunisien, Nicolas Sarkozy faisait des déclarations allant dans le sens de la non-ingérance. Depuis, la doctrine s'est infléchie". Il y a aussi "Newsweek", qui met le président français en couverture, avec ce titre : "Sarkozy's war"... « La guerre de Sarkozy », c'est a priori comme ça que l'on surnomme les opérations militaires en Libye à la Maison Blanche. Outre Atlantique toujours, le New-York Times qui trouve que « Sarko l'Américain », dans ses habits de leader fanfaron du monde, tient plus d'un « Ronald Reagan gaulois » que d'un Charles de Gaulle. Et puis, il y a aussi "Panorama", un hebdomadaire italien pro-Berlusconi, qui titre "Sarkofago"... "Sarcophage" en Français... avec un montage-photo du président français habillé en Napoléon, et qui titre donc : "L'homme qui voulait ressembler à Napoléon". En même temps, Empereur, c'est quelque part plus simple... Bruno Duvic : Pas de rendez-vous électoraux, par exemple... Clotilde Dumetz : Parce que pendant ce temps-là, dans l'Hexagone, Le Parisien Aujourd'hui-en-France note : "Confiance : cote d'alerte pour Sarkozy". C'est l'enquête mensuelle du journal avec Harris-Interactiv, où 74% des sondés ne font pas confiance au chef de l'Etat. Autre enquête sur le même thème dans Libération, où là, selon un sondage Via-Voice, le président bat son record d'impopularité, et où l'on voit que l'électorat UMP est de plus en plus tenté d'aller voir ailleurs. Et comme en écho, dans les pages "Rebonds" de Libération, cette lettre-ouverte d'une bénéficiaire du RSA. Elle s'appelle Julie, et elle écrit : "Mr le Président, je souhaite vous faire part de la situation lamentable dans laquelle je suis". Et elle raconte, Julie, qu'elle est titulaire d'un Bac 4, en Science de l'Education, mais qu'elle n'a toujours vécu que dans la précarité, de petits boulots en petits boulots. En 2009, elle avait trouvé un poste de médiatrice en réussite scolaire, en contrat d'accompagnement dans l'emploi. Elle aurait du y travailler jusqu'en septembre 2011, mais le 28 février, elle a perdu son poste puisque les médiateurs ont été supprimés par décision du gouvernement. A ce jour, explique Julie : "Je ne pourrais même pas accepter un emploi, parce que je ne peux payer ni la garderie scolaire de ma fille de six ans, ni l'essence pour ma voiture". En 2007, Julie avait rejoint l'UMP. Et elle conclut qu'elle ne sait pas où elle sera en 2012, mais qu'elle sait où elle ne sera pas. En politique toujours, vous lirez également dans Le Figaro : "Les 8 familles de la droite et du centre". Et dans ce jeu des 8 familles, vous trouverez par exemple, la famille Borloo, la famille Dupont-Aignan, la famille Boutin, la famille Villepin, etc... etc... Et évidemment, la famille UMP, avec dans le rôle du père ou du fils (on ne sait pas trop), Jean-François Copé. "Embouteillages à droite et au centre", note également Le Parisien Aujourd'hui-en-France, en évoquant 2012. Mais pour autant... pour autant, met en garde Patrick Appelmüller dans L'Humanité, "François Hollande est bien présomptueux en affirmant que le prochain président de la République ne peut être que socialiste. Cette illusion a coûté cher en 2002". Surtout que la question, c'est de savoir "combien seront-ils en 2012 à briguer nos suffrages ?". Si loin de l'échéance, on a déjà pléthore de prétendants, liste Francis Brochet dans Le Progrès de Lyon. Sans doute le signe d'une époque où le temps va plus vite, où le chef d'un jour est rarement celui du lendemain". Bruno Duvic : A lire également ce matin, Clotilde... Clotilde Dumetz : Sur le "Bondy blog", retour sur l'agression à la gare de Noisy-le-Sec. Discussion à la cité du Bois-Perrier de Rosny-sous-Bois, d'où venaient les agresseurs du jeune Haroun, 19 ans, violemment tabassé à la gare RER de Noisy, parce que ce jeune homme de Sartrouville sortait avec une jeune fille du Bois-Perrier. Si les filles n'ont pas de mots assez durs pour condamner l'agression, si elles compatissent avec la jeune fille qui a du déménager en urgence avec sa famille après avoir donné les noms des agresseurs, les adolescents qui connaissaient ces derniers ne nourrissent, eux, aucun regret pour ce qui est arrivé à la victime. "On lui avait dit de ne plus revenir ici", expliquent-ils benoîtement. Ils constatent juste que les agresseurs sont bêtes d'avoir fait ça devant les caméras. A noter ce matin également dans L'Humanité, ce dossier sur l'accès aux soins et sur les inégalités qui ont la vie dure en matière de santé. Sur ce terrain des inégalités de santé, la France est 14ème dans un classement sur 15 pays d'Europe de l'ouest, note L’Humanité. Deux chiffres, celui du taux de maladies professionnelles reconnues, il est de 1,2% pour les femmes cadres... 68% chez les ouvrières. Et on termine avec quelque chose d'un peu plus réjouissant. Sur "Rue89", vous apprendrez que c'est le collectif artistique « Voina », qui a remporté un prix tout à fait officiel en Russie, un prix de l'innovation artistique, patronné par le Ministère de la Culture. Sauf que « Voina » est un collectif subversif… « Voina, ça veut dire « guerre » en russe… et que l'œuvre en question est un phallus de 6 mètres de haut, peint sur un pont mobile, ce qui fait que quand le pont se lève, c'est comme une érection géante ! Et le lieu évidemment est symbolique : le pont se trouve juste devant le siège du FSB à Saint-Pétersbourg. Le FSB, c'est l'ancien KGB, les services secrets russes... et on ne doit pas souvent regarder par la fenêtre au FSB parce qu’il a fallu plusieurs heures avant que les autorités ne s'en rendent compte et n'effacent ce sexe subversif.

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