(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la chute de cheval

(Bruno Duvic) Et cette drôle de fable du bœuf qui s'est fait cheval... Il est terrible le titre de Direct matin . Non pas « Attention danger » mais « Attention manger ».

Si les journaux essaient d'éviter de provoquer une psychose, ils ne cachent pas non plus les signes inquiétants relevés ce week-end.

Comme L'Est républicain , sous la plume d'Alain Dusart : « Pourquoi soudain un dimanche, tous les distributeurs font commerce en chœur de leur souci du consommateur en mettant en quarantaine les hachis parmentier, moussakas, et autres cannellonis ? N'est ce pas un signe évident que personne n'est capable d'affirmer sans mentir l'origine de sa viande ? »

Ce que l'on découvre à l'occasion de ce scandale, c'est la multiplicité des industriels, vendeurs et intermédiaires qui mettent les doigts dans notre bolognaise.

De la Roumanie au supermarché français, selon Les Echos , la traçabilité a été prise en défaut de bout en bout ou presque. On attend les résultats de l'enquête mais déjà, sous la plume d'un des éditorialistes les plus libéraux des Echos , Jean-Francis Pécresse, on trouve ces quelques lignes :

Ce scandale « invite à s'interroger sur la nocivité d'un modèle agricole mondial, un anti-modèle devrait-on dire. Si nous ne retrouvons pas la maitrise de notre alimentation par la promotion des circuits courts, du producteur au consommateur, nous sommes voués à rester les victimes d'un système déséquilibré dans lequel une partie du monde, sans autre souci que le profit, nourrit l'autre partie en état de dépendance alimentaire. Poussant à libéraliser les marchés, ce modèle est aussi dévastateur pour notre agriculture, confrontée à l'impossible, produire toujours moins cher et toujours plus propre. »

Et les éditorialistes font un lien entre le hachis au cheval et la tambouille européenne.

On critique souvent les contrôles tatillons ordonnés par Bruxelles. Mais ce week-end, ce que l'on a vu dans les supermarchés, selon Guillaume Goubert dans La Croix , c'est une Union transformée en vaste marché sans contrôle.

Patrick Appel Muller enchaine dans L'Humanité : « La toile de l'UE laisse voir sa trame. Concurrence libre et non faussée ou bien, selon l'expression de Marx "toutes la activités englouties par la cupidité". Même les lasagnes. »

Et vendredi, les 27 ont donc adopté un budget en retrait par rapport au budget précédent. L'Europe a minima.

Jean-Michel Helvig, La République des Pyrénées : « Ce n'est plus le couple franco-allemand qui domine, mais une association germano-britannique dominée par une vision ultralibérale traquant les initiatives publiques de la commission et cherchant par tout moyen à diminuer la contribution de leurs pays respectifs. »

Critique politique, critique économique également. Nicolas Barré dans Les Echos , où l'on est décidément remonté ce matin : « Budget indigent, absence d'ambition et de vision (…). Les Etats-Unis, la Chine, l'Inde mènent des stratégies visant l'excellence dans certaines filières. Le projet de budget européen fait exactement le contraire. »

Un reportage dans Ouest France à présent

Petite pièce supplémentaire apportée par Marie-Anne Salavat au vaste débat en cours sur la famille. C'est un reportage à Cholet, dans le Maine et Loir sur l'un de ces centres, lieux neutres où des enfants essaient de retisser un lien avec un père ou une mère dont ils sont séparés. Le contexte est celui d'une séparation conjugale. Et les parents ne sont plus en mesure d'organiser les rencontres avec leurs enfants : conflit parental trop aigu, impossibilité matérielle d'accueillir l'enfant ou antécédent de violence ou d'addictions. Il existe 180 espaces de ce type où des associations organisent les rencontres pour deux heures, ou une deux fois par mois, le plus souvent entre l'enfant et le père. Image de cette fillette de 8 ans qui ne veut pas parler à son papa. Ils ne se sont pas vus depuis un an et demi. Désespéré, le père s'apprête à partir. La bénévole de l'association le rattrape... La fédération française des espaces de rencontre a accueilli près de15.000 enfants en 2011

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Les naufragés de la neige. Dépêche dumidi , Sud Ouest , République des Pyrénées , Nouvelle République des Pyrénées , les 600 touristes évacués de Barèges font la Une de la presse du Sud Ouest. Risque d'avalanche. Les chutes de neige sont particulièrement importantes cet hiver dans les Pyrénées.

Des naufragés et une revancharde sur les pistes. Marion Rolland championne du monde de descente à ski. On ne se moque plus d'elle. Dans L'Equipe , Jean Denis Coquard rappelle qu'elle avait été la risée d'Internet en 2010 pour avoir chuté quelques secondes après le départ aux Jeux olympiques.

Les paquets de neige s'accumulent aussi à la rubrique sociale. « Hollande rattrapé par la contestation sociale » titre Le Figaro . Alerte orange pour demain. Des ouvriers de PSA, Mittal, Sanofi et Goodyear manifesteront devant le siège du fabricant de pneus en France. Demain encore, grève dans les écoles contre la réforme des rythmes scolaires, le sujet est à la Une de Libération . La situation devient explosive dans les établissements pour une autre raison, en première page du Parisien-Aujourd'hui en France : « Profs non remplacés, le grand ras le bol ».

Climat social assez froid. Et pendant ce temps, à un an des municipales, Marine le Pen laboure la campagne. Elle est à la Une de La Charente Libre ce matin. Elle a fait étape ce week-end en Charente dans le cadre de ce qu'elle appelle "Le tour de France des oubliés". « Elle sème du côté des ruraux et espère récolter en retour », écrit le journal.

Le FN prépare soigneusement les municipales. Le Parisien le montre. Reportage sur les séminaires où l'on forme les candidats. 600 têtes de liste vont y passer d'ici au mois de juin. Consignes : « Ayez une présence physique et active sur le terrain, privilégiez les contacts avec la presse locale et ciblez les communes où Marine a fait les meilleurs scores à la présidentielle ». Une trentaine d'apprentis passent par ces "Campus bleu Marine" à Nanterre tous les week-ends. Cette formation théorique des candidats n'était plus entreprise depuis une dizaine d'années faute de moyens.

Et en 10 ans beaucoup de choses ont changé...

10, 20 ou 30 ans ans... C'est une banalité de le dire. Internet, les réseaux sociaux, etc ont bouleversé notre quotidien. Un article de Rue89 permet de mesurer l'ampleur de ce bouleversement.

Témoignages d'ex taulards, qui ont passé de très longues années en prison. Même s'il y a la télévision en prison et que des portables circulent, le nouveau monde reste abstrait.

Certes on est passé du bip bop au smartphone et du minitel à Twitter. Mais ce qui les marque le plus, ce sont des détails auquel nous ne prêtons même plus attention.

Laurent, 25 ans à l'ombre, était fasciné par le micro-ondes : "Quand vous n'avez pas connu ça, c'est un truc dingue"; Dans les années 90, il était sorti une fois "en cavale". Il monte dans une Renault 25 :

"Votre portière droite n'est pas fermée- Elle parle ta bagnole ? ".

« Vous avez des écrans partout, les gens penchés sur leur téléphone qui ne communiquent avec personne. Une nouvelle civilisation. »

Et la disparition des cabines téléphoniques, et la multiplication des cartes à puces, qui réservent parfois de mauvaises surprises. Témoignage de Gabriel : « Je veux retirer de l'argent au distributeur de la Poste, je tape mon code. Compte bloqué ». Moment de lucidité. « Si mes anciens co-détenus m'avaient vu, mois, l'ancien braqueur, ils auraient bien rigolé. »

A demain

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