Les mots de Philippe Lançon, dans l'Obs et dans Charlie, et bientôt dans son livre, "le Lambeau"...

Les mots d'un survivant pour commencer...

"Je ne me vois plus. Je ne me regarde pas comme la sorcière de Blanche-Neige, pour me demander si je suis le plus beau ou le plus laid, mais pour savoir si je fais correctement mes exercices, si j'arrive à bien remonter la lèvre, si j'articule les syllabes comme il faut, et quand je tombe sur des photos de moi avant, je sais bien que ce n'est plus moi, je vois un étranger."

C'est dans l'Obs qui interroge cet étranger et donc notre frère, il s'appelle Philippe Lançon et sa vie est devenue un destin le 7 janvier 2015, les terroristes qui assassinaient ses amis de Charlie hebdo lui ont arraché la mâchoire de leurs balles... Après la fusillade, il voyait dans l'écran de son téléphone portable le reflet de son propre visage défiguré, "comme par une main de peintre enfantin" écrit-il dans un livre, qui s'appelle « Le Lambeau », comme ce lambeau de la peau de sa jambe qu'on lui avait greffé pour tenir lieu de menton... 

Lançon est un des plus justes écrivains de notre presse et ses chroniques  dans Charlie en témoignent... "Depuis la mort de mon père, je rêve parfois de son enterrement  et de nouveau des morts du 7 janvier. Il arrive même que tous se mélangent ou se relaient, comme si les seconds étaient des d'autres pères dont j'attends un regard". On lira donc Lançon dans Charlie, et dans l'Obs. Et dans son livre bientôt... La seule interview indispensable et le vrai livre à espérer. 

Philippe Lançon sera lundi avec vous, Léa, et nous entendrons alors qu'il est beau... 

Le journalisme n'est pas de la littérature. Mais il autorise  la beauté des mots...  "Il dansait dans le petit matin au milieu des vignes, c'était un comédien, un pèlerin, un ludion, un feu-follet, un astéroïde, un rapace, un renard du désert, il tutoyait l'aube et vouvoyait la nuit"... Ainsi dans l'Obs encore, Jérôme Garcin, celui-là même qui dialogue avec Lançon, se souvient de jacques Higelin, qui gambadait l'été 1990 à Ramatuelle.

Le journalisme n'est pas de l'art... Mais il nous le prête... Dans Télérama qui offre sa Une à Higelin,  on découvre un artiste barbu et doux, il est plasticien et s'appelle Kader Attia  et il a grandi à Garges, dans une ville populaire où les portes d'appartements étaient  "décorées d'une sourate du coran, d'une mezouzah juive un crucifix, un mantra ou un fétiche protecteur du sri lanka".. et de ces escaliers est née sa passion pour les objets des autres et la fragilité des destins dispersés...  Attia travaille sur les cicatrices visibles et la réparation... Il est dans Télérama, au palais de Tokyo  au Mac/val de Vitry-sur-Seine... Ses images font écho aux mots de Philippe Lançon... 

Un Mirage qui perd une bombe…

Et dans cette aventure l'idée des dieux qui nous  punissent... « Le ciel s'abat sur l'entreprise Faurecia » raconte sur deux pages la République du Centre... Faurecia, équipementier automobile dont l'usine de Nogent-sur-Vernisson a été percutée de plein fouet par une "ogive inerte" -de 16 kilos quand même- hier après midi, qui a défoncé le mur de l'usine et s'est  encastrée dans un robot..  Bilan deux blessés, sans doute par la chute d'une armoire.

Mais il d'autres enjeux dans cette histoire qu'un dysfonctionnement technique de l'armée de l'air et Faurecia est une belle entreprise absurdement touchée. Elle venait de signer le plus beau contrat de son histoire avec BMW, 6 millions de sièges auto, c'était dans les Echos le 28 mars... On découvre, dans auto hebdo, que Faurecia, hier, le 10 avril, le jour même de l'accident, ouvrait un nouveau centre technique à Yokohama...

Et on s'inquiète ce matin dans l'Est républicain. L'accident de Nogent-sur-Vernisson pourrait avoir des conséquences sur l'activité de Peugeot à Montbéliard. Car l'usine accidentée fournit des armatures de sièges pour les Peugeot 3008 dont les chaines tournent à plein régime... 

Des querelles politiques pour finir…

Elles sont épuisantes et tragiques dans des pays moins démocratiques que le nôtre, et le Un raconte ce matin les Présidents à Vie...  Elles sont chez nous d'une banalité féroce et elles ont le visage tranquille de François Hollande, dans l'Obs, le Parisien, Sud-Ouest, Libération, demain chez nous et la presse raconte les coulisses mesquines... « Hollande se livre et charge Macron », le Figaro, « Hollande règle ses comptes », le Parisien, « Macron Hollande, détestations croisées », l'Opinion...

L'ennemi de François hollande, donc Emmanuel Macron, fait les Unes du Figaro et de Libération qui poursuivent le débat sur la laicité... Mais La Croix est passé à autre chose et titre à sa Une sur et contre l'euthanasie, une nouvelle offensive qu'a lancée  hier le conseil économique et social et environnemental en faveur du suicide assisté. On comprend que du point de vue de l'Eglise, les mots d'Emmanuel Macron aux bernardins ne comptent guère en regard des enjeux sociétaux réels, et la Croix retrouve son identité. 

C'est la force des journaux de savoir qui ils sont. 

L'Humanité donne la parole à un autre survivant, que le journal communiste accompagne depuis une génération. Mumia Abdul Jamal est un journaliste américain condamné en 1982 pour un crime qu'il nie avoir commis, emprisonné depuis 37 ans. Sa vie aussi est un destin.

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