La revue de presse de Frédéric Pommier du dimanche 11 février.

Elle s’appelait Valentine Dencausse, mais on la connaissait sous le nom de Madame Fraya. Elle est morte à Paris au milieu de siècle dernier et elle était voyante. Une célèbre voyante dont le cabinet avait vu passer nombre d’hommes politiques : Georges Clémenceau, Jean Jaurès, Aristide Briand, Raymond Poincaré. François Mitterrand, lui, consultait souvent Elizabeth Tessier. L’astrologue avait ses entrées à l’Elysée, et l’ancien président lui demandait notamment son avis sur les meilleures dates pour parler aux Français... 

Pour certains, la voyance n’est qu’une sombre arnaque. Mais d’autres, donc, y croient, ainsi que le rapporte ce matin LE PARISIEN. Des employeurs font aujourd’hui appel à des voyants quand ils ont à choisir entre différents candidats… Témoignage d’un restaurateur, sous le couvert de l’anonymat. Il liste les questions qu’il pose à la pythie chez qui il a ses habitudes. Il lui montre les photos de celles et ceux qui veulent travailler dans son établissement, puis demande : « Celui-ci, est-ce qu’on peut lui faire confiance ? Avec elle, est-ce qu’on aura des difficultés ? »

Une astrologue évoque aussi son expérience. Elle intervient auprès d’entreprises du bâtiment. Sous quelle étiquette ? Elle a une formation de coach en développement personnel. C’est à ce titre qu’elle se rend dans les boîtes, mais il arrive alors qu’on lui donne des CV à éplucher. Elle fait alors le thème astral des candidats, pour voir s’il en est un qui correspond au poste. Et pour connaître l’heure de naissance desdits candidats – heure qui, a priori, n’apparaît pas sur les CV, elle appelle l’état civil de la mairie de leur ville de naissance, en expliquant qu’elle a besoin de cette info pour un cadeau à un ami.« Pour votre job, voyez la voyante » : c’est le titre du papier de Christine Mateus. Les chiffres et les planètes et, parfois, le paranormal qui s’invitent dans les procédures de recrutement, je ne suis pas certain que ce soit forcément rassurant.

Cela dit, c’est un autre sujet qui fait la Une du journal. Un fil à la patte pour Emmanuel Macron. Lequel ne s’est, pour l’heure, jamais vanté de consulter une astrologue… Il en photo avec Edouard Philippe en couverture. « Ils ont un souci : le pouvoir d’achat », titre LE PARISIEN, qui nous rappelle que le chef de l’Etat s’était engagé à regarnir le porte-monnaie des Français. Et c’est donc « son fil à la patte », expression qu’on peut lire sous la plume de Frédéric Vézard dans son édito. « Nicolas Sarkozy avait son ‘travailler plus pour gagner plus’, François Hollande son ‘inversion de la courbe du chômage’… Des mots qui ne sont pas devenus réalité et les ont conduit dans le mur. Emmanuel Macron a promis d’être le président de la croissance économique et de l’augmentation du pouvoir d’achat. Or, si la première est bien là, la seconde se fait désirer, particulièrement pour les classes moyennes et les retraités, chez lesquels l’impatience commence à grandir… » Et c’est cela que nous décrit le dossier du journal : l’impatience et même, pour certains, le désenchantement. Ils y crurent, mais ça ne vient pas.

Reportage dans la première circonscription du Val d’Oise, où la République en Marche a perdu une députée dimanche dernier, sur fond d’abstention abyssale. Liliane, retraitée de Magny-en-Vexin : « Macron, j’avais confiance. J’avais pris des photos de lui à la télé le jour où il a gagné. Aujourd’hui, je les ai effacées. » Gilles, un habitant de Vigny : « Si ça continue, il n’y aura plus de classe moyenne en France. Il n’y aura plus que des riches et des pauvres. »

Un ressenti perçu au QG de la République en Marche. Chaque semaine : 3.000 mails, 250 appels. Et ce qui remonte en ce moment, c’est la colère des retraités – la hausse de la CSG, et la désillusion de ceux qui ne voient toujours pas leur pouvoir d’achat augmenter.

Et puis il y a d’autres colères contre le chef de l’Etat…  Colère face à sa politique d’accueil des réfugiés. Il faut lire, à ce sujet, le dernier numéro du UN : « Migrants, la grande hypocrisie. » Hypocrisie qui règne depuis des décennies du sommet de l’Etat aux administrations, en passant par les partis politiques et les médias. Et désormais, tout le monde ou presque se met hors la loi. L’Etat, qui n’applique qu’à minima la convention de Genève… La police quand elle contrôle et, parfois, qu’elle réprime… Et même les citoyens bénévoles qui viennent au secours de réfugiés livrés à eux-mêmes… Dans son édito, Eric Fottorino évoque ici « une tache » : « Une tache sur ce début de XXIème siècle. Et cette tache, ce ne sont pas les hommes, les femmes, les enfants que nous envoient les guerres, les violences et les dictatures. Cette tache, c’est notre incapacité à traiter humainement des êtres humains qui ont surmonté l’insurmontable. » 

Guerres et dictatures… Reportage dans le JDD. Philippine de Clermont-Tonnerre raconte les 400.000 habitants de la Ghouta pris au piège… La Ghouta orientale, banlieue est de Damas, l’un des derniers bastions anti-régime du pays… Toute la semaine, le secteur a été pilonné par des chasseurs russes et syriens. Plus de 250 civils sont morts. Plus de 1.500 blessés dans un état critique. Et, de nouveau, l’armée de Bachar al Assad est accusée de recourir à des armes chimiques… C’est la réalité. Pas du paranormal. 

Et quelle est la réalité concernant le nombre de SDF qui dorment dehors à Paris ? Retour, ici, sur une double polémique. Avec, tout d’abord, les propos du secrétaire d’Etat Julien Denormandie, estimant qu’il n’y avait en Île-de-France qu’une cinquantaine de personnes isolées dormant dans la rue… Puis il y a eu les propos du député Sylvain Maillard, député parisien de La République En Marche affirmant que pour l’immense majorité des SDF, s’ils dorment dehors, c’est par choix. « Propos insupportables », aux yeux de Louis Gallois, ancien PDF de la SNCF comme d’EADS devenu aujourd’hui président de la Fédération des acteurs de la solidarité. Il estime qu’il y a aujourd’hui une volonté politique de minorer le nombre de SDF. C’est ainsi que certains préfets excluent de leur comptages les célibataires, tandis que d’autres écartent ceux qui vivent dans des tentes… Et les préfets font cela, dit-il, car ils se sentent liés par l’engagement pris par le président de la République : Emmanuel Macron avait promis qu’il n’y aurait plus aucune personne à la rue fin 2017… 

Alors combien sont-ils vraiment ? Isabelle Rey-Lefebvre nous explique dans LE MONDE que jeudi prochain, un recensement aura dans les rues de Paris. 1.500 volontaires arpenteront tous les arrondissements de la capitale. Une opération inédite qui, sans doute, montrera que les SFD sont nettement plus d’une cinquantaine et que dans leur majorité, s’ils dorment dehors, ce n’est pas par choix.

Enfin, plusieurs portraits sont à lire ce matin dans la presse régionale.

Portrait d’un prisonnier dans LE COURRIER PICARD. Il s’appelle Michel Cardon, il a 67 ans, il est incarcéré depuis maintenant quarante ans pour le meurtre d’un retraité. Un cambriolage qui a mal tourné. Et selon le quotidien, il est aujourd’hui, je cite, _« Le détenu picard oublié »_. Et on l’a oublié au point qu’il ne doit pas être loin du record au niveau national… C’est à la prison de Bapaume. Il n’a jamais vu ses fils depuis qu’il est incarcéré et pendant 38 ans, il n’a reçu aucune visite… Jusqu’à celle d’un avocat, mis au courant de son histoire, et qui tente désormais de le faire libérer.

Plus léger dans CENTRE PRESSE. Cette fois, c’est le portrait d’un homme qui a réussi sa reconversion. Il était coiffeur, il est devenu viticulteur. Il a donc troqué les cheveux pour les vignes, les ciseaux pour le sécateur, mais il est resté dans la coupe.

Enfin, on parle d’amour dans LE MONDE. A quelques jours de la Saint-Valentin, un papier sur le marché de l’art. Les lettres d’amour écrites par les célébrités se vendent de plus en plus cher. En décembre dernier : 280.000 euros pour une lettre enflammée de Napoléon à Joséphine… Or aujourd’hui, des lettres, on en écrit de moins en moins. C’est plutôt par texto qu’on fait part de ses sentiments. « Les textos du cœur », joli supplément du journal. Où l’on peut lire que si les gens conservent leurs anciens téléphones portables, c’est souvent pour ne pas perdre leurs SMS amoureux. Sachant que pour savoir s’il on est amoureux, a priori, on n’a pas besoin de consulter une voyante.

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