(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la vieille tante qui pique

(Bruno Duvic) Etonnant tout de même : le président français et la chancelière allemande se tiennent la main dans un contexte des plus solennels. Et en résumé tout le monde s'en fiche, pas une photo à la Une de la presse nationale.

L'Union européenne reçoit officiellement le prix Nobel de la paix et la presse la regarde comme une vieille tante qui pique, on hésite à l'embrasser. Il faut prendre le Financial Times pour voir à la Une Hollande et Markel hier à Oslo.

« 500 millions de citoyens européens étaient hier récompensés mais aucune scène de liesse sur le vieux continent », constate Laurent Marchand dans Ouest France .

Alors dans le Huffington Post , les patrons de l'Europe, Herman Von Rompuy et Jose Manuel Barroso font le travail eux-mêmes : "Notre continent porte les stigmates des lances et des fers, des canons et des fusils, des tranchées et des chars. Pourtant, la paix s'est installée en Europe. Elle aurait pu s'installer sans l'Union mais cela n'est pas certain. Elle n'aurait jamais pu être de cette qualité. L'arme secrète de l'Union, c'est cette manière incomparable de lier nos intérêts si étroitement par des négociations constantes que la guerre en devient impossible. »

Défense et illustration de la méthode européenne. Non mais vous rigolez ? Pour L'Humanité , le comité Nobel mérite le prix de l'humour. Et Bruno Odent de rappeler les souffrances populaires que provoquent les plans d'austérité. « La paix sociale n'a jamais été aussi menacée en Europe », selon Hervé Favre dans La Voix du Nord . Et pour lui, ce n'est pas l'Europe en tant que telle qui est en cause, mais ses actuels dirigeants, loin d'être à la hauteur de leurs ainés, enfants retombés dans leurs égoïsmes nationaux. Résumé de Dominique Quinio dans La Croix : « Un Nobel se reçoit (mais aussi) un Nobel engage. »

Qu'est ce que l'Europe ? C'est l'Etat providence, imaginé en pleine guerre par le Britannique William Beveridge. A l'heure de la crise, le « welfare state » est-il un boulet pour la vieille Europe ou un modèle pour le reste de la planète ?

Dans sa chronique dans Le Monde , Sylvie Kauffmann raconte comment les pays émergents qui croquent l'Europe sur tous les terrains de la mondialisation commencent à regarder avec intérêt cette vieille tante qui pique et son état providence.

En Asie, en Chine, en Inde, en Indonésie, on bâtit des systèmes de sécurité sociale. Le welfare state était synonyme de ruine et de perdition : ces pays voient désormais les inégalités comme un facteur d'instabilité et un frein au développement.

Reste à dire quels moyens on attribue à cet état providence.

Et en France, après la nationalisation, voici la départementalisation.

A Alizay, dans l'Eure, la papèterie M-Real vient de passer sous contrôle public, celui du Conseil général. Le département reprend le site, fermé depuis mars dernier. Le précédent propriétaire finlandais a abandonné l'affaire. Contrôle public provisoire. La papèterie doit être reprise dans les semaines qui viennent par deux entreprises, une thaïlandaise un française. Sur les 330 salariés, entre 150 et 200 seront repris immédiatement. C'est à lire dans L'Humanité .

L'Etat, lui, voit partir les exilés fiscaux. A la Une de Libération : « Le Maneken fisc », alias Gérard Depardieu. Et Libé , comme d'autres avant lui, essaye d'évaluer la réalité de cet exil fiscal. Comme d'autres avant lui, il ne donne pas de chiffres précis mais des témoignages de fiscalistes, d'agents immobiliers qui assurent que le phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur.

Quoi d'autre dans la presse ?

DSK, fin d'une saga. L'affaire new yorkaise est donc close après l'accord trouvé hier entre les deux parties. Là encore, pas grand chose à la Une à propos de cette affaire qui a tellement occupé les médias. C'est « Le prix du silence » pour Le Parisien . « DSK ou l'étoffe des zéros », dixit Libération en pages intérieures.

A la Une du Figaro ce matin, le bilan des trois élections partielles perdues par la gauche le week-end dernier. « Hollande, la sanction » : c'est un avertissement pour le président de la République.

Quand une ancienne DRH de la Poste veut porter plainte contre son entreprise pour harcèlement institutionnalisé. C'est l'histoire d'Astrid Herbert Ravel racontée ce matin par Rue89 . Elle est déjà en procès à titre personnel. Et recueille les témoignages pour une plainte collective.

Le ministère de l'Intérieur veut-il faire taire les associations qui viennent en aide aux sans papier dans les centres de rétention ? Selon Mediapart , le nouvel appel d'offres réduit leurs moyens, multiplie les tracasseries administratives et instaure une pénalité pour les associations qui ne respecteraient pas l'obligation de discrétion.

La fraude à la sécu à la Une du Progrès de Lyon. 3 millions d'Euros en 2012. Dans 90% des cas, à l'origine de la fraude, il y a les professionnels de santé eux-mêmes selon l'Assurance maladie du Rhône. Actes fictifs ou surfacturations.

Un site Internet d'information un pied dans la tombe. Owni.fr perd son principal investisseur. Sur la home page, le débat est ouvert sur les moyens d'assurer un avenir à ce site qui s'était fait une spécialité de la publication détaillées et analysées de données.

Direction le Brésil pour finir...

Depuis 6 mois, la presse française s'interroge sans cesse sur le thème : « la gauche au pouvoir, qu'est-ce que ça change ? » Au Brésil, ce que ça change c'est qu'il est de plus en plus difficile de trouver du petit personnel.

« Le torchon brule chez les bonnes » : c'est une enquête de Chantal Rayes dans Libération .

Cette année des employées de maisons étaient les héroïnes d'un feuilleton à la télé brésilienne. Histoire de 3 bonnes qui tiennent tête à des patronnes tyranniques et finissent par monter un groupe de musique pop.

C'est une histoire d'époque : depuis 2009, plus de 500.000 employé(e)s de maison ont rendu leur tablier. Au Brésil aujourd'hui, l'ascenseur social fonctionne. Depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2003, 36 millions de pauvres ont accédé à la classe moyenne. Et ce métier de femme de ménage chez les bourgeois, qui porte encore les marques de l'esclavage, est délaissée par celles qui le peuvent.

Francisca 47 ans vient de refuser une offre à plus de 1.000 Euros mensuels : « Pas question de perdre mon indépendance et de rester à disposition jusqu'à ce que Madame veuille bien se coucher ! »

A Sao Paulo, la directrice d'une agence de placement s'arrache les cheveux : « Autrefois ça grouillait de bonnes ! Aujourd'hui, les jeunes filles font des études et vont travailler dans les entreprises. Celles qui restent en profitent pour faire monter les enchères. » Les salaires des domestiques ont progressé de plus de 40% depuis 2002.

Chantal Rayes rappelle à quel point cet immense pays qu'est le Brésil est contrasté : ce sont surtout les jeunes qui vont voir ailleurs et dans les régions pauvres on est encore prêt à tout pour trouver du travail.

Mais à Sao Paulo, pour les courses et le ménage, les patronnes se rabattent dores et déjà sur des Boliviennes, des Péruviennes, des Haïtiennes, des africaines que la capitale économique du Brésil fait rêver. Il y a une expression pour ça : on dit « faire son Amérique ».

A demain

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