jean-marc ayrault justifie devant l’assemblée l'intervention en centrafrique
jean-marc ayrault justifie devant l’assemblée l'intervention en centrafrique © reuters
**L'histoire se déroule en deux temps.** Jeudi dernier, un représentant de l’organisation Human Rights Watch est avec un photographe dans le quartier musulman de Bossangoa en Centrafrique. Au domicile de l'imam, il rencontre un nomade de l'ethnie peule, jeune homme très maigre, blessé au genou. La plaie s'infecte, Ousman Abakar peut à peine tenir debout. Il vient d'être attaqué par des miliciens. Les deux témoins proposent de l'emmener à l'hôpital. Il est réticent. Sa mère, qui est présente, insiste. Il y va et montre un pouce levé aux deux hommes quelques heures plus tard après avoir été soigné. **Quatre jours passent.** Lundi, les deux témoins retournent dans le quartier musulman. Il est désert, en partie incendié. L'imam est trop choqué pour pouvoir dire quoi que ce soit. Onze personnes dont cinq femmes viennent d'être tuées devant chez lui. Un homme s'approche, tête baissée et chuchote : « Nous sommes désolés, mais les deux Peuls que vous avez ramenés, le jeune et sa mère, eux aussi ont été massacrés. » [Le représentant de Human Rights Watch, Peter Bouckaert, raconte cette histoire ce matin dans _L'Opinion_ . ](http://www.lopinion.fr/search/node/Peter%20Bouckaert) Il y a quelques jours, Maria Malagardis, [l'une des spécialistes de l'Afrique à _Libération_ , écrivait qu'il allait être difficile de distinguer les méchants et les gentils en Centrafrique.](http://www.liberation.fr/monde/2013/12/04/centrafrique-le-reveil-des-vieux-demons_964273) Nous en sommes exactement là. Les soldats de la Séléka ont multiplié les exactions depuis mars. Aujourd'hui que les militaires français viennent les désarmer, leurs victimes de ces derniers mois, majoritairement chrétiennes, crient vengeance et passent aux actes. Voilà un quartier qui porte bien son nom dans _Libération_ .[ Quartier fou à Bangui, où s’est rendue Florence Richard. ](http://www.liberation.fr/monde/2013/12/10/si-nous-partons-ca-finira-en-bain-de-sang_965604)« La mosquée est pillée, démembrée. La foule est montée sur le toit, arrachant la tôle, défonçant les cloisons à coups de pioche et de barre de fer. Un mur, un seul, résiste. Il servira d'écriteau pour laisser un message : ‘’Nous ne voulons plus des musulmans’’ » « Centrafrique, une opération à risques », titre _Libération_ . [« François Hollande dans la poudrière de Bangui », pour _Le Figaro_ . ](http://www.lefigaro.fr/international/2013/12/10/01003-20131210ARTFIG00623-francois-hollande-dans-la-poudriere-de-bangui.php) Déjà deux soldats français tués. Témoignage du père du première classe Nicolas Vokaer dans _Le Parisien Aujourd’hui en France_ : « J’avais un très mauvais pressentiment. On avait échangé par SMS quelques heures avant sa mort. Il m'avait décrit ce qu'il avait vu dans la journée. Des scènes atroces. » Entre reportage et analyse, Adrien Jaulmes, l'envoyé spécial du _Figaro_ , décrit cette situation qui s'est considérablement dégradée au cours des deux derniers jours à Bangui. « Au lieu de rétablir le calme, l'intervention des troupes françaises semble avoir précipité les violences interconfessionnelles qu'elles étaient censées enrayer (…) Les patrouilles ont quasiment cessé dans la capitale hier pendant la journée. Les hélicos continuent de survoler la ville mais rues appartiennent à nouveaux aux combattants des ex Séléka, ressortis des casernes où ils étaient restés cantonnés la veille (...) L'armée française manque déjà des effectifs nécessaires pour contrôler Bangui (…) Opération mal engagée. » La presse est déjà sceptique sur cette intervention : « On comprend qu'elle ne sera pas aussi brève qu'annoncé » relève Laurent Marchand dans _Ouest France_ , « [La France est seule](http://www.lalsace.fr/actualite/2013/12/11/la-france-est-seule) », ajoute Raymond Couraud dans _L'Alsace_ . «[ Pourquoi mourir à Bangui ?](http://www.charentelibre.fr/2013/12/11/mission-tous-risques-a-bangui,1869876.php) » se demande Jean-Louis Hervois dans _La Charente Libre_ . «[ Le chef de l'Etat a eu raison de déployer les troupes françaises pour mettre fin au massacre dans ce pays exsangue ](http://www.liberation.fr/monde/2013/12/10/boulet_965602)» écrit Fabrice Rousselot dans _Libération_ . Mais face à un Etat néant, la marge de manœuvre est réduite. » Denis Daumin se fait solennel dans _La Nouvelle République du Centre Ouest_ pour décrire la visite du président hier soir à Bangui: « ["On continue’’, a précisé hier le généralissime. La nuit tombait vite, comme partout sous l'équateur. Les lucioles se brulaient les ailes aux halogènes. Nous entrions dans le cœur des ténèbres. » ](http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2013/12/11/Tenebres-1720716) **François Hollande a donc passé sa journée d'hier entre Soweto et Bangui...** Après ces propos sérieux et même dramatiques, quelques dessins pour sourire. Lefred Thouron dans _Le Canard enchainé_ . Deux conseillers autour du président : « C'est bien d'aller en Afrique du Sud avec Sarkozy... Si vous allez en Centrafrique, vous emmenez Giscard ? » Pourquoi Sarkozy et pas Chirac aux funérailles de Mandela ? Réponse de Cabu dans _Charlie Hebdo_ . Un Chirac qui a retrouvé toute sa gaillardise met la main aux fesses d'une dame vêtue de noir. « Je vais te consoler la veuve ! » En tout cas, 6 jours après s'être éteint, Nelson Mandela fait encore la Une d'une partie de la presse française.
hommage à nelson mandela au soccer city stadium
hommage à nelson mandela au soccer city stadium © reuters
Les hebdomadaires publient presque tous des numéros consacrés à l’homme qui a fait tomber l’Appartheid. «[ Le monde salue Mandela](http://www.la-croix.com/Editos/Hommage-geant-a-Mandela-2013-12-10-1073992) » titre _La Croix_ ce matin, « Planète Mandela » dans _L'Humanité_ . Pour _L'Huma_ , Pierre Barbancey a suivi une dame de 90 ans qui a affronté la pluie et s'est levé alors qu'il faisait encore nuit dans sa banlieue éloignée de Johannesburg. Direction le stade de Soweto : « Nous lui devons bien » ça, dit-elle, dans un sourire édenté. Elle porte un béret vissé sur la tête et un patchwork aux couleurs de l'Afrique du Sud sur le dos. Ce dernier voyage de Mandela lui en rappelle d'autres, bons et mauvais souvenirs. « Quand la nuit, il nous fallait aller dormir dans le veld (la campagne), parce que les Blancs venaient nous tuer" "Et la première fois où j'ai voté. Je m'en souviendrai toujours. C'était le rush. Il fallait absolument qu'on vote pour être ensemble" Les journaux français sont encore dans l'hommage et l'émotion. Autre forme d'émotion, dans certains journaux sud africains. "Quelle honte !", titre ce matin le quotidien [_The Citizen_ ](http://citizen.co.za/98144/memorial11q/)après cette cérémonie : sifflets contre Jacob Zuma le président sud-africain, c'est Obama qui a parlé au cœur de la foule, le mauvais temps, la mauvaise organisation, des perturbateurs. « Ce qui devait être un grand moment a été ruiné ». Le dessinateur du Citizen, Siwela, croque un petit Zuma et une Afrique maigrichonne au pied d’un énorme haltère : c'est l'héritage de Madiba, trop lourd...
Poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro
Poignée de main entre Barack Obama et Raul Castro © AntoineKowalski
La cérémonie d'hier c'est aussi cette poignée de main Obama/Castro. Compte rendu très factuel, pas de commentaire, ni positif ni négatif, sur le site du journal officiel cubain [_Granma_ . ](http://www.granma.cubaweb.cu/2013/12/11/interna/artic06.html) Perplexité du _New York Times_ : « Le sens de ce geste est difficile à saisir. Obama voulait-il marquer une volonté de rapprochement avec Cuba ? Ou simplement éviter un impair diplomatique en ce jour dédié au pardon ? » **La Grande histoire et la minuscule** Les dictionnaires d'Oxford ont fait de « selfie », ces autoportraits que l'on prend avec son téléphone portable le mot de l'année. Un selfie est passé à la postérité hier. Celui de Cameron et Obama se prenant en photo avec une dame dans les gradins du Soccer City Stadium de Soweto. Le web se moque de ces dirigeants qui se comportent comme de grands gamins. Au fait c'est qui la dame au milieu ? C'est un photographe de l'Agence France Presse, Roberto Schmidt qui a saisi ce moment de détente. La dame c'est le premier ministre Danois Helle Thorning Schmidt. Et ce qui choque la presse danoise, en tout cas le journal _Politiken_ , c'est que l'AFP a mis deux plombes à trouver son nom ! Pendant deux heures, elle a été présentée dans la légende comme une « fonctionnaire du gouvernement non identifié ». Jolie blonde. Barack Obama a manifestement apprécié, Michelle son épouse un peu moins. Le _Huffington Post_ montre le petit ballet qui s'est joué dans les travées du stade. Première image : le président fait rire la ministre danoise à sa droite, Michelle, à sa gauche, a le visage fermé. Deuxième image, un peu plus tard, la première dame des Etats Unis s'est placée entre les deux. Et ca ne rigole plus du tout. Nelson Mandela était l'homme du rapprochement entre les peuples. C'est plus mitigé sur ce coup là… A demain.
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