Mauricette a les cheveux très courts, blond platine, et un physique de costaude... Récurer les toilettes, changer les rouleaux de papier, remettre du savon, nettoyer le sol et briquer le lavabo : elle fait ça en moins de trois minutes. On comprend pourquoi elle est chef d'équipe pour le nettoyage des ferries à Ouistreham, près de Caen. D'ailleurs, c'est pas une commode, Mauricette. Son humeur, c'est comme la mer sur laquelle naviguent les ferries : il y a des crêtes et il y a des creux. Cette petite cheftaine, c'est l'un des personnages que l'on rencontre dans le dernier livre de Florence Aubenas. Les bonnes feuilles sont dans Le Nouvel Observateur, cette semaine. Les lecteurs de L'Obs savent que Florence Aubenas, avant d'être une ex-otage très médiatique, est une journaliste hors-pair. L'année dernière, pendant six mois, elle s'est glissée dans la peau d'une travailleuse précaire. Son récit est formidable, parce qu'il ne donne pas dans le misérabilisme : il décrit les faits, rien que les faits, parfois avec humour. Et ça suffit. Les ferries de Ouistreham, c'est le premier job qu'elle a décroché. "En un quart d'heure, écrit-elle, mes genoux ont doublé de volume. Je n'arrête pas de me cogner dans les gens et les meubles, et je ne suis pas loin d'éborgner une collègue avec un pulvérisateur. Régulièrement, j'entends derrière moi le cri de Mauricette, qui déchire le vacarme de la coursive sur le bateau : "Florence !". Ca veut dire que j'ai fait une connerie. Il faut recommencer à frotter à quatre pattes". En six mois de labeur, la journaliste ne gagnera jamais plus de 700 € par mois. Ce qu'elle décrit, c'est un monde où l'on ne trouve pas de travail : on trouve des heures de travail. Elle décrit la fatigue nerveuse, les horaires qui n'en finissent pas, les déplacements incessants d'un boulot à l'autre, la vulnérabilité qui oblige à fermer sa gueule... mais aussi la cruauté et la solidarité d'un monde où une prime de licenciement de 200 € fait figure de parachute doré. Galerie de personnages... Il y a donc Mauricette, mais aussi Madame Astrid, sa conseillère d'insertion à Pôle Emploi, amoureuse des plantes vertes et de Patrick Poivre d'Arvor... Madame Astrid et son dévouement quotidien pour aider la candidate à trouver un job. Ce toubib de la médecine du travail (il faut aller au rendez-vous, sinon on est viré)... ce toubib qui vous examine en vous regardant à peine : pas besoin d'enlever sa parka pour grimper sur la balance. Et puis ce gros monsieur avec de tout petits yeux, dans une société de transports routiers... "Il s'asseoit à la table que je viens d'essuyer. Il trempe un gâteau dans son café... Des miettes s'éparpillent. Il renverse du café, laisse le biscuit dans la flaque, et s'en va en disant 'Bon courage !'... Je ne suis pas sûre qu'il le fasse exprès, écrit Florence Aubenas. Je le crois même moins méchant que les autres"... Ce monde de la précarité, il en est beaucoup question, ce matin, alors que l'on célèbre les 60 ans du salaire minimum. 1056 € net par mois... 1.600.000 smicards en France, rappelle Le Parisien-Aujourd'hui. Et des travailleurs précaires, il y en a aussi dans des institutions prestigieuses. Le Monde et L'Humanité parlent d'un rapport selon lequel près du quart des effectifs de l'enseignement supérieur serait dans cette situation. (Nicolas Demorand : "Autre reportage à lire ce matin : c'est à Bagram, en Afghanistan")... Encore Le Nouvel Observateur... Encore une femme reporter... Sara Daniel, en l'occurrence... "Bagram : le bagne secret d'Obama"... "Le goulag afghan"... On parlait à l'instant de femmes de ménage... A Bagram, un adolescent de 15 ans, Omar Kadr, a été transformé, au sens propre, en serpillière vivante. Les matons l'ont traîné au sol après l'avoir enduit d'encaustique... Il y a aussi Dilawar, mort en 2002 après avoir été suspendu par les mains pendant quatre jours... A Washington, Bush est parti. Obama est arrivé. Il a annoncé la fermeture de Guantanamo. Mais de Bagram, il ne dit rien. Et pourtant, cette prison américaine en Afghanistan ferait passer Guantanamo pour un bel hôtel, de l'aveu même d'un procureur militaire américain. 750 personnes y seraient emprisonnées aujourd'hui, la plupart sans la moindre preuve. Pas d'avocats, pas de juges, pas d'observateurs extérieurs pour visiter la prison. Dans le lot, il y a des coupables bien sûr : des auteurs d'attentats... mais surtout des gens qui souvent n'ont eu que le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. On raconte l'histoire d'un marchand du bazar de Kandahar, détenu cinq ans à Guantanamo puis en Afghanistan parce qu'il avait le même nom qu'un ministre taliban... La majorité des histoires décrivent le formidable malentendu entre les Afghans et les troupes d'occupation, écrit Sara Daniel. Mais les détentions arbitraires et les mauvais traitements à Bagram fabriquent des terroristes à la chaîne. (ND : "L'Afghanistan dans la presse... mais aussi la Grèce")... On verra si l'Europe parvient aujourd'hui à "sauver la Grèce", comme le titre Le Figaro. A lire le reportage de François Hauter à Athènes, on se dit que la Grèce est dans une situation encore plus catastrophique qu'on imaginait... L'Etat est en quenouille, chacun le sait. Mais les manifestants rencontrés hier par le journalistes s'en moquent. C'est comme si l'Etat grec et les Grecs étaient deux concepts parfaitement déconnectés. Ici, personne ou presque ne paie ses impôts. L'élite pratique l'évasion fiscale, et les moins riches la débrouille. Plus d'un tiers de l'économie fonctionne au noir, et encore c'est une fourchette basse. Chacun a deux ou trois emplois et vit de corruption ou de subsides ahurissants. Les douaniers viennent de décrocher une prime pour arriver au travail à l'heure. Délabrement de l'Etat grec... Ses citoyens sont endettés jusqu'au cou, mais ils ont entre cinq et vingt cartes de crédit dans leur portefeuille... Si on en est arrivé à cette crise, c'est parce que l'Europe est nulle. "Pourquoi l'Europe est nulle" : c'est le titre de Libération ce matin, qui dénonce la paralysie des 27. On verra s'ils se bougent aujourd'hui à Bruxelles... Pour Maurice Ulrich, dans L'Humanité, "le berceau de la démocratie, sous la pression des marchés financiers, c'est la prise d'otage de tout un peuple. Car ce sont bien les marchés financiers et la crise économique, dont ils portent la totale responsabilité, qui ont amené les Etats à s'endetter toujours plus". (ND : "Les hauts et bas des stars du sport en France")... Plaqué au sol, Sébastien Chabal, dans Le Figaro... Le rugbyman vedette ne sera sans doute pas appelé pour affronter le Pays de Galles le 26 février dans le Tournoi des Six Nations : il est en conflit avec la Fédération française pour avoir annoncé son forfait contre l'Ecosse sur Twitter avant la Fédération. Ca va mieux pour Ribéry, après des mois de blessures en tout genre... La star du foot revient en fanfare, selon L'Equipe. Hier, avec le Bayern de Munich, il a marqué et effectué deux passes décisives en Coupe d'Allemagne. L'Equipe qui constate que, vingt ans après la libération de Nelson Mandela, le concept de réconciliation par le sport en Afrique du Sud est à bout de souffle, quatre mois avant la Coupe du Monde de foot. Mandela, vingt ans après... Il est à la Une de L'Humanité, mais aussi de Mon Quotidien et L'Actu, les journaux pour les enfants de 6 ans et les ados de 14 ans et plus. Et puis, dans le magazine Lire, le grand écrivain sud-africain André Brink raconte une histoire pour dire que les relations entre Blancs et Noirs ont progressé, mais qu'il y a encore du chemin... histoire d'amitié entre un petit garçon noir et un Blanc. Ils sont inséparables. Et un après-midi, le petit Blanc voit le père de son copain venir le chercher à la sortie de l'école. Le lendemain, il se précipite sur son camarade pour lui dire, ébahi : "Mais tu ne m'avais pas dit que ton papa était Noir"... (ND : "Et pour finir, la phrase du jour")... "Gros plouc menteur !", envoyée par Brigitte Bardot à Patrick Balkany... C'est à lire dans Le Parisien. BB dément une nouvelle fois avoir couché avec le maire de Levallois quand ils étaient jeunes, et menace d'attaquer en justice. Balkany raconte cela dans le livre de mémoires qu'il vient de publier. Son commentaire sur les démentis de Brigitte Bardot : "Je trouve cela très triste pour elle". Machisme quotidien... ou sexisme quotidien... Sur le site Rue89, on trouve une pelletée d'exemples de ces petits gestes qui sont à la fois insignifiants et révélateurs... Ce sont les lecteurs de Rue89 qui ont adressé des témoignages au site. Cela va du sourire gêné du serveur quand c'est la femme qui paie l'addition au restaurant... "Le garage : essayez de parler bagnoles à un garagiste, écrit une internaute, et voyez son regard de commisération quand vous désignez vous-même la panne et que vous avez raison"... Même l'école est sexiste. Les bulletins scolaires des enfants, c'est pour Monsieur. Les retards de cantine, c'est pour Madame. Et dans les couloirs, c'est très clair, il y a deux sortes de cartables : d'un côté, les roses, de l'autre, les cartables Spiderman. Un garçon se rebelle sur Rue89 : "Vous aussi, les femmes, vous êtes sexistes. Pourquoi c'est toujours aux hommes de prendre l'initiative dans la séduction ?". A l'origine de tous ces témoignages, il y avait une tribune de notre amie de France Inter Elsa Boublil sur Rue89, toujours sur ce thème du machisme ordinaire. C'était titré : "Excusez-moi d'être à côté de mon mari", et elle dénonçait notamment cette pratique administrative qui veut qu'on appelle une femme par le prénom de son mari : pour ses parents, cela donnait "Mr et Mme Robert Boublil"... Ma mère s'appelle Robert... Chère Madame Robert Badinter, vous avez du travail... Bonne journée...

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