(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : théorie du ballon

(Bruno Duvic) Ça se passe dans la stratosphère, 15 à 50 kilomètres au-dessus de nos cheveux. Des milliers de ballons gonflés à l'hélium reçoivent d'en bas un petit signal, se le transmettent comme une balle tout autour de la planète et le renvoient sur terre. Le signal permet d’accéder à Internet. Grâce au réseau de ballons déployé dans le ciel, plus de zone blanche, tout le monde est connecté.

Ce n'est plus un fantasme. C'est un projet dévoilé ce matin dans Le Figaro .

Google et le Cnes, le Centre national d'éudes spatiales en France, ont décidé de s'allier pour développer ce projet. Décollage du premier démonstrateur prévu l'année prochaine. Objectif : que le réseau de ballons qui permettra de relayer l’Internet dans le monde entier soit déployé à la fin de la décennie.

Cinq milliards de terriens n'ont pas Internet. Le ballon est une option, les autres s'appellent satellites ou drones. Le développement des drones, ces avions sans pilote, auquel s'intéresse cette semaine l'hebdomadaire Le 1 . « Plus que jamais, la maitrise du ciel assure la domination sur terre. »

Maitrise du ciel, enjeux, militaires, économiques, géopolitiques. Cette semaine dans L'Obs Pierre Haski revient sur les mésaventures de Galileo. Il devait être le concurrent européen du le GPS, le système de guidage américain par satellite qui équipe nos téléphones et nos voitures, entre autres. Galileo, technologie plus avancée que le GPS, la Chine s'y était ralliée. Promesse d'un succès européen majeur. Mais Galileo s'est embourbé dans le processus de décision européen. Il ne sera pas en service avant 2019. La Chine s'est lassée. Elle a lancé son propre système, déjà opérationnel dans l'empire du milieu. Il vient d'être homologué par une agence des nations unies. Pékin veut le rendre gratuit dans toute l'Asie dans les prochaines années. Belle occasion ratée.

La bataille pour conquérir les sociétés numériques… Cette semaine dans Le Point , le PDG d'Orange s'en prend à Google, justement, et son écosystème de plus en plus tentaculaire, jusqu'aux ballons dans le ciel, donc. « Il y a un risque réel de privatisation de l'Internet mondial. Les géants d'Internet sont en position de préempter des domaines d'avenir comme l'éducation, le paiement, la santé, la culture. Autant de secteurs dans lesquels les européens ont une carte à jouer » dit Stéphane Richard.

L'Europe comme un ballon qui se dégonfle ce matin dans la presse

Quatre pays européens précisément. Modèle économique, politique et social, discuté.

  • La Grande Bretagne. L'article du Monde qui lui est consacré pourrait être résumé ainsi. Vous préférez quoi ? Chômage ou précarité ? En Grande Bretagne, jamais le taux d'emploi n'a été aussi élevé. Formidable ! Mais le royaume compte aussi plus de cinq millions de travailleurs pauvres. Cinq millions de personnes dont le job rapporte moins que le salaire de vie, le minimum nécessaire pour vivre convenablement. Travailleurs pauvres, phénomène courant aux Etats Unis, commente Le Monde . En Grande Bretagne, ils sont apparus avec la crise. Explosion de leur nombre depuis 2008. Salaires réduits, travail précaire généralisé. Auto entrepreneurs bidons, contrats à zéro heure.

  • Modèle politique questionné. Les Echos consacrent une page ce matin au parti Podemos, le mouvement qui est en train de bousculer la politique espagnole. Pour la première fois, des sondages place un autre mouvement que les partis socialistes ou populaires en tête. Podemos, c'est le mouvement des Indignés de la Puerta del sol qui trouve un débouché et une structure politique. Démocratie largement participative en son sein, utilisation massive des réseaux sociaux. Programme très à gauche lors des dernières européennes, plus classiquement social-démocrate en vue des législatives de juin. Question : les sondages, les tout derniers sont un peu moins flatteurs, se traduiront-ils dans les urnes ?

    • Modèle social. C'est un peu plus qu'un frémissement en Allemagne, devenu le deuxième pays d'immigration au monde après les Etats Unis. « Crise d'intolérance en Allemagne », titre Libération . Depuis quelques semaines, un mouvement anti-immigration enfle dans plusieurs villes. 10.000 personnes lundi dernier à Dresde. Des militants d'extrême droite mais pas seulement, ils sont même minoritaires. Commentaire d'un politologue : « une partie importante de la population se rebelle contre un développement sur lequel on ne l'a pas consultée : le fait que l'Allemagne devienne une terre d'immigration. »

En France c'est le vivre ensemble malmené qui traverse beaucoup d'articles et de titre ce matin.

L'agression de Créteil à la Une de Libé : « Autopsie d'un crime antisémite ».

La controverse autour des crèches qui agace la presse chrétienne, Pélerin et La Vie . « Stop au psychodrame ! », écrit Anne Ponce dans son édito de Pélerin . Pélerin qui se demande par ailleurs à la Une si nos églises, de plus en plus souvent fermées sont encore des lieux d'asile ?

Le vivre ensemble questionné dans la presse, c’est aussi ce maire d'une commune de la Sarthe qui a décrété : plus de repas de substitution à la cantine de l'école. Les parents d'élève dans Le Maine Libre ne comprennent pas : « Pourquoi changer quelque chose qui satisfaisait tout le monde ? »

Ce sont encore les deux Unes radicalement opposées de Valeurs actuelles et Politis . A ma droite « Immigration, enquête sur le grand remplacement », cette idée selon laquelle sous le poids de l'immigration l'identité de la France est menacée. A ma gauche : « Islamophobie, un racisme banalisé » en première page de Politis .

Le vivre ensemble, parlez-en à Nadine Morano et Nicolas Sarkozy. L'ex fidèle très fâchée contre l'ex président qui ne lui a pas proposé de poste convenable selon elle à l'UMP. Elle règle ses comptes ce matin dans Le Républicain lorrain . "Je préfère rester à l'extérieur de cette foire d'empoigne où lui-même finit pas faire le contraire de ce qu'il dit". Et l'ex trésorière des amis de Nicolas Sarkozy ajoute : « En ce qui me concerne, c'est terminé ! »

Le vivre ensemble, parlez-en à Manuel Valls et Martine Aubry. La maire de Lille a bien perturbé la présentation du projet de loi Macron en se prononçant contre l'extension du travail du dimanche dans Le Monde « Ne réduisons pas l'existence à la consommation ». Timing parfait, se réjouit L'Humanité . Et se réjouit aussi Le Figaro qui place le sujet à sa Une : »Aubry prend la tête du front anti-Valls»

Quoi d'autre dans la presse ?

  • La personnalité de l'année selon Time magazine. L'hebdomadaire américain choisit cette année les hommes et femmes qui combattent Ebola.

  • L'ironie de l'histoire. Daniel Cohn-Bendit sera fait aujourd'hui docteur honoris causa de l'Université de Nanterre. Ca me fait plaisir, dit-il sobrement sur lepoint.fr .

    • Théorie du ballon. Barcelone gagne 3/1 hier face au PSG. Titres similaires à la Une de L'Equipe et en pages intérieures du Parisien : « Paris remis en place ».

Pour finir, des ballons par milliers dans stratosphère mais des cœurs solitaires sur terre. Deux phénomènes, en Chine et au Japon relevé dans la presse. En Chine, raconte Courrier International pour lutter contre la solitude, de plus en plus d'Internautes recourent aux services d'amoureux virtuels. Un peu de compagnie sur l'écran du smartphone. Et au Japon, c'est raconté dans Le Monde et L'Opinion , le « solo wedding » est le dernier phénomène à la mode. Une société de communication organise des cérémonies de mariage, coiffure, maquillage et séances photos et tenue de mariées pour des femmes… seules ! Envie d'être la princesse d'un jour pour ces femmes qui n'ont pas ou plus de compagnon ou dont le mariage remonte à longtemps. On poser sur la photo avec un homme mais c'est en option.

Pour les cœurs abimés, les chirurgiens posent aujourd'hui des stents, des petits ballons qui dégagent les artères. Ca n'envoie pas dans la stratosphère, mais ça permet une jolie deuxième mi-temps.

A demain.

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