(Nicolas Demorand : "Et dans la presse, ce matin, affaires en tout genre")... L'automne dernier, nous parlions, dans cette revue de presse, du brigadier Ounoussou Guissé : un para qui avait servi en Afghanistan et en Bosnie, mais à qui l'administration contestait sa nationalité française, obtenue depuis bien longtemps... Eh bien, les cas comme le sien se multiplient. Et la contestation monte. "Ces Français que la France rejette" : c'est le dossier de Libération ce matin. Les règles sur la nationalité des citoyens nés à l'étranger ou de parents étrangers sont appliquées de manière de plus en plus tâtillonne, jusqu'à l'absurde. Témoignages de personnes, comme vous et moi confrontées à l'administration. Anne-Marie de Lespinois, par exemple... Galère pour faire renouveler ses papiers d'identité, tout ça parce qu'elle est née au Maroc. Même chose pour Olivier Guichardaz : naissance au Maroc en 1964, de parents coopérants... Son grand-père maternel a été fait prisonnier en 1940. Son père est officier des Palmes académiques. Mais quand il s'est présenté pour faire renouveler son passeport avec, en main, sa carte d'identité en cours de validité, son ancien passeport, son extrait d'acte de naissance et sa carte d'électeur, ça ne suffisait pas : "Prouvez que vous êtes Français", lui a-t-on dit. Que peut-on fournir de plus ? Le certificat de nationalité. C'est la seule preuve formelle qu'un individu est bien français, explique Libération. Et pour le fournir, il faut bien souvent présenter les extraits d'acte de naissance de ses parents, et même de ses grands-parents. Question : comment fait-on quand ses grands-parents étaient des Juifs nés en Europe de l'Est avant la Seconde Guerre mondiale ? C'est un exemple d'horreur administrative parmi d'autres. Pourquoi cette mauvaise mayonnaise prend-elle soudain ? Réponse d'une greffière au Tribunal de Bordeaux : "Les préfectures appliquent des textes qu'elles n'appliquaient pas il y a encore quelques années". Alors tout Français né plus près du Zambèze que de la Corrèze serait-il devenu suspect ? C'est le sentiment qu'ont les personnes qui témoignent dans Libération. "Etant potentiellement étranger, je suis potentiellement un mauvais Français, un parasite", dit le natif du Maroc dont nous parlions tout à l'heure. Encore deux éléments mis en avant par Libération... Le ministère de l'Intérieur dit avoir demandé de la souplesse aux préfets... de la souplesse et un peu de jugeotte sans doute, puisque, selon la loi, toute personne qui se comporte pendant dix ans au moins comme un Français le devient de plein droit. Dernier aspect détestable de cette affaire : les people auraient droit à un traitement spécial. On n'aurait sans doute pas osé demander un certificat de nationalité à Camus l'Algérien, Seguin le Tunisien, et aujourd'hui à Zidane ou Dany Boon les Kabyles. (ND : "Autres affaires, cette fois-ci dans Le Parisien-Aujourd'hui et Le Figaro")... Et dans Le Parisien, beaucoup apprendront l'existence d'une corporation : les Savoyards... Ce sont les manutentionnaires de l'Hôtel Drouot, la salle des ventes. "Savoyards", parce qu'ils sont tous Savoyards. C'est un métier difficile et bien payé, dans lequel on entre par cooptation. Ils étaient 110 jusqu'à il y a quelque temps. Un peu moins désormais... car certains sont soupçonnés de trafic d'art à l'Hôtel Drouot. La police a fouillé une dizaine de conteneurs que manipulent les Savoyards : elle a trouvé beaucoup d'objets, à l'origine et à la destination plus que floues... un lot de diamants par exemple, ou encore un tableau de Chagall, retrouvé carrément au domicile d'une des personnes mises en cause. Le tableau avait été volé au début des années 1990. En tout, douze personnes ont été interpellées dans cette affaire. Les Savoyards pourraient être des fusibles, et d'autres têtes pourraient tomber dans les semaines à venir. Dans un article sur les dessous de ce trafic présumé, Le Parisien explique qu'il n'est pas très compliqué de détourner des objets lors d'une vente, dans le cadre d'une succession par exemple : les plus belles pièces sont connues, les autres ne sont pas toujours répertoriées. Et les héritiers n'y voient que du feu. L'autre affaire traitée dans Le Figaro concerne le comité d'entreprise d'Air France... Est-ce vraiment son rôle d'acheter des draps de bain ou des écrans de télévision pour 3000 € ? Il y a un trou de 21 à 24 millions dans les caisses. Cinq ans après le comité d'entreprise d'EDF, celui d'Air France s'apprête à vivre des heures difficiles. Selon un observateur interrogé par Le Figaro, 95% du trou aurait été creusé par une mauvaise gestion. Dans le reste, il pourrait être question d'enrichissement personnel. Un audit doit être publié aujourd'hui. Enfin, y aura-t-il une polémique après les propos de Fadela Amara dans une interview aujourd'hui au Progrès de Lyon ? En tout cas, la secrétaire d'Etat à la ville ressort le Kärcher du placard. Dans cette interview, où elle dresse le bilan de son Plan Espoir Banlieue, Fadela Amara commente la mort du petit Amar, 12 ans, à Lyon : "Rappelez-vous, dit-elle, le Kärcher de Nicolas Sarkozy : on a oublié qu'il a dit ça alors qu'un jeune de 11 ans avait été tué. Oui, il faut nettoyer au Kärcher : nettoyer cette violence qui tue nos enfants dans les cités". (ND : "Quoi d'autre, dans la presse, Bruno ?") La presse économique allume ses feux de croisement... D'un côté, la Une des Echos : "La Chine devient le premier marché automobile mondial". De l'autre côté, la Une de La Tribune : "L'auto américaine à l'heure des économies". Les ventes en Chine ont bondi de 45% l'an dernier. Elles ont baissé de 21% aux USA. La gauche de la gauche lance la campagne des Régionales... C'est à la Une de l'Humanité. 4000 personnes à Paris pour le premier meeting du Front de Gauche, qui regroupe notamment le Parti Communiste et celui de Jean-Luc Mélenchon. Marie-George Buffet aiguise ses formules contre Nicolas Sarkozy : "C'est un boxeur-dentiste, qui voudrait vous vendre un dentier après vous avoir démoli le portrait". Et puis encore beaucoup de place consacrée à la neige, dans la presse régionale notamment. Car "le froid persiste et givre", comme le titre La Dépêche du Midi. La Provence raconte l'histoire de ces malades transportés à l'hôpital d'Orange en véhicules blindés : les ambulances du Samu dérapaient sur la neige et la glace. La Croix positive... "Face aux intempéries, le temps de l'entraide", titre le journal. Et il n'y a pas que la presse française qui s'intéresse au grand blanc. C'est aussi la Une du Wall Street Journal Europe : photo de chevaux pris dans les eaux d'un cours d'eau en Macédoine. La neige a provoqué des inondations. Des accidents de la circulation sont relevés dans toute l'Europe, nous dit le Wall Street Journal. (ND : "Deux images du Pakistan, pour terminer")... Pays central dans la lutte contre le terrorisme. Cette lutte, elle commence dans des écoles particulières. Dans Libération, reportage de Célia Mercier dans un établissement qui reçoit des ados endoctrinés par les talibans... C'est dans la vallée de Swat, dont le gouvernement a repris le contrôle l'année dernière. La journaliste a eu l'interdiction de parler aux enfants : il ne faut pas qu'ils se sentent glorifiés par ce qu'ils ont fait chez les talibans. C'est le colonel qui dirige l'établissement et une psychologue qui racontent. Les islamistes, avec leur côté gros dur, fascinaient les gamins. Ils passaient dans les villages avec leurs armes et leurs pick-up. Les garçons voulaient faire pareil. Quand ils ont vu les responsables de l'école faire leur prière devant eux, ils n'en revenaient pas. Les fondamentalistes leur parlaient "d'armée d'infidèles vendue aux soldats américains". Le retour à la vraie vie est très lent : interdit de sortir de l'école. Et l'objectif numéro 1 est d'apprendre un métier à ces jeunes, pour qu'ils fassent quelque chose de leur vie. L'autre visage du Pakistan, dans Ouest-France, il est très salement abîmé. C'est le visage de ces femmes que leur mari a aspergées d'acide... Celle-ci, par exemple, qui s'appelle Aruj, brûlée parce qu'elle était enceinte d'une fille et non d'un garçon... ou bien encore Saïra, passée à l'acide parce qu'elle refusait de rencontrer l'homme qui lui avait été promis... Ces jeunes femmes sont accueillies dans un centre de beauté de Lahore, dans l'est du pays... un peu pour cacher les sévices qu'elles ont subis... surtout pour leur redonner un travail et réinsérer ces victimes qui, en plus, sont souvent rejetées. La fondatrice du salon raconte comment elle a eu cette idée : "Il y a six ans, une femme m'a abordée dans la rue. Elle a soulevé son voile, et j'ai découvert son visage totalement défiguré. Elle m'a dit : 'Tu es esthéticienne : redonne-moi ma beauté'". On sait maintenant que la barbarie et ses victimes ont un visage... un trait de crayon noir sous un oeil brûlé à l'acide...

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